N° 1010. MYSTIQUE
çons : extases naturelles, purement nerveuses ou diaboliques i ; de sauvegarder le mysticisme chrétien du faux mysticisme, soit celui des philosophes 2, soit celui de chrétiens égarés 3.
Voici en quels termes un auteur qui a bien étudié ces questions, marque d'abord la place de la théologie mystique. Après avoir distingué, avec toute l'Ecole, les trois étapes de la perfection : la vie purgative, la vie illuminative et la vie unitive, il ajoute : h Ainsi la Mystique, comme science spéciale, fait partie de la théologie ascétique. Celle-ci embrasse les trois voies purgative, illuminative et unitive, par lesquelles l'àme s'élève à la perfection. La voie unitive comprend un premier aspect, ordinaire et commun, où l'activité humaine, soutenue de la grâce, prédomine, et un autre, dans lequel l'homme est réduit à la passivité par l'action souveraine de Dieu. C'est ce dernier aspect, extraordinaire, merveilleux, où la charité divine dépasse, étonne nos conceptions et nos désirs, qui constitue la Mystique » ♦.
L'auteur distingue ensuite la Mystique expérimentale et la Mystique doctrinale, qui seule est une science. Celle-ci ne suppose pas une expérience personnelle ; ce qui entraine une conséquence importante au point de vue de la critique des phénomènes mystiques et de la direction des âmes : c'est que les mystiques ou contemplatifs ne sont pas leurs propres juges. « Il faut la considérer (la théologie mystique) tour à tour comme expérience et comme science. Faute de bien distinguer ce double point de vue, on entend mal certains énoncés dont la conclusion immédiate parait être que cette partie de la théologie sacrée est fermée à quiconque n'a pas reçu l'insigne faveur de la contemplation et que la direction des contemplatifs est interdite à d'autres qu'à des contemplatifs. En faisant, dans les expressions des docteurs, la part de l'expérience et celle de la doctrine, on échappe à ces conclusions exorbitantes et erronées. Souvent, en effet, ils appellent théologie mystique le travail surnaturel de Dieu sur l'àme, et ils désignent ainsi la Mystique expérimentale. D'autres fois, ils en font un enseignement qui groupe et formule en corps de doctrine les faits et les lois qui intéressent ces communications surnaturelles : il s'agit alors de la Mystique doctrinale ou de la science même de la Mystique » s.
M. Uibet arrive à la définir de la manière suivante, aussi complète que possible : La Mystique est « la science qui traite des phénomènes surnaturels, soit intimes, soit extérieurs, qui préparent, accompagnent ou suivent l'attraction passive des âmes vers Dieu et
' De là la magie, le spiritisme, le maprnétisme, l'hypnotisme.
* Des néoplatoniciens, par exemple : plus tard, celui de Bœhm, Swedenborg^, Saint-Martin, etc. — ' Les quiélistes. par exemple ; M""* Guyon.
* RuJET, La mystique divine distinguée des contri/açàtis^ diaboliques et des analogies humaines. Introd. p. 8. — * Ibid., p. g. t / /• n
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par Dieu, c'est-à-dire la contemplation divine ; qui les coordonne et les justifie par l'autorité de l'Ecriture, des docteurs et de la raison ; les distingue des phénomènes parallèles dus à l'action de Satan, et des faits analogues purement naturels ; enfin, qui trace des règles pratiques pour la conduite des âmes dans ces ascensions sublimes, mais périlleuses. Ainsi la Mystique expérimentale constatée, discutée, codifiée, et par ce travail rationnel constituée en corps de science, devient doctrinale. Quand les contemplatifs affirment que la théologie mystique est une science d'infusion, qu'elle est un don gratuit de Dieu, ils entendent énoncer le côté subjectif de ces expériences divines. Mais ils ne prétendent point rejeter toute science acquise et raisonnée sur ces phénomènes; car, sans cela, on n'aurait que des connaissances éparseset comme les matériaux d'une science ; ce sont le groupement et la discussion méthodiques de ces faits selon des principes convenables, qui en font une science proprement dite. Cette Mystique scientifique règle et contrôle dans l'Eglise la Mystique expérimentale. C'est un axiome de la vie spirituelle, qu'il n'y a pas d'âme si élevée et si parfaite qui ne soit soumise à la loi de la direction ; or, c'est dans les principes et dans la doctrine, plutôt que dans les faits et les expérimentations, que les directeurs doivent chercher leurs lumières et baser leurs jugements » i.
ton. — Théosophie. — C'est une sorte de philosophie mystique et par conséquent fausse, car le propre de la philosophie est de s'appuyer sur la raison. La théologie elle-même s'appuie sur une foi qui peut montrer ses titres. Les théosophes, au contraire, prétendent être éclairés par une sorte de révélation intime et personnelle et n'en peuvent fournir d'autres preuves que leur affirmation 2, La théosophie est aussi ancienne que la fausse mystique. Elle a fleuri notamment dans l'école néoplatonicienne d'Alexandrie. Mais le nom de théosophes n'a été donné qu'à partir du xvi^ siècle. Les uns, comme Paracelse, Cornélius Agrippa, Van Helmont, ont allié à leur mysticisme une certaine science expérimentale ; les autres, comme Bœhm, Swedenborg, Saint-Martin ne sont connus que comme philosophes mystiques. Certains mystiques appartenant à une Société théosophique ont tenté récemment d'introduire le bouddhisme en France et d'y accréditer des pratiques superstitieuses 3. La théosophie en général a été assez bien réfutée par Cousin, qui la désigne sous le nom général de mysticisme *.
* RiBET, La mystique divine distinguée des contrefaçons diaboliques et des analogies humaines. Introd. p. i5-i6.
* Or, on a vu dans l'article précédent, que la mystique expérimentale doit être contrôlée et jugée par la mystique scientifique.
3 Voir le traité de la religion où il sera parlé de la superstition et de ses différentes formes. (9= volume.)
* Voir ce mot dans le Dict. des sciences phil. de Franck.