‹ Somme des connaissances humainesChapitre 18 sur 49 · N° 1016. LOGIQUE · texte numérisé non relu

N° 1016. LOGIQUE

0,5. — Rapports de la logique avec la grammaire et la psychologie. — On pourrait insister ici sur les rapports de la logique avec la plupart des connaissances ; car elle est l'instrument de toutes, elle introduit dans chacune d'elles, tout d'abord dans la métapliysique : il suffît, en elTet, de ne plus considérer les idées elles-mêmes, mais les objets les plus généraux qu'elles expriment. Mais nous nous bornerons aux rapports de la logique avec la grammaire et la psychologie. Celle-ci traite également des idées, des facultés de connaissance (intelligence, sens, mémoire, raison) et de leurs actes (jugement, raisonnement), mais à un autre point de vue que la logique. Tandis que la logique les considère comme principes de connaissance et moyens d'atteindre la vérité, la j)sychologie les étudie dans leur réalité en tant que perfections ou modifications de l'âme. Autres, certes, sont les lois psychologiques, inéluctables, comme toutes les autres lois de la nature; et autres sont les lois logiques, que l'on enfreint si souvent, bien qu'elles soient plus absolues encore que les premières.

Les relations de la logique avec la grammaire sont aussi fort étroites. Car l'une et l'autre traitent des termes et autres mots, des propositions, des syllogismes et, en général, du langage. Mais la logique en traite par rapport aux idées et à la démonstration, tandis que la grammaire s'arrête plutôt à l'expression et à la correction de celle-ci •. Autres donc sont les lois ou règles grammaticales et autres les lois de la logique, les règles du syllogisme, par exemple. On peut violer les unes en respectant les autres.

0,6. — Philosophie du langage, dépendance de la logique, de la psychologie, de la grammaire, etc. — La logique reste donc parfaitement distincte de la grammaire et de la psychologie, tout en leur étant étroitement associée. De cette association principalement résulte une science philosophique très déterminée, la philosophie du langage. On ne saurait, en elfet, étudier la philosophie du langage, c'est-à-dire l'origine de la parole, ses lois générales, son développement et sa vie, ses diversifications à l'infini, — qui ne changent point pourtant sa nature, innnuable comme la raison — , sans connaître l'origine des idées (ce qui est de la psychologie;, sans analyser à fond les idées elles-mêmes et leurs diverses combinaisons (ce qui est delà logique), sans posséder la grammaire et même jusqu'à un certain point les langues et la philologie. La philosophie du langage est donc une de ces sciences mixtes ijui se concentrent sur un seul point, i)Our le pénétrer à fond. Et il arrive souvent que celte science multiple d'un seul objet permet d'atteindre indirectement l'universalité des choses. Mais c'est la philosophie seule qui permet ainsi aux spécialités de retrouver le tout dans la

' Voir d'ailleurs ce qui a été dit des rapports généraux de la philosophie avec les lettres ioi5, 6.

go ENCYCLOPEDIE : II* VOLUME

partie et l'ensemble dans le détail. C'est dire qu'il faut associer l'esprit philosophique aux spécialités pour qu'elles donnent tout leur fruit et ne risquent pas de déformer les esprits eux-mêmes en trahissant la vérité.

tOlT. — Dialectique. — Quelques mots suffisent après ce qui vient d'être dit de la logique en général et de la dialectique ou logique formelle en particulier. Le terme même de dialectique a eu des sens variés. Dans la terminologie d'Aristote, il signifie l'art de faire valoir les probabilités en faveur d'une opinion. Gomme Kant le fera plus tard, Aristote entend par arguments dialectiques les arguments probables, par opposition aux arguments démonstratifs. Chez Platon, la dialectique est une méthode, qui consiste à s'élever de la sensation aux idées, et d'idée en idée jusqu'à l'idée suprême du Bien ; c'est aussi, plus généralement, l'art de dialoguer, de choisir et discourir (comme l'indique l'étymologie) ou, en d'autres termes, l'art de questionner et de répondre, de pratiquer la méthode socratique, de tirer toutes les conséquences de sa propre pensée, en un mot, de raisonner. La dialectique de Platon ne diffère donc pas de la logique formelle et comprend les opérations de l'esprit à la recherche de la vérité i. Or, ces opérations se ramènent à trois : i° les appréhensions ou perceptions ; elles répondent aux idées, qui en sont, à différents égards, les principes et l'objet. Les idées sont exprimées par les termes. — 2" Les jugements, exprimés par les propositions. — 3° Les raisonnements, exprimés par les syllogismes.

Nous avons déjà insisté sur les rapports de cette partie de la logique avec la grammaire. La dialectique et la grammaire sont donc étroitement liées, quoique parfaitement distinctes : l'une est la science ou l'art de l'expression ; et l'autre, la science des idées, l'art de les ordonner. Sans doute, la grammaire ne peut faire abstraction de toute dialectique ; elle devient même très bien, avec d'habiles maîtres, une logique élémentaire et pratique, la seule accessible à l'enfant, et des plus fructueuses. Mais il reste que le grammairien en tant que tel ne s'occupe de l'idée que pour l'expression, tandis que le logicien ne s'occupe de l'expression (terme, proposition, l'orme de syllogisme) que pour l'idée et le raisonnement lui-même. Ainsi le médecin s'occupe de l'âme en vue du corps, tandis que le psychologue et le moraliste s'occupent du corps en vue de l'âme. Après cela, il est bien évident que la médecine et la

1 Hegel, qui ramène toute la philosophie à la logique, de même qu'il ramène toute réahté à l'idée, entend la dialectique d'une manière à peu près semblable. Pour lui, elle n'est que le progrès de la pensée, qui va se développant par thèses, antithèses et synthèses, c'est-à-dire affirmations, négations, conciliations des contraires. Ce progrès serait l'évolution même et universelle des choses.

Page 1