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N" 1007. EXÉGÈSE

chez les Juifs. S. Jérôme l'a même compté parmi les auteurs ecclésiastiques. L'école chrétienne d'Alexandrie, s'étant recrutée d'abord parmi les juifs convertis, hérita de ces idées et se distingua ainsi des autres écoles chrétiennes, qui cherchèrent dans l'Ecriture surtout le sens littéral. Origène, l'auteur des Hexaples,œu\TC qui suffirait à honorer l'érudition chrélienne des premiers siècles, poussa à l'extrême cette tendance, au point qu'il prétendit que l'Eden n'avait pas existé et n'était qu'une image du ciel. Cet abus de l'allégorie ou du mythe était d'autant mieux accepté alors que, depuis longtemps, les auteurs profanes, Homère, Platon, etc., étaient expliqués par les païens d'après la même méthode. L'école d'Alexandrie rendit néanmoins de grands services, malgré ces écarts, qui furent d'ailleurs corrigés par l'école d'Antioche.

Parmi les Docteurs d'Antioche, on peut citer d'abord S. Lucien et Diodore de Tarse. Celui-ci eut pour auxiliaire le prêtre Evagre, qui fut l'ami de S. Jérôme ; il eut pour disciples. S. Jean Chrysostomc, l'une des gloires de l'exégèse chrétienne, et Théodore de Mopsueste, qui fut à son tour le maître de Nestorius. L'erreur de ce dernier fut fatale à toute l'école. Les docteurs d'Antioche s'appliquèrent à la recherche du sens littéral, de préférence au sens allégorique. Mais la recherche du sens littéral, si elle est exclusive, n'est pas elle-même sans danger ; elle conduisit plusieurs exégètes d'Antioche à l'hérésie et au rationalisme. Les tendances opposées auxquelles obéirent ces deux grandes écoles subsistent toujours, avec leurs mérites et leurs dangers particuliers ; et le devoir de l'exégète est de les corriger l'une par l'autre, en les associant avec discernement.

Pendant le moyen âge, la Bible fut étudiée surtout au point de vue dogmatique et moral. Dépourvus généralement des ressources de l'érudition, les docteurs scolastiques ne s'arrêtaient guère au texte lui-même, qui est comme l'extérieur et le son de la parole de Dieu ; ils s'elTorçaicnt plutôt de la pénétrer, d'en saisir le sens profond, la doctrine salutaire, el ils furent magnifiquement récompensés de leurs elTorls. 11 est à remarquer, dit à ce sujet M. Hogan, que « presque tous les grands initiateurs du mouvement scolastique ont attaché leur nom à des ouvrages considérables d'interprétation biblique. Hugues de Saint-Victor, Pierre Lombard, Alberl-le-Grand, S. Bonaventure, S. Thomas, toutes ces grandes lumières de l'époque, que nous sommes habitués à ne considérer que comme théologiens, étaient de leur temps presque aussi célèbres comme auteurs de commentaires sur l'Ecriture sainte » •.

' Les études du clergé. La Bible, j). 'lyj. Le même auteur se montre néanmoins sévère pour les scolastiques en général, car il ajoute : u On ne constate aucun développement réel des éludes bibli(iues sous le règne de la scolaslique. Ses méthodes el son esprit étaient également impropres à

A la suite de la Renaissance, l'exégèse bénéficia des progrès de l'érudition et se développa suivant des voies nouvelles. Mais, pendant qu'elle était cultivée brillamment par des écrivains catholiques tels que Maldonat, Estius, Richard Simon, Dom Galmet, elle s'alliait, dans le protestantisme, à toutes sortes d'erreurs. De là, en définitive, l'exégèse rationaliste allemande, c'est-à-dire cette interprétation donnée aux Ecritures par nombre d'écrivains incrédules de l'Allemagne, qui rejettent tout miracle, toute prophétie, toute vérité surnaturelle. N'oublions pas cependant que l'exégèse catholique compte de nombreux représentants en Allemagne et que, parmi les exégètes protestants, beaucoup reconnaissent le caractère surnaturel de la Bible et ne sont séparés de nous que sur quelques points.

Néanmoins, l'exégèse rationaliste a été le fruit naturel du protestantisme. En laissant à chacun le droit d'interpréter la Bible sans tenir compte de l'autorité de l'Eglise et de la tradition, Luther a posé le principe du rationalisme absolu. Cette conséquence n'apparut point d'abord. Les premiers protestants outrèrent même le principe de l'inspiration, étendant celle-ci jusqu'à la ponctuation et niant qu'il pût y avoir une erreur dans la transcription de l'Ecriture. De cet excès l'esprit protestant a passé à l'excès contraire et à l'incrédulité d'aujourd'hui ; il regarde l'Ecriture comme un livre purement humain, rejette l'authenticité d'un grand nombre de ses parties et prétend qu'il faut juger de toutes à l'aide seule de la critique interne. Au reste, chaque auteur incrédule propose ses idées personnelles et même son système, qui n'obtient ordinairement qu'un crédit éphémère.

En face de cette exégèse destructive, se dresse l'exégèse catholique, qui, en admettant tous les principes légitimes de recherche, en particulier le principe de la critique interne, respecte l'autorité de l'Eglise. Elle s'attache, elle aussi, à mieux connaître les livres saints : leurs origines, leurs auteurs, leurs divers enseignements ; elle s'applique à discerner, SLir chaque sujet, le certain de l'incertain, ce qui est de foi de ce qui est piire croyance humaine. Prête à sacrifier toutes les prétentions et toutes les opinions qui ne seraient pas fondées, elle démontre de mieux en mieux les vérités essentielles et l'accord de l'Ecriture avec la tradition i.

le produire ; on peut même dire qu'ils firent échouer la tentative entreprise i^ar le Concile de Vienne (i3i i), qui avait voulu créer un mouvement nouveau en poussant à l'étude des langues orientales » (p. AgS).

1 V. ViGOUROux, Dict. de la Bible, Ecole exég. d'Alexandrie, d'Antioche, Exégèse allemande. — Une lettre apostolique, datée du 3o oct. 1902, a institué une Commission des études bibliques, dont le but est de promouvoir les études bibliques, en les gardant de toutes témérités. La Commission comprend des cardinaux et des consulteurs de diverses nations.

N' 1008. PATROLOGIE, PATRISTIQUE 5g

10u8. — Patrologie. Patristique. — Ces sciences théologiques ont pour objet la vie, les discours et les écrits des Pères, c'est-à-dire des auteurs ecclésiastiques qui, dans les premiers siècles, se sont distingués également par leur doctrine et leur sainteté. La patrologie traite en particulier de l'usage légitime qu'on peut faire des écrits et de l'autorité des Pères, tandis que la patristique expose systématiquement leurs doctrines. La première est donc plus spéculative et la seconde plus pratique. L'une et l'autre succèdent naturellement à l'exégèse. Alors que colle-ci nous fait connaître les livres saints et la parole même de Dieu, la patrologie nous fait entendre les interprètes les plus anciens et les plus autorisés de cette divine parole. Ce furent les Pères apostoliques qui reçurent d'abord le dépôt sacré, et personne n'a encore osé suspecter leur témoignage ' . Ils le transmirent à leurs successeurs, qui, à leur tour, le laissèrent aux générations suivantes avec leurs propres écrits. Cette littérature si riche, puisqu'elle se compose des œuvres des Augustin, dos Ambroise, des Jérôme, des Grégoire, des Chrysostome, des Basile, etc., qui scrutèrent, avec leur génie, tous les points principaux de la doctrine catholique, est le fond sur lequel se sont développées les lettres chrétiennes des âges suivants. On voit dès lors l'importance dos études patrologiques. De même que l'exégè.se et les autres branches de l'érudition, elles se développèrent beaucoup à partir de la Renaissance et de l'invention de l'imprimerie, qui mit les ouvrages des Pères à la portée de tous. Il fut facile désormais de les connaître autrement que par des citations ou des morceaux détachés. Après la lecture des Ecritures, il n'en est pas qui mérite mieux l'attention. Elle est indispensable à l'exégète et au théologien. C'est un principe de théologie, confirmé par le concile de Trente, qu'il faut interpréter l'Ecriture sans jamais s'éloigner du sentiment unanime dos Pères : « Celui qui s'éloigne du consentement unanime des Pères, dit S. Augustin, celui-là s'éloigne de l'Eglise ». — <( Quiconque, dit Bossuet, veut devenir un habile théologien et un solide interprète (de l'Ecriture sainte), qu'il lise et relise les Pères. S'il trouve dans les modernes quelquefois plus de minuties, il trouvera très souvent dans un seul livre des Pères plus de principes, plus de cette première sève du christianisme, que dans beaucoup de volumes des interprètes nouveaux » *.

' « Une importance spéciale s'attache aux Pères apostoliques, devenus l'objet d'une étude minutieuse et d'ardentes discussions. On sent bien, dans les deux camps, que la religion prècliée par le Christ et par les apôtres ne peut guère dilTérer, sur un point (juchiue peu grave, de ce (ju'admeltaient leurs disciples tjui les ont suivis de si près et qui faisaient profession de se guider en tout sur leurs enseignements. » (IIoijan, Op. cit. Les Pères, p. 56 1.)

* Défense de la tradition et des SS. Pères. Parmi les œuvres patrologiques, on peut citer, après le Cours complet de patrologie de l'abl^é Mir.xE,

6o ENCYCLOPÉDIE : 11= VOLUME

1009. — Apologétique. — o,i. — Sa nature et son objet. — Cette branche de la théologie, cultivée dès l'origine par les Pères apologistes, a pris de nos jours un grand développement, qui s'explique trop bien par les attaques dirigées contre la religion catholique. Nous insisterons donc quelque peu sur la nature et l'objet de cette science, son histoire et ses méthodes. Avec M. Maisonneuve, qui a étudié longuement ce sujet, on peut définir l'apologétique : « Cette partie de la théologie qui traite scientifiquement de la justification et de la défense delà foi chrétienne » i. Bien que son but soit de conduire l'homme à la foi, il est évident qu'elle ne la produit pas par elle-même ; car la foi est une certitude supérieure à la connaissance purement scientifique et sa cause proportionnée est surnaturelle. L'apologétique comprend tout d'abord les trois traités de la révélation, de VEglise et des lieux théologiques, qui forment ensemble les préliminaires de la théologie proprement dite. On les désigne aussi sous le nom de théologie générale ou fondamentale. On y démontre la nécessité de la religion, la possibilité et le fait de la révélation et partant de Tordre surnaturel, fobligation de faire partie de l'Eglise et d'accepter ses enseignements et ses lois salutaires. Le fait de la révélation est démontré par faccomplissement des prophéties, messianiques et autres; par les miracles de N.-S., en particulier sa résurrection ; par le caractère divin de sa doctrine, sa diffusion prodigieuse, malgré tous les obstacles humains, et par toute l'histoire de l'Eglise. Quelle source abondante de preuves, par exemple, que les bienfaits de l'Eglise, la constance des martyrs et les exemples des saints ! Telle est l'apologétique classique, pour ainsi dire ; ses limites, quoique très étendues, sont assez bien déterminées.

Mais, comme les adversaires de la religion ont emprunté des armes à toutes les connaissances et que le scepticisme a ébranlé les bases mêmes de la religion naturelle et de la certitude, l'apologétique a dû étendre indéfiniment son objet. Et d'abord elle a dû se porter sur le terrain philosophique, pour prouver l'existence d'un Dieu personnel, la légitimité de nos connaissances et autres vérités naturelles : « L'importance des études philosophiques, dit à ce sujet M. Hogan, n'a jamais été aussi considérable que dans les circonstances présentes. Dans l'ardent combat entre la foi et l'incrédulité, l'action a souvent changé de terrain ; sur aucun point aujourd'hui la lutte n'est plus vive ni les résultats plus décisifs que sur le champ de la vérité philosophique. C'est à combattre

les Œuvres choisies des Pères, de Hurter ; la Bibliothèque choisie des Pères grecs et latins, de l'abbé G uillon ; les Etudes sur les Pères des premiers siècles, de M*' Freppel ; divers traités de patrologie, ceux de Fessler-Jungmann, Alzog, et, en dernier lieu, Bardenhewer. (V. dans le Répertoire bibliog., p. 629 et Monographies récentes de divers Pères de l'Eglise.) ' Dict. de théologie cath. V. Apologétique.

N° 1009. APOLOGÉTIQUE 0,2 Gl

sur ce terrain que l'apologiste a surtout besoin d'être préparé >> >. Il doit combattre aussi sur le terrain de l'histoire, en particulier l'histoire des religions et des origines de l'huinanité ; sur le terrain de l'exégèse, de l'anthropologie, etc. Il doit porter ses regards sur toutes les sciences ; car l'incrédulité allègue toutes sortes d'incompatibilités apparentes entre la foi et les découvertes de la science. Et quoique le progrès scientitique contribue, en définitive, à la justification de la vérité religieuse et qu'une science plus complète dissipe elle-même les objections de la demi-science, comme on l'a vu si souvent, cependant la faiblesse et la condition de l'esprit humain sont telles qu'il ne peut avancer dans la vérité qu'en échappant aux dangers de l'erreur.

L'apologétique devient donc comme une science universelle, qui est dès lors au-dessus des forces d'un seul homme. Mais, d'abord, il est toujours possible aux savants catholiques de concentrer leurs forces et leurs lumières, par exemple dans leurs Congrès et leurs Universités, pour répondre aux objections de leurs adversaires. Et puis la discussion ne devient vraiment apologétique et religieuse qu'en passant du terrain des sciences particulières, où est née l'objection, sur un terrain plus élevé et vraiment philosophique. Car, de même que les sciences particulières ne peuvent établir les vérités de la foi, elles ne peuvent non plus les détruire, parce que ces vérités échappent à leur compétence. Ces sciences ne peuvent par elles-mêmes que fournir des conclusions certaines ou probables que la science philosophique est appelée à mettre en œuvre. Aussi, tout spécialiste incrédule qui s'attaque aux vérités morales et religieuses, sort-il de sa spécialité pour faire de la philosophie et même de la métaphysique, alors même qu'il regarde ces sciences comme illusoires. La compétence de l'apologiste reste donc entière, bien qu'il ne puisse posséder toutes les spécialités de la science. Mais encore doit il connaître les progrès et l'état de chacune, les conclusions plus ou moins plausibles auxquelles elles sont parvenues.

o,a. — Coup d'œil sur V histoire de l'apoloijétique. — Nécessaire dès l'origine, l'apologétique nous apparaît déjà dans les épîtres de S. Paul et mèine dans les Evangiles, où N.-S. réduit si souvent au silence ses implacables adversaires. Les Pères apologistes continuèrent cette défense de la vérité, en l'adaptant aux circonstances -. Citons S. Justin, Alhénagore, Aristide, Tertullien, Minucius Félix, Clément d'Alexandrie, Origène, Athanase. Il en sera parlé assez longuement, dans la partie historique de cette Encyclopédie, airisi que de leurs successeurs. Il faudrait résumer ici, avec l'histoire des

* Les Etudes du clergé. Apologétique, p. liio.

* V. sur les Pères Apologistes un article important de M. Bareille dans h- Dict. de théologie.

6a ENCYCLOPÉDIE : II* VOLUME

Pères et des Docteurs de l'Eglise, celle de la plupart des théologiens et même des écrivains catholiques : presque tous ont contribué par quelques-uns de leurs ouvrages à la défense de la vérité i. Au moyen âge, l'apologétique prit un autre caractère. Maîtresse de l'Occident, devenu chrétien, la foi avait à se défendre contre les entreprises extérieures du judaïsme et du mahométisme, qui lui opposèrent alors une philosophie florissante. De là les travaux apologétiques d'un Raymond de Pennafort et d'un S. Thomas 2. A la Renaissance, l'apologétique dut se développer à la suite de toutes les sciences ; elle se montra aussi entreprenante que les esprits étaient téméraires et s'engagea, à son tour, plus ou moins heureusement dans toutes les voies, s'attachant à réfuter le panthéisme ou l'incrédulité, qui renaissait sous toutes les formes. Plusieurs auteurs protestants se distinguèrent, dans cette défense, à côté des catholiques, dont ils partageaient la plupart des croyances : ainsi Leibniz, dans sa Théodicèe, le Français Abbadie, l'anglican Robert Boyle. Mais beaucoup de ces apologies, même quand elles avaient pour auteurs des écrivains orthodoxes, étaient gravement insuffisantes tant au point de vue de la doctrine qu'à celui de la méthode. Au xviii^ siècle, les apologistes, malgré leurs efforts et leurs mérites, ne purent empêcher les Encyclopédistes de corrompre leur époque. Leur insuccès relatif vint moins peut-être de l'infériorité de leur talent que des erreurs de leur philosophie. Au xix^ siècle, la défense religieuse fut inaugurée par Chateaubriand, dans le Génie du christianisme, par de Maîstre et de Bonald, dans des œuvres plus philosoiDhiques. A la suite de l'incrédulité, devenue plus audacieuse que jamais, l'apologétique s'est portée sur tous les terrains : des orateurs, des historiens, des exégètes, des archéologues, des orientalistes, des philosophes, des moralistes, des journalistes même, tels que Louis Veuillot, et autres écrivains plus récents, ont contribué brillamment à la défense de la foi religieuse. Cette lutte ardente entre l'esprit chrétien et l'esprit d'incrédulité ou même de paganisme, qui tend à reprendre l'empire du monde, se continue sous nos yeux et dans tous les milieux sociaux, depuis les assemblées politiques jusqu'aux simples écoles de village.

0,3. — Méthodes et règles. — Elles nous ont été tracées par les meilleurs apologistes, en même temps qu'ils nous laissaient leurs exemples. La principale règle, c'est de ne pas compromettre la cause de la foi avec de simples opinions, qui peuvent être reconnues fausses par l'adversaire. L'apologiste ne doit pas non plus alléguer comme démonstratives des preuves qui ne le sont point. De tels procédés induiraient les contradicteurs à penser que les

i Voir le résumé historique de M. Maisonneuve. Op. cit. * Citons surtout : De veritate fidei catholicœ contra Gentiles libri l\, appelé aussi Somme contre les Gentils et Somme philosophique.

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