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APOLOGÉTIQUE

autres motifs de crédibilité n'ont pas plus de valeur. C'est ce que S. Augustin expliquait déjà en ces termes : « Si nous trouvons, disait-il, dans la sainte Ecriture, des passages susceptibles de plusieurs interprétations sans dommage pour la foi, nous ne devons point nous jeter inconsidérément dans une adhésion absolue à l'une ou à l'autre de ces opinions, de peur que celle que nous aurions adoptée venant à être démontrée fausse, notre foi ne tombe avec elle.... Souvent un homme qui n'est pas chrétien peut avoir acquis, par des preuves concluantes ou par le témoignage de ses sens, certaines notions sur la terre, les cieux et les éléments du monde, sur les mouvements et les révolutions, la grandeur, l'éloigneinrnt des étoiles..., sur la nature des animaux et des plantes, et d'autres choses semblables. Aussi, est-ce une chose malséante et nuisible, et que l'on doit éviter avec grand soin, qu'un chrétien, parlant comme s'il s'appuyait sur l'autorité de l'Ecriture, dise des paroles si inconsidérées que l'incrédule, l'entendant et considérant l'extravagance de son erreur, ne puisse qu'avec peine s'empêcher de rire... Car, lorsque les infidèles voient un chrétien s'égarer sur un sujet qui leur est bien connu, et appuyer son opinion erronée sur l'autorité de nos livres sacrés, ils ne peuvent plus croire à ces mêmes livres, lorsqu'ils enseignent la résurrection des morts, l'espérance de la vie éternelle et le royaume des cieux ; en effet, ils tiennent déjà ces livres pour trompeurs en des choses qu'ils ont apprises eux-mêmes par des observations ou des preuves indiscutables » K

Nous ajouterons que l'apologétique consiste non seulement à réfuter les objections, mais encore et surtout à montrer la vérité. L'apologiste devra donc s'attacher à exposer intégralement et de la manière la plus convaincante le dogme chrétien, qui contient, avec des mystères, des vérités philosophiques parfaitement démontrables. Et puis, non content de répondre à l'incrédule, il l'interrogera à son tour sur ses théories et prouvera qu'elles ne suflisent point à l'homme et entraînent des contradictions. Son œuvre sera tour à tour défensive et olTensive, négative et positive ; défensive et négative, quand il répondra aux objections et montrera que nos mystères n'impliquent pas contradiction; offensive et positive, quand il prouvera toutes les vérités rationnelles du dogme chrétien, quand il expliquera leur accord avec les mystères et l'harmonie des croyances et des vertus chrétiennes avec les aspirations de

* De Genesi ad litt.j I, 19. S. Thomas exprime le même sentiment. (Voir HoG.vN, Op. cit., p. 166-7.) Ailleurs, S. Ttiomas, estimant qu'on ne peut démontrer philosophiquement que la créature a un commencement dans le temps, pense qu'il faut s'abstenir do démontrer celte vérité aux infidèles (il a en vue les philosophes arabes), pour ne pas exciter leurs moqueries, en les induisant à penser que les autres preuves de notre foi ne sont pas meilleures (i% q. 46, a. a).

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l'âme et les besoins de la société. Il associera ainsi très cfTicacement la foi et la raison. Sans pousser trop loin le coiicordisme, par exemple celui des Ecritures et de la science, puisque l'ordre surnaturel et l'ordre naturel, celui de la révélation et celui de la raison, sont essentiellement distincts, il ne craindra pas de l'admettre dans une certaine mesure i. Il s'y refusera d'autant moins que ces deux ordres ne sont pas seulement juxtaposés, car ils se compénètrent de quelque manière comme la nature et la grâce. Bref, il usera, avec discernement, de toutes ses ressources.

0,4. — Méthodes nouvelles. — A la fin du xix* siècle, les progrès croissants de l'incrédulité, forte du discrédit de toute philosophie dogmatique, déterminèrent quelques apologistes à chercher de nouvelles méthodes de défense religieuse, indépendamment de toute métaphysique objective. En partant, par exemple, des « besoins de croire », ne pouvait-on pas arriver à justifier la doctrine chrétienne et édifier ainsi l'apologétique sur des bases nouvelles ? Ces tentatives méritent examen ; mais, comme une vérité nouvelle ne saurait détruire une vérité acquise, une nouvelle apologétique ne peut diminuer la valeur de l'ancienne. L'Eglise n'a jamais manqué de preuves solides et suffisantes pour étabhr et justifier ses enseignements. Avec M. Maisonneuve, nous ramènerons à trois ces méthodes nouvelles : la méthode d'autorité, la méthode psychologique et morale, et la méthode d'immanence.

La méthode d'autorité 2 est fondée, en définitive, sur l'incapacité propre au naturalisme et au positivisme, qui dominent aujourd'hui, de donner satisfaction aux aspirations de l'âme et une direction à la vie humaine. Et il est évident, en effet, qu'en partant de ce principe, qui est en même temps un fait d'expérience, on peut arriver à justifier la religion chrétienne et l'autorité de l'Eglise. Mais il faut reconnaître en même temps à la raison le droit d'examiner toutes choses, de conclure souvent avec certitude et de juger entre la doctrine chrétienne et ses rivales. Cette méthode d'autorité est donc bonne, mais à la condition de se combiner avec la méthode rationnelle. Ainsi comprise, elle a toujours été pratiquée par nos meilleurs apologistes. Enten'due autrement, elle conduirait au fidéisme, erreur condamnée par l'Eghse et réfutée en logique. Dire, par exemple, que l'on croit parce qu'on veut croire ; que la certitude est fondée sur la croyance et non sur l'évidence : c'est tomber dans l'erreur ou l'équivoque. Que l'apologie de la religion ne soit efficace qu'avec la bonne foi, la bonne volonté, en un mot la pratique de la méthode morale, c'est évident. On ne saurait trop montrer, ni trop dire qu'il faut aller à la vérité avec toute son âme.

» Voir, par exemple, à ce sujet, dans le Dict. de la Bible, l'arlicle de M. Hamard sur la Cosmogonie biblique.

* Voir, par exemple, certains ouvrages de M. Brunetière, de M. Balfour.

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Mais le motif de conclure, comme le motif de croire, est toujours formellement d'ordre intellectuel.

La méthode psychologique et morale '. — Nous venons de dire ce qu'il faut penser de la méthode morale. Elle n'est qu'un auxiliaire de la méthode rationnelle, auxiliaire indispensable ordinairement, pour acquérir la vérité morale et religieuse. C'est ce que des apologistes ont paru oublier plus d'une fois, quand ils se flattaient de démontrer les vérités religieuses à la manière des vérités mathématiques. Sans avoir moins de certitude, elles ont un autre caractère.

Quant à la méthode psychologique, elle consiste à montrer l'harmonie de la nature humaine avec la religion révélée. Elle invite à des considérations très justes, très efïîcaces ; mais elle ne conclut pas avec certitude, ou du moins elle ne démontre pas qu'il y ait une religion surnaturelle. Celle-ci est un fait, qui se prouve par l'autorité de l'Eglise, par les prophéties et les miracles. Cette méthode ne peut donc se suflire, elle est accessoire et doit se joindre aux méthodes anciennes, qui seules sont assez complètes et éprouvées.

Enfm la méthode d'immanence 2 consisterait à tirer la vérité religieuse et catholique de l'homme même, à montrer que cette vérité est postulée, exigée par la nature même de l'homme et l'action qui lui est indispensable. Mais la vérité religieuse et catholique n'apparait comme indispensable à l'homme qu'autant qu'il consent déjà à être chrétien ; l'ordre surnaturel ne s'impose à lui que parce qu'il le constate dans l'histoire ou en lui-même. Mais l'état où il est placé par la seule nature ne peut l'autoriser à conclure à l'ordre surnaturel. Au reste, nous convenons que l'apologiste doit insister sur l'harmonie admirable du naturel et du surnaturel, de la nature et de la grâce ; et les apologistes anciens n'y ont pas manqué, puisqu'ils ont parlé de « l'âme humaine naturellement chrétienne ».

En résumé, ces tentatives nouvelles supposent non seulement des efforts dignes d'éloge, mais encore des résultats appréciables, dont peut profiter la défense religieuse. L'apologétique s'en trouve donc accrue, mais non renouvelée. En s'accommodant aux besoins de nos contemporains, elle ne peut se plier à leurs faux système;» : subjectivisme, kantisme, idéalisme ou positivisme. Mais toutes les vérités particulières que ces systèmes, formellement faux, peuvent contenir matériellement, elle les recueille, les explique et les complète assez, si les esprits de ceux qu'elle instruit le permettent.

• Voir les ouvrages de M. Ollé-Laprune, certains ouvrages de M. Fonsegrive. Cf. Goy.vu, Autour du catholicisme social, 2* série. Sur l'apologétique d'Ollé-Laprune, p. 180-7.

• V. les ouvrages de M. Maurice Blondel, les articles de l'abbé Ch. Denis dans les Annales de philosophie chrétienne; du P. Le Bachelet, De l'apolo>jctique « traditionnelle » et de l'apologétique « moderne », opuscule.

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pour en faire les préliminaires d'une foi sincère. Celle-ci peut coïncider dans un même esprit, jusqu'à un certain point, avec de faux systèmes, mais elle tend à les éliminer à mesure qu'elle s'éclaire davantage. Quant à l'apologétique elle-même, elle exclut les faux systèmes, bien qu'elle s'accommode à toutes les faiblesses de l'esprit humain, qui les a conçus : elle guérit de tous, prend contact avec tous, mais n'en accepte aucun.

Conclusion. — Pour conclure, l'apologétique, qui est d'abord une science purement théologique, devient l'une des connaissances les plus complexes. C'est même un art, comme l'éloquence. Car on peut entendre l'apologétique de plusieurs manières : comme une controverse avec des hérétiques ou avec des juifs, qui admettent l'autorité des Ecritures ; ou bien comme un plaidoyer pour la foi, adressé à toutes sortes de contradicteurs. Elle s'appuie tour à tour sur l'histoire, sacrée ou profane, en particulier l'histoire des religions ; sur la philosophie et toutes ses branches, sur les sciences sociales, sur les sciences physiques, etc. De là des apologies historiques, philosophiques, psychologiques, morales, sociales, scientifiques, esthétiques même. Mais les unes comme les autres ne valent que par leurs dernières conclusions, qui sont nécessairement philosophiques et religieuses. Cette nature de l'apologétique ressort de toute son histoire. Une apologie vraiment nouvelle consisterait peut-être à mieux montrer l'accord de toutes les connaissances humaines et l'ensemble harmonieux des choses. A cet accord présiderait une théologie plus érudite et plus rationnelle que jamais. Sur cet ensemble descendrait, pour le faire resplendir jusque dans ses profondeurs, l'idée de Dieu, rayon dont le foyer est dans un monde supérieur. Mais l'apologie la plus efficace, sinon la meilleure absolument, résultera toujours de l'autorité et du nombre des savants dont s'honorera l'Eglise, comme aussi du talent de ses écrivains et de ses orateurs i.

iOlO. — Mystique. — La théologie mystique a pour objet certains rapports surnaturels de l'âme avec Dieu. Elle fait partie de la théologie morale, dont elle est un côté supérieur et souvent miraculeux ; elle communique plus étroitement encore avec la théologie ascétique, qui n'est, au fond, que la science pratique de la morale parfaitement chrétienne. La théologie mystique s'occupe, en outre, des faits les plus extraordinaires de la spiritualité. A cette branche de la théologie se rapportent les œuvres de sainte Thérèse, plusieurs des œuvres de S. Bonaventure, deGerson, de S. Thomas, etc., avec les œuvres du pseudo-Denys l'Aréopagite. Il appartient à la théologie mystique de discerner le surnaturel de ses contrefa-

' Voir, pour les ouvrages récents d'apologétique, non mentionnés dans cet article, le Répertoire bibliog.

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