N° 1018. CRITIQUE
psychologie ou la morale doivent se prêter un concours mutuel et incessant. L'alliance de la grammaire et de la logique, en particulier de la dialectique, n'est pas moins étroite, surtout si l'on songe que la grammaire est toujours fondée de quelque manière sur la logique ; mais leur distinction est très nette. La grammaire exprime et la logique démontre. Vient ensuite la. rhétorique, ou plutôt l'éloquence, qui persuade.
1018. — Critique. — Entendue de la manière la plus large, comme nous l'avons fait, la critique comprend l'étude des plus graves problèmes : tout d'abord celui de la vérité et de la certitude, auquel tous les autres se rai)portent. De là l'examen du scepticisme et du dogmatisme ; la critique de toutes les facultés de connaissance ; la critique des témoignages ; la comparaison et la juste appréciation de tous les critères. Ensuite l'objectivité des universaux, avec l'examen du nominalismc, du réalisme et du conceptualismc ; la question des premiers principes, de leur objectivité et de leur réductibililé entre eux ; la question des sciences et de leur classification. Eniin la méthode.
On remarquera, en outre, que la critique s'applique à tous les ordres de connaissance et à tous les genres de production. D'où la critique philosophique, historique, littéraire, artistique, etc. Cette critique philosophique qui s'applique aux œuvres des philosophes ne se confond pas avec la critériologie, mais elle en est l'application, comme aussi de tous les autres principes de philosophie. On donne parfois d'une manière absolue le nom de critique à la philosophie critique ou au criticismc de Ivantet de ses partisans ; mais ce n'est là qu'un système particulier et faux, qui mène au subjectivismc et au scepticisme : il en sera traité ailleurs •. La critique historique comprend la critique des sources, la juste interprétation de toutes sortes de documents et de textes : a'où la critique textuelle, la critique externe et interne de toutes sortes de témoignages. Ceux-ci ne sont recevables que dans la mesure où les témoins sont bien informés et sincères fscience et véracité). Il faut, en outre, que les témoignages aient une clarté sulfisante. La critique historique s'est développée beaucoup de nos jours : nous la retrouverons en parlant de l'histoire -. La critique littéraire ne s'est pas moins enrichie : elle est inséparable des lettres et de leur histoire. La critique artistique relève autant de la logiciue que de l'esthétique et elle est inséparable des beaux-arts. On voit par là une fois de plus que la l()gi{[ue est universelle : elle s'applicpie à toutes les productions comme à toutes les théories et {)énèlre ainsi chacune des connaissances.
' Kant oppose, outre mesure, la forme à la matière de la cou niu^^a 1100, le iujet à Vohjct. (V. 19* volume : des doctrines et des opinions.) * V. ioi4, a.
1019. — Méthodologie. — C'est la science de la méthode, c'està-dire de l'ordre à établir dans les idées, les jugements, les raisonnements, afin de le découvrir ensuite ou même de l'établir dans les choses par de bonnes classifications. Ailleurs, il sera traité de la méthode elle-même ou de l'ordre et des classifications. Mais remarquons ici que la méthodologie est la science de l'ordre considéré du côté de l'esprit, comme la logique est la science du vrai, considéré toujours du côté de f esprit. La méthodologie est donc incomplète, si on la sépare de la dialectique et de la critique. Car l'ordre ne peut que s'ajouter au vrai.
La méthodologie se divise comme la méthode elle-même. Or la méthode est analytique ou synthétique, inductive ou déductive, expérimentale ou rationnelle, etc. La méthode rationnelle se distingue aussi de la méthode d'autorité. Il y a des méthodes générales et des méthodes particulières à certaines sciences ou qui ne s'appliquent même que dans certains cas. La méthodologie insiste principalement sur les méthodes générales. Toutes les sciences doivent user plus ou moins de l'analyse et de la synthèse, de l'induction et de la déduction, de fexpérience et du raisonnement. Plusieurs s'appuient principalement sur l'autorité (ainsi la théologie, l'histoire) ; d'autres, sur la raison (la philosophie) ; d'autres, sur l'expérience sensible (sciences physiques) ; d'autres, sur l'expérience interne ou la conscience (psychologie). Plusieurs sont principalement inductives (sciences physiques) ; d'autres, déductives (métaphysique, géométrie).
1020. — Taxilogie. Taxinomie. — Nous avons vu que la méthodologie a pour objet l'ordre et en particulier les classifications justes à établir dans les idées, et aussi dans les choses. De là la taxologie ou taxonomie, ou mieux taxilogie, taxinomie, science et art de la classification, application spéciale de la méthode i. Elle a sa part dans toutes les connaissances, notamment dans les sciences naturelles, où il est indispensable de classer tant d'objets étudiés : minéraux, plantes, animaux. D'ailleurs, quel que soit le genre de recherches, l'esprit doit toujours procéder par définition et division, c'est-à-dire par classification. Celle-ci va du tout aux parties ou d'une partie à l'autre, en suivant Tordre de temps et d'apparition, ou de dignité, d'importance, etc. De là tant de classements accidentels de personnes et de choses. Le plus souvent il est nécessaire de diviser le même objet à différents points de vue pour bien le connaître : on distingue alors, par une sorte de dissection, tous
1 D'après Littré, la taxilogie est la science des classifications ; la taxinomie ou taxionomie est la science particulière de la classification en botanique. 11 la définit : « Partie de la botanique qui traite des classifications des plantes, des lois et des règles qui doivent déterminer l'établissement des méthodes et systèmes ».
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ses éléments, et on les énumère de plusieurs manières, parfois contraires entre elles. Les principales classifications sont fondées sur la nature des choses. Mais il arrive souvent que celte nature est inconnue ou à peu près. Alors il faut user de classifications provisoires qui facilitent les recherches sans préjuger les résultats, mais se corrigent, à mesure que ceux-ci sont mieux connus. Beaucoup de nos classifications, de même que nos sciences, sont ainsi en voie de devenir. Une classification parfaite est celle des nombres ou l'ordre numérique. Mais elle est tout accidentelle et même purement artificielle, si on l'applique arbitrairement aux personnes ou aux choses. Elle peut rendre néanmoins, même alors, de précieux services à la mémoire : elle embrasse facilement toute la multitude d'objets qu'on lui confie; elle prépare un ordre supérieur, si cet ordre n'existe pas encore, et le complète, si cet ordre est enfin établi K
1021. — Métaphysique. — o,i. — Définition. — Si c'est par hasard que la philosophie première d'Aristote reçut le nom de métaphysique (en grec, après les clioses physiques), les disciples du maître l'ayant placée, sans autre intention, après les livres qui traitaient des sciences physiques, on conviendra que le hasard fut heureux. L'objet de la métaphysique, en elTet, est de ceux qui ne tombent d'aucune manière sous les sens et ne sont perceptibles que par l'abstraction la plus haute. La métaphysique est cette partie de la philosophie qui traite de l'être considéré dans ses plus hautes réalités. Elle ditîère de la logique, qui traite de l'être idéal, des êtres de raison, des lois de la pensée et du raisonnement; — de la morale, qui traite de l'être moral et de l'ordre qui lui correspond ; — des sciences mathématiques et physiques, qui traitent, elles aussi, de l'être réel ou possible, passé, présent ou futur, mais considéré dans ses réalités moins hautes : ses dimensions, sa quantité, ses qualités ou ses éléments sensibles. La métaphysique traite de l'immatériel; si elle traite des corps, c'est en tant qu'ils sont connus d'une manière spirituelle, c'est-à-dire en tant qu'êtres, substances, natures, causes, et non pas en tant que mesurés, comptés, divises ou multipliés, agissant sur les sens.
Parmi les adversaires de la métaphysique, il en est qui nient purement et simplement son existence et son objet. D'après eux, les essences, les natures n'existeraient pas ou du moins elles seraient inconnaissables ; les constructions de la métaphysique seraient des œuvres d'imamnation, plus ou moins belles d'ailleurs, mais semblables aux fictions des poètes et des romanciers : de là le positivisme et l'agnosticisme. D'autres, sans aller jusque là, ne distinguent pas assez la métaphysique d'avec la logique : ils la délinis-