LOGIQUE
fait le même éloge de la dialectique. S. Auguslin n'est pas moins explicite. En fondant toutes ses espérances sur sa méthode. Descartes lui-même fait de la logique la première des sciences. Mais celui qui, sans contredit, a le plus fait pour la logique est Aristote. Au dire de Kant, non seulement il l'a fondée, mais encore il l'a construite et achevée, si bien qu'on n'y a rien ajouté depuis. Nous ne parlons ici, bien entendu, que de la logique formelle, celle qui consiste dans la théorie des idées, des jugements et des raisonnements. Car, depuis Aristote, la logique s'est accrue considérablement en ce qui concerne la méthode et les critériums de vérité. Mais, sans compter qu' Aristote a pu écrire, sur ce sujet, des traités qui ne sont pas arrivés jusqu'à nous, il suffit à sa gloire d'avoir créé la logique formelle. On la trouve surtout dans les cinq livres suivants : Des Prédicaments, de l'Interprétation, des Analytiques, des Topiques, des Sophismes. Les Stoïciens les ont réunis sous le nom général d'Organon ou instrument. Les scolastiques ont suivi et commenté cette doctrine, qui a été vivement critiquée depuis la Renaissance. Bacon et ses successeurs ont rejeté le syllogisme ou n'y ont vu qu'une induction déguisée ; à leurs yeux, la logique doit être toute matérielle, elle se borne à la théorie de l'induction et de la preuve expérimentale. S'ils admettent la déduction, c'est en la dénaturant, avec l'idée universelle, sur laquelle elle s'appuie. (Stuart Mill, Bain.j D'autres, au contraire, ont maintenu la logique formelle d' Aristote ; mais ils ont prétendu la corriger ou la compléter en quantifiant le prédicat et en transformant ainsi la proposition en une sorte d'équation. En réalité, comme les précédents, ils n'ont pas compris la nature du syllogisme (Bentham, Ilamilton).
o,i. — Division de la logique. — A cause de l'importance et de l'universalité de la logique, on doit veiller à ne pas la démembrer, mais à en donner une division exacte et complète. D'après une division traditionnelle qui paraît juste, la logique comprend deux parties principales : une logique formelle et une logique matérielle.
La première reçoit le nom de dialectique ;'et la seconde, celui de critique. La dialectique traite des idées et de leur accord entre elles ; elle étudie successivement : les idées, avec les termes qui les expriment ; \qs jugements (qui résultent immédiatement des idées), avec les propositions qui en sont renonciation ; les raisonnements (qui résultent des jugements), avec les syllogismes et autres arguments. La crilitiue a plutôt pour objet les conditions générales de l'accord des idées et des jugements avec les choses : elle traite de la vérité en général, de la certitude et des moyens généraux de l'obtenir. Ces moyens se ramènent aux critères et à la méthode : d'où la crilériologie et la méthodologie, qui font partie intégrante de la logique. On peut distinguer les critères subjectifs ou facultés de connaître i^sens et intelligence, mémoire, raison) et les critères
objectifs, qui se ramènent à l'évidence de l'objet ; les critères extrinsèques, qui se ramènent à l'autorité, et les critères intrinsèques. Ceux-ci sont de trois sortes : les universaux, les premiers pri/icipes et les sciences. On observera qu'ils repondent aux idées, âux jugements et aux raisonnements, dont traite la dialectique ; car les universaux ne sont que les idées universelles^ les premiers principes ne sont que les jugements les plus généraux, les sciences ne sont que des systèmes de raisonnements. Mais, comme il est juste, la critique marque un développement de la dialectique et une application générale aux objets. Reste la méthode, qui est générale ou particulière : elle résulte du bon emploi de tous les critères dans la recherche de la vérité. Elle complète donc et ferme la logique.
Mais il est clair qu'on ne peut distraire de celle-ci aucune des parties énumérées. Car aucune d'elles ne traite, à proprement parler, de la vérité réelle : elles s'appliquent toutes aux idées ou à l'ordre des idées et des recherches et non aux choses mêmes. Sans doute, la logique, comme il a été dit ailleurs, est impliquée de quelque manière dans les autres parties de la philosophie et les implique à son tour : ainsi le veut l'unité des sciences philosophiques, la solidarité des principes et des théories. Mais, par ellemême, la logique, avec ses différentes parties, ne nous apprend rien de la réalité des choses, ni sur Dieu, ni sur la nature, ni sur l'âme, ni sur la morale. La logique est donc bien la science des idées, de l'être intelligible, des principes de la connaissance : elle embrasse tout cela, mais rien que cela. — Cette division de la logique est résumée dans le tableau suivant :
Dialectique . Elle traite
LOGIQUEi
Division et organisation des parties de la logique.
Des idées et des termes.
Des jugements et des propositions.
Des raisonnements et des syllogismes.
1° De la vérité et de la certitude.
Critères subjectifs ou facultés de connaissance.
Critère objectif ou de l'évidence.
Critère extrinsèque ou de l'auto-
Critique.
Elle traite
2° Des critères de la vérité, d'où^ laCritériologie.
Critères intrinsèques.
Universaux.
Principes.
Sciences.
3° De la méthode ou Méthodologie.
Philosophie du langage, dépendance de la logique, etc.
rite.