V. Durand de Guos, Aperçus de taxinomie générale
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sent comme la science des lois de la pensée, ou bien encore comme la science des premiers principes de la raison. Or, il est clair que si la métaphysique n'est pas la science des principes réels des choses et des lois auxquelles elles obéissent, elle est sans valeur objective ; elle ne réalise plus sa définition et doit disparaître du milieu des sciences.
0,2. — Réalité des objets de la métaphysique. Ses rapports avec la logique. — Mais, loin de disparaître du milieu des sciences, la métaphysique en est la première absolument. Car elle traite de l'être même, sans lequel rien ne serait, ni dans l'ordre intelligible, ni dans l'ordre moral. L'idée, en particulier, suppose son objet : elle lui est postérieur. Or, tandis que la logique traite des idées, la métaphysique traite de leur objet. Et ici il s'agit surtout de l'objet des idées toutes premières, qui n'ont pas encore été déformées par des jugements arbitraires, des raisonnements illogiques : idées d'être, d'unité, de vérité, de bien, de substance, de cause, etc. Ces premières vues de l'intelligence sur les choses lui permettent d'affirmer les premiers principes de métaphysique : principes de contradiction, de causalité, d'identité, etc., qui, considérés sous un autre aspect, celui de la réflexion, deviennent les lois de la pensée ou de la logique. Mais ils ne sont les lois de notre pensée que parce qu'ils sont d'abord la loi des choses. L'idée et, avec elle, le principe, sont toujours mesurés par l'objet, avant de le mesurer à leur tour. Il appartiendra ensuite à la logique de déduire de ces principes réels tout ce qu'ils contiennent ; et, si elle est fidèle à ses lois qui sont aussi les lois des choses, ses conclusions seront réelles comme les principes. Mais on conçoit déjà que l'erreur puisse se glisser de mille manières dans ces déductions longues et laborieuses, subordonnées d'ailleurs à maintes expériences, externes et internes, où l'illusion a plus de place encore.
Ainsi, avec la distinction radicale de la logique et de la métaphysique, nous apparaissent leurs véritables rapports. Alors que la première s'occupe des idées elles-mêmes ou expressions mentales, la seconde s'occupe des choses exprimées. Or, il est évident que c'est par leurs idées que nous connaissons les choses, bien que les choses elles-mêmes, absolument parlant, nous soient connues avant leurs idées. De plus, s'il s'agit d'une connaissance non plus directe, spontanée, et partant imparfaite, mais d'une connaissance réfléchie, savante, raisonnée, il est clair que la logique peut prendre le pas sur la métaphysique : par exemple, nous éclaircissons nos idées de genre, d'espèce, de cause avant de savoir à quels objets précis nous devons les appliquer. Et ainsi nous voyons comment la logique, bien qu'absolument postérieure à la métaphysique, nous permet cependant d'entrer dans cette science, de la cultiver à fond et de l'organiser.
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0,3. — Division de la métaphysique. — La métaphysique comprend deux parties : une partie générale, qui traite de l'être le plus abstrait et de ce qui s'y rapporte : c'est l'ontologie ou philosophie première, dite aussi métaphysique générale ; — une partie spéciale, qui traite successivement de tous les êtres à nous connus : 1° du monde sensible (d'où la cosmologie ou philosophie de la nature); 2" de l'âme (d'où la psychologie ou philosophie de l'esprit) ; 3° de Dieu (d'où la théodicée ou théologie naturelle). Cette dernière est en rapport étroit avec la théologie sacrée, qui la complète admirabletnent, grâce aux lumières de la révélation. Il convient de placer la cosmologie avant la psychologie ; car la connaissance directe du monde est avant la connaissance réfléchie qu'on a de soi-même. De la connaissance de soi-même on passe ensuite naturellement à la connaissance de Dieu. Ce mouvement ascensionnel comprend ainsi deux étapes : l'esprit passe d'abord du monde extérieur et sensible au monde intérieur et spirituel ; puis, de ce dernier, au monde supérieur et divin. On peut ajouter à ces trois parties une pneumatologie ou traité des esprits purs, des anges; mais, comme la philosophie ne nous en apprend rien ou ne nous les fait connaître que par comparaison avec l'âme, ce traité appartient plutôt à la théologie.
Revenons maintenant à la métaphysique générale ou philosophie première. Aristote avait déjà dit qu'elle est « la science de l'être en tant qu'être >>. Par là sont déjà exclues les prétentions de ceux qui dénaturent cette science pour n'en faire qu'une idéologie, un traité de l'origine des idées (Locke, Condillac, Tracy) ; ou une théorie de la science (Fichte, auteur de la Doctrine de la science). En vérité, la métaphysique générale est la science de l'être réel ou qui peut le devenir ; c'est la science de l'être et de ses modes les plus élevés ou les plus généraux. De là sa difTiculté et son importance. Mais les subtilités excessives, les disputes interminables dont elle a fourni l'occasion et la matière ne justifient pas les dédains qu'on lui a prodigués. La renverser, c'est détruire la philosophie elle-même, qui, sans elle, ne serait plus qu'une logique empirique et une morale mal assise.
On peut la diviser en trois parties : la première traite de l'être et de SOS modes transcendantaux, c'est-à-dire supérieurs aux genres {unité, vérité, bien, etc.); la deuxième, des catégories ou genres suprêmes : substance, accidents : qualité, quantité, relation, etc. ; la troisième, des causes : matérielle, formelle, efficiente, finale. De là trois traités, qui s'échelonnent ainsi, en parlant du plus abstrait : traité des transcendantaux ; traité des catégories ; traité des causes. Cette division paraît être la meilleure ; car elle correspond, comme on le voit, aux degrés d'abstraction, qui nous ont déjà servi à classer les principales sciences et à distinguer la philosophie des sciences mathématiques et physiques. Du traité des trans-
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cendantaux dépend particulièrement la philosophie de l'art ou l'esthétique ; car le beau, qui est l'objet de l'esthétique, participe de l'unité, de l'ordre, du vrai et du bien, qui sont des notions et des réalités transcendantes. Telle est donc l'organisation des sciences métaphysiques.
Elle est résumée dans le tableau ci-joint :
Division et organisation de la Métaphysique.
Traité des transcendantaux : être, Metaph. générale \ ^^^^^^^ ^^rité, bien, etc.
Métaphysique
Science de l'être réel.
^ ^ 1^ . ) Traité des catégories.
Ontologie. /
Traite des causes.
Dépendance du traité du vrai, du bien : l'Esthétique.
( Cosmologie. Du monde, son origine, lois.
, . , < Psychologie. L'âme, sa nature, facultés. spéciale. }
[ Théodicee. Dieu, ses attributs.
Dépendance de la psychologie rationnelle, la pneumatologie. Dép. de la psychologie expérimentale, Idi psycho-physiologie.
1022. — Esthétique. — Cette science recherche et détermine les caractères du beau dans les productions de la nature ou de l'art. Elle relève de la métaphysique, de la critique, de la psychologie et de la morale. Le nom à'esthétique a été employé d'abord par Beaumgarten, qui donna ce titre (/EstheticaJ k un Essai sur l'art (1700). Nous ramenons l'esthétique à la métaphysique, en tant que celle-ci traite du beau, qui a un caractère absolu, de même que le vrai et le bien, entre lesquels il se place. Le caractère absolu du beau et, avec lui, de l'esthétique, ne peut être nié que par ceux qui nient la métaphysique elle-même. La relativité du vrai et du bien entraînerait celle du beau, et réciproquement. L'esthétique a, en outre, des rapports étroits avec les facultés de l'âme susceptibles de la perception du beau : jugement, goût, tact, imagination, vue, ouïe. Ceci explique qu'on la rapproche des beaux-arts plus souvent que de la philosophie, qui lui donne cependant ses premiers principes. Enfin l'esthétique est liée à la morale, comme le beau l'est au bien : toute beauté inférieure doit être ordonnée à la beauté morale, qui est la beauté suprême et ne fait qu'un avec le bien.
On divise l'esthétique en trois parties : Vesthétique générale ; la théorie des beaux-arts, qui applique les principes généraux à chaque art en particulier ; Vhistoire générale des beaux-arts. En esthétique, comme en toute science, les uns ont donné la préférence à la méthode expérimentale ; les autres, à la méthode rationnelle. Ceux-ci partent de principes métaphysiques et d'analyses psychologiques; ceux-là prennent pour base l'histoire même de l'art.