N° 1014. SCOLASTIQUE
messe et l'office divin. On appelle riibricaire celui qui sait bien les rubriques ; rubriciste, celui qui a écrit sur les rubriques, et liturgiste, celui qui a écrit sur la liturgie en général. Cavalieri, Gavantus, Merati et Quarti sont de grands rubricistes et de grands liturgistes '.
1014. — Scolastique. — On entend d'abord, par la scolaslique, la théologie et la philosophie qui étaient enseignées dans les écoles du moyen âge, et, plus largement encore, toutes les connaissances cultivées dans ces écoles. Mais cette première délinilion, purement historique, ne peut suffire : il faut la déterminer et l'éclaircir. Même en ne considérant que la théologie et la philosophie scolastiques enseignées pendant le moyen âge, nous sommes en présence de systèmes fort divers, souvent même opposés, que l'esprit humain, très spéculatif à celte époque, a cunstruils, défaits, reconstruits et modifiés de mille manières. Car il n'y a pas d'erreur, de même qu'il n'y a pas de vérité qui n'ait été soutenue au moyen âge. Qu'est-ce donc que la Scolastique ? Voici peutêtre une réponse aussi conciliante qu'incontestable.
0,1.— La scolastique est d'abord un esprit et une méthode-.— Le caractère essentiel et distinctif de la scolastique paraît être dans l'accord positif de la raison et de la foi, dans ce désir profond qui s'est manifesté dès l'origine du christianisme, chez tous les penseurs les plus illustres, d'accorder les données de la sagesse humaine avec celles de la révélation, d'expliquer et de compléter tour à tour les unes par les autres. Ce désir insatiable d'unité est au fond de tous les esprits sincères, qui croient au caractère absolu du vrai, et ne peuvent supposer qu'une vérité entre jamais réellement en conflit avec une autre. De là, croyons-nous, est née la scolastique ancienne ; et c'est le même sentiment qui soutiendra et développera la scolastique moderne. Ce sentiment est l'âme de la scolastique elle-même. Car celle-ci existait déjà et bien avant la construction des grands systèmes du moyen âge. Ceux-ci, d'ailleurs, comme nous le rappelions, sont en contradiction les uns avec les autres, parfois sur des points importants. Dira-ton que la scolastique est le système commun à S. Thomas, à S. Bonaventure, à Scot, à Suarez, etc. ? En ne gardant de ces divers systèmes que la partie commune, nous n'aurions plus qu'une scolastique amoin-
' Cf. HoGAN, Op. cit. Liturgie. Voir sur la liturgie elle-même, le culte et les cérémonies, le aS* volume. Pour les ouvrages récents de liturgie, V. le Rép. bibliogr.
* Voir, sur ce sujet, de Wllf, Qu'est-ce que la philosophie scolastique? (brochure) et Histoire de la philosophie médiévale, où l'auteur prélère définir la philosophie scolastique comme un système. Voir aussi notre Hist. de la philosophie et deux articles de VUniversité catholique (1901 et igo3,sept.), auxquels est empruntée une partie de celui-ci.
drie. Elle se réduira bien davantage, si on pratique un éclectisme plus accommodant ; bientôt elle se confondra avec une philosophie chrétienne quelconque, celle de Caro, par exemple, ou même de Cousin, dans les dernières éditions de son livre le plus éloquent, mais peut-être aussi le plus superficiel : Le Vrai, le Beau et le Bien .
S'il en est ainsi, il vaut mieux dire que la scolastique est avant tout un esprit d'union étroite et d'accord positif entre la raison et la foi. Or, cet accord et cette union exigent une méthode rigoureuse. Pour prouver certains dogmes révélés, qui ne sont pas absolument au-dessus de la portée de la raison, et pour expliquer ou enchaîner de quelque manière tous les autres, il faut des définitions exactes, des distinctions subtiles, des raisonnements serrés. C'est là, au fond, toute la méthode scolastique, qui remplit, dans les sciences théologiques et philosophiques, le rôle de l'algèbre dans les sciences physiques. Elle a pu servir encore à caractériser et à définir la sco^ lastique elle-même. Comme esprit et aussi comme méthode, la scolastique a donc pu exister dès l'origine du moyen âge et même avant : elle n'est liée rigoureusement à aucun système particulier, mais elle peut les dépasser tous, car elle est toujours progressive.
0,2. — La scolastique aboutit à un système. — Maintenant il faut convenir que l'esprit et la méthode scolastiques aboutissent à un système de vérités religieuses et philosophiques, système absolument vrai danssesbases, contestable dans les opinions qui s'y ajoutent et toujours perfectible. Tel est, entre tous, le système intégral de S. Thomas. Mais il ne paraît pas que la scolastique soit d'abord et principalement ce système ni aucun autre, car elle existait avant tous et les a tous inspirés. Et puis un système résulte moins de la somme de vérités ou d'erreurs qu'il contient que de la manière dont il les enchaîne. A ce point de vue, les systèmes de S. Thomas et de Scot,par exemple, sans citer d'autres scolastiques, sont des plus contraires. Scot attaque sans cesse, pour ainsi dire, sinon les conclusions, du moins les preuves de S. Thomas. Comment donc la scolastique serait-elle la partie commune à ces deux systèmes incompatibles ?
0,3. — La scolastique, bien qu'elle soit une, ne confond pas la philosophie avec la théologie. — Les rationalistes nous opposent ici que la scolastique, étant toute dans l'accord de la foi et de la raison, confond par là même la philosophie avec la théologie. Mais il n'en est rien. Pour être traitées parallèlement et même associées, la théologie et la philosophie scolastiques n'en sont pas moins distinctes. Est-ce qu'elles se trouvent confondues dans la Somme de S. Thomas, parce que le saint Docteur y traite également de l'une et de l'autre, sans rompre pour cela l'unité de son enseignement ? Tout en maintenant l'unité de la scolastique, il faut donc recon-
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naître ses deux éléments irréductibles : la théologie scolastique est essentiellement fondée sur la foi, et la philosophie scolastique est essentiellement fondée sur la raison. Mais la scolastique est une cependant, un peu à la manière des autres sciences mixtes, comme la physico-mathématique, la psycho-physiologie, la géographie historique et politique. Ces diverses combinaisons, qui se multiplient de nos jours, non sans profit, ne confondent point les sciences qu'elles associent plus ou moins étroitement. L'unité, en même temps que le caractère de la scolastique. est précisément dans l'accord de ses deux éléments, de la philosophie et de la théologie, de la raison et delà foi. Elle est théologie, si elle part de la foi ^fides qucvrens intellectumj ; philosophie, si elle part de la raison f Intellectns qiiœrens fidemj : mais son esprit est un, car c'est l'accord même de ces deux sciences, chacune souveraine dans son domaine ; c'est le progrès de chacune par l'autre. Celte union s'accomplit surtout entre le dogme et la métaphysique. De ces deux sciences, l'une est la moelle de la philosophie, l'autre est la moelle de la théologie. De là l'importance extrême de la scolastique, si vivement recommandée à l'attention et au zèle des catholiques par Léon XIII, dès l'aurore de son pontificat, dans l'Encyclique .Eterni Patris.
0,4. — La scolastique dans l'enseignement. — Ces considérations nous permettent de revendiquer pour la scolastique sa juste part dans l'enseignement, en particulier celui des Séminaires et des Universités. Bien que, parmi les sciences théologiques, l'exégèse, la théologie positive, la théologie morale, la science canonique soient toutes d'une grande importance, aucune cependant ne peut remplacer la scolastique à la base d'un enseignement rationnel. Sans compter qu'elle les réunit en quelque manière en s'appliquant à toutes par leurs sommets, aucune ne peut la remplacer pour la formation de l'esprit, le ralîermissement de la raison et de la foi ; ce qui est le principal de l'enseignement et de l'éducation. Aussi souscrivons-nous volontiers à ce jugement porté naguère dans les Etudes, où l'on insiste en particulier sur l'insuffisance de la théologie positive, comparée à la scolastique, comme base de l'enseignement : « C'est à la scolastique qu'il faut donc s'adresser, non seulement pour faire « la grande synthèse rationnelle » des dogmes dans les cours supérieurs, mais encore pour donner une formation élémentaire et pourtant solide aux commençants... Pour résumer en deux mots les avantages de la scolastique sur la positive comme base de l'enseignement théologique, la scolastique est à la fois plus coinpréhensivc et plus efficace. D'une pari, elle ne montre pas seulement comment les dogmes sont nés, se sont développés, en devenant de plus en plus explicites et clairs dans l'enseignement et la croyance, — ce qui forme tout l'objet de la positive, — mais elle fait encore voir leur place dans l'ensemble des
vérités, leur enchaînement harmonieux, leurs connexions et leurs conséquence^ dans l'ordre naturel, aussi bien que dans le surnaturel : voilà en quoi elle est plus compréhensive. D'autre part, elle est plus efficace, parce qu'en faisant de la doctrine théologique une construction logique, systématique, elle en facilite la perception et l'assimilation.
« Ajoutons une troisième qualité, qui dérive des deux autres, surtout de la seconde, à savoir que la scolastique est plus éducative: parce que, faisant surtout travailler l'intelligence, elle exerce et par là même élève et développe les meilleures forces de l'esprit ; tandis que la positive, demandant beaucoup à la mémoire, risque d'entraver l'action et l'évolution des facultés qui donnent à l'homme sa vraie valeur » i.
0,5. — Y a- 1- il une scolastique protestante, musulmane, etc. ? — Nous n'ajouterons plus qu'un mot sur la scolastique considérée hors de la vraie foi ou de l'Eglise. Mais peut-il y avoir une scolastique non catholique, protestante ou musulmane, bouddhique, védique ? Il est incontestable que la philosophie a cherché à s'accorder avec ces diverses religions, ou, si l'on préfère, que ces diverses religions ont tenté de s'accorder avec la philosophie. L'accord fut cherché en particulier par des philosophes arabes, auxquels on ne peut guère refuser le génie : ils furent les plus redoutables adversaires de nos grands docteurs du moyen âge. Mais, en définitive, aucune religion fausse n'a pu résister à la critique philosophique. Et cette preuve n'est pas la moindre qu'on puisse alléguer en faveur de la foi catholique. Les scolastiques protestante, musulmane et autres, s'il en fut, ont donc cessé d'être, en détruisant les dogmes religieux avec lesquels elles prétendaient s'accorder. Seule la scolastique chrétienne ne détruit point les dogmes auxquels elle s'applique ou du moins qu'elle compare à ses propres conclusions.