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AVANT-PROPOS

ses dans la connaissance de la nature, de l'écrivain, de l'orateur, de l'artiste. Bien que la plupart de ces connaissances soient trop vastes ou trop indispensables à chacun pour être toujours liées à une profession déterminée, il est clair cependant qu'elles donnent la vie et la fécondité aux fonctions sociales les plus hautes et les plus utiles. Le livre IX a pour objet des arts plus circonscrits, mécaniques et industriels pour la plupart, où la connexion de la connaissance et de la profession est beaucoup plus rigoureuse, à ce point que l'ordre des professions y est comme calqué sur celui des connaissances, et que la synthèse de celles-ci coïncide avec la synthèse sociale. Nous y voyons défiler, comme dans une immense revue, les professions qui ont pour objet la culture, soit des jeunes générations (éducation et enseignement), soit de la terre et des règnes vivants de la nature (agriculture, art pastoral, etc.) ; puis les industries innombrables qui vont tous les jours en se perfectionnant et en se spécialisant davantage (industrie des mines, du fer, du bâtiment, du meuble, du vêtement et de l'étoffe, de l'alimentation); puis encore le commerce, aussi varié que les richesses produites par le travail incessant de l'homme (banque, mercerie, librairie, etc.) ; enfin le transport, par terre et par eau, qui occupe, lui aussi, un si grand nombre de professionnels.

Cette spécialisation à outrance des connaissances comme des professions n'empêche point qu'elles ne dépendent toutes, et fort étroitement, des sciences les plus hautes, dont elles sont l'application ; et ainsi la vie exubérante et l'activité prodigieuse de notre société contemporaine nous apparaissent comme le simple prolongement des spéculations de nos savants et de nos penseurs.

Ces brèves réflexions suffisent déjà pour montrer l'intérêt pratique et social qui s'attache à l'œuvre d'abord toute théorique de la synthèse des connaissances. Elles concilieront peut-être à ce volume, qui pourrait passer, si l'on n'y prend garde, pour un simple essai de logique, Tattention de lecteurs sérieux, que préoccupent si justement les problèmes rehgieux et sociaux de l'heure présente.

Lyoriy le 21 novembre 1902.

des

Encyclopédie Clirétlenne et Française dn XX' siècle.

11' volume (y"" looi-iioo) Synthèse des connaissances humaines : Science et lettres.

De la science en général. — Sciences théologiques, philosophiques, sociales. — histoire et sciences auxiliaires. Lettres. — Sciences mathématiques et physiques. — Histoire naturelle. — Médecine, etc.

No 1001. SCIENCE.

Sommaire : I. Science. .Sa nature. Problème de la syiithèse des connaissances. — II. Principes de la classification des sciences. — III. Examen des principales classifications. — IV. Exposé d'une synthèse de toutes les connaissances humaines.

I. — Science. Sa nature. Problème de la synthèse des connaissances.

G.I. — Science et connaissances humaines. La synthèse des connaissances est fondée sur la classification des sciences. — Sous la dénomination très générale de connaissances humaines, on entend non seulement toutes les sciences, spéculatives ou pratiques, mais encore tous les arts, quel que soit leur caractère, depuis les arts libéraux et les beaux-arts jusqu'aux derniers des arts mécaniques et aux plus humbles industries. Mais il est clair que toutes les connaissances humaines sont dominées par la science, qui en est la principale, qui les engendre parfois et qui toujours les dirige. C'est pourquoi toute cla.ssification générale ou synthèse des connaissances humaines doit être fondée sur une bonne classification des sciences proprement dites, ^ous insisterons donc d'abord sur la science, sa nature et ses principaux caractères.

0,3. — Nature de la science. Elle dijfère de la connaissance sensible. — La science commence dès que les causes nous sont connues

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par leurs effets ; mais elle n'est constituée que lorsque ceux-ci nous sont connus par leurs causes, qui nous permettent de les expliquer et même de les prévoir i . La meilleure définition de la science est donc la définition traditionnelle dans l'école : La science est la connaissance des choses par leurs causes ou principes. Si ces principes sont abstraits, ils prennent souvent le nom de lois. De là cette définition que préfèrent aujourd'hui ceux qui paraissent renoncer à la recherche des causes : La science, disent-ils, est la connaissance des lois auxquelles obéissent les choses ou plutôt les phénomènes. Mais ce serait une erreur de borner toute science à la connaissance des lois : car celles-ci supposent des causes concrètes et substantielles ; et prétendre ravir ces causes à la connaissance humaine, ce serait faire profession de positivisme et de phénoménisme.

Sans insister sur cette grave question, il nous suffit de montrer ici et en nous appuyant sur la définition même préférée par nos adversaires, que la science se distingue nettement de toute connaissance purement sensible et particulière. Elle est, en effet, la connaissance des causes ou tout au moins des lois, qui échappent aux sens aussi bien que les causes. L'animal connaît comme nous une foule de choses particulières ; souvent même le cercle de ses connaissances expérimentales et sensibles est plus étendu que le nôtre, si bien que nous en sommes surjDris et confondus, notre science ne réussissant pas toujours à analyser les connaissances dont il nous donne la preuve. Mais, malgré cette supériorité relative qu'il a sur nous, il ne peut se hausser jusqu'à la science, parce qu'il est dépourvu d'intelligence proprement dite et de raison. L'universel lui échappe et, avec lui, les principes généraux, les lois et la vérité, sans lesquels il n'y a pas de science. Quelque importants que soient les faits sensibles, où la science prend son origine, ils ne peuvent la constituer. Il n'y a de science qu'autant que l'esprit atteint le nécessaire, les principes, les lois, les causes, et juge les choses à leur lumière. Il ^ a, sans doute, une science du contingent et du sensible, mais seulement à la lumière de l'absolu 2 .

0,3. — La science diffère de la foi ou de la croyance. — Distincte de la connaissance sensible, parce qu'elle est tout intellectuelle de sa nature, la science est distincte aussi de la croyance ou de là foi. Celle-ci est une adhésion à un jugement dont l'esprit n'a pas l'évi-

* Si bien qu'on a pu dire que « savoir, c'est prévoir ».

* Cf. Caro, Le matérialisme et la science, où, malgré certaines équivoques, l'auteur développe la même vérité : « La science a besoin des matériaux que lui livre la réalité ; mais c'est l'esprit qui fait la science. Elle n'existerait pas sans l'étude expérimentale de la réalité ; mais elle n'existerait pas davantage si l'esprit ne venait lui donner sa signification, son sens, éclairer, si je puis dire, de sa propre lumière projetée au dehors l'obscur tableau des choses » (p. lu).

dcnce. Vainement a-t-on essayé de les confondre, au moins dans les origines, en disant, par exemple, que les premiers principes de la science sont plus ou moins objets de croyance '. Croire et savoir sont deux actes irréductibles entre eux, quoique la croyance puisse être parfaitement raisonnable et certaine, non moins que la science. On croit ce que l'on ne voit pas, mais cequel'on apprend d'ailleurs par voie d'autorité ou de témoignage : on sait ce que l'on voit ou ce que l'on se démontre à soi-même. Si la croyance a la certitude, ce n'est pas en vertu de l'évidence de l'objet. A cause de la certitude qui leur est commune, la croyance et la science sont souvent prises l'une pour l'autre, et nous disons indifféremment : je crois ou je sais; mais, en réalité, la foi et la science sont incompatibles, du moins en ce sens que le même acte ne peut être un acte de science et un acte de foi. Sans doute, rien n'cmpêcbe de faire d'une vérité de croyance le principe d'une science, comme il arrive pour la tbéologie sacrée, qui est fondée sur la foi. Mais autre chose est la foi. qui n'est le privilège d'aucun fidèle, et autre chose est la théologie, qui s'y ajoute, dans l'intelligence du théologien. La théologie n'est une science qu'autant qu'elle démontre que certaines conclusions découlent des principes de la foi. De même pour l'histoire, qui n'est en elle-même qu'un récit ou un souvenir : elle ne devient une science qu'autant qu'elle critique ou interprète et juge par ses propres lumières les divers témoignages qu'elle met en œuvre.

0,4. — La science diffère de l'opinion. — Distincte de toute croyance, la science tranche également sur l'opinion. Celle-ci n'a que la valeur d'une probabilité. Or, de sa nature, la science est certaine : elle est vérité. La vérité n'est possédée que par un jugement certain. Opiner juste, c'est rencontrer la vérité, mais matériellement, pour ainsi dire, et sans le savoir : la vérité ne devient notre que loisqu'ello nous apparaît comme telle, avec les caractères de la certitude. Toutefois, il faut convenir que les oi)inions et les probabilités peuvent rentrer indirectement dans le domaine de la science, en tant qu'elles ont une certaine valeur, un certain poids. La science serait singulièrement appauvrie, si elle ne s'étendait qu'aux propositions incontestées ou même incontestables, aux conclusions vraiment certaines. Mais le savant peut critiquer les opinions diverses, discuter les probabilités contraires et changer ainsi les doutes de l'ignorance en doutes savants. Ceux-ci sont faits de beaucoup (le certitudes accessoires. Bref, le philosophe, l'historien, le savant, qui savent affirmer où il faut et suspendre leur jugement où il faut, ont une science (jui est riche directement de toutes leurs certitudes et indirectement de tous leurs doutes.

' Ainsi Paul Jaiicl cl M. Hrocliard.

lO ENCYCLOPEDIE : 11"= VOLUME

0,5. — La science considérée comme une habitude intellectuelle . — La science, avons-nous dit, est vérité. Mais il est évident que la vérité déborde de toutes parts la science humaine : elle commence avant la science et s'étend bien au-delà. Or, il s'agit de montrer les rapports de l'une avec l'autre. Toutes les fois que l'esprit forme un jugement en vertu duquel il se conforme à son objet, il possède une vérité, et la proposition qui exprime ce jugement est une proposition vraie. Mais un jugement et une proposition vraie ne suffisent pas à constituer la science : ils sont tout au plus, et non point toujours, un acte de science. Qu'est-ce donc que la science elle-même ? — Considérée dans l'ordre purement psychologique, la science est une habitude intellectuelle ; elle est la perfection de l'esprit qui a pris possession des vérités d'un certain ordre, ou même des vérités de tout ordre, et qui peut désormais les considérer avec promptitude, facilité et pénétration, parce qu'il en saisit les raisons et l'enchaînement. Cette perfection demeure alors même que l'esprit n'est point en exercice. Car on n'est pas fondé à dire, par exemple, que le savant, quand il ne fait pas acte de science, ne diffère en rien de l'ignorant. Comme la vertu et les autres qualités morales, la science perfectionne l'âme en s'ajoutant aux qualités naturelles et aux prédispositions innées qu'elle détermine; elle est l'un des plus beaux fruits de l'enseignement, de l'éducation et de l'expérience.

0,6. — La science considérée dans l'ordre logique. — Mais ce n'est pas dans l'ordre psychologique précisément que nous avons maintenant à considérer la science. Elle nous intéresse plutôt au point de vue logique, c'est-à-dire comme un ensemble de vérités (et partant de jugements et de propositions), liées entre elles et formant un système vivant i. Et s'il s'agit non plus seulement de telle ou telle science, mais de la science, du moins de la science humaine, elle comprend toutes les vérités découvertes par l'esprit humain, tous les jugements certains, toutes les propositions vraies, dans leurs rapports et leur enchaînement. Dès lors, la science nous apparaît comme l'ordre universel de toutes les idées, acquises par la raison ou par l'expérience. C'est là ce monde intelligible qui ravissait Platon. Ce n'est point, comme il le pensait, le monde réel, dont le monde sensible ne serait que l'empreinte ou même l'apparence. Mais c'est le monde idéal, réel seulement par celui dont il est tiré et par ce qu'il exprime ; c'est le monde logique, par

' Plusieurs de nos adversaires ne la définissent pas autrement. Par exemple, M. Goblot : « Toute science est un système de vérités générales... La science totale est aussi un système cohérent ». (Essai sur la classification des sciences, p. 1.) Et la conclusion de l'ouvrage débute par la même définition, ou à peu près : « Une science est un système de connaissances méthodiquement liées et se rapportant au même objet » (p. aSiV

lequel nous connaissons ou pouvons connaître tout ce qui existe : Dieu, la nature et nous-mêmes.

0,7. — Objet de la science ; objet formel, objet réel. — Telle est la science dont nous avons à nous occuper dans cet ouvrage. Nous avons par là même défini son objet. En restant au point de vue logique, il faut dire que l'objet formel de la science, son objet direct et immédiat, ce sont les idées universelles ou lesuniversaux, organisés en système. La science est des universaux, connue l'a démontré l'école d'Aristote aussi bien que celle de Platon. Ce n'est pas que la science humaine n'atteigne que des idées. Loin de là. Mais on sait que les platoniciens ne voyaient pas de réalité stable en dehors des idées, et que les péripatéticiens, sans admettre cette doctrine, qui opposait outre mesure le monde intelligible au monde sensible, déclaraient que les universaux (les idées de Platon) sont dans les choses, comme leurs essences et leur fond, et que l'esprit les y découvre en se les formant par une opération d'abstraction qui lui est propre. L'objet dernier et adéquat de la science n'est donc pas l'abstrait, mais le concret ; non pas l'idéal, ou le possible, mais le réel ; non pas seulement le monde intelligible, mais le monde sensible. Seulement il est vrai que la science considérée en elle-même et non plus dans ce qu'elle exprime et fait connaître, est une forme de l'esprit, une perfection de l'esprit, un système d'idées, de jugements et de raisonnements.

En parlant donc de la science en tant que science, nous parlons de l'esprit lui-même, de la pensée elle même, et nous ne sortons pas de la logique. Mais nous parlons de l'esprit et de la pensée qui sont marqués de l'empreinte des choses et qui sont le miroir de l'univers, autant du moins qu'ils peuvent représenter cet univers. Sans jamais confondre l'univers avec l'esprit, ni la science de l'un avec la science de l'autre, nous disons que la science est l'image ou l'expression de l'univers, expression fidèle, quoique im[)arfaite et toujours progressi\e. Et c'est pourquoi, pour connaître cette image elle-même, pour détailler et décrire en ([uelque sorte cette carte géographique universelle, il faudra toujours nous inspirer île la réalité elle-même, d'où est née la science, qui, sans cette réalité, serait inconcevable ; il faudra nous inspirer des réalités mêmes, dont la science n'est que la forme abstraite. Notre synthèse des sciences et de toutes les connaissances suppose donc la science universelle des choses, mais sans se confondre avec cette science. Il y a entre elles les mêmes rapports qu'entre les idées réfléchies et les idées directes. On voit par là même et plus clairement encore que la synthèse des sciences ne se confond pas avec la synthèse des choses ou l'ordre réel de l'univers, bien que ces deux synthèses se correspondent '.

* Voilà pourquoi, notons le en passant, l'onlrc général sui\i dans le Dictionnaire de la pensée n'est pas précisément l'ordre des sciences, bien que l'un explique l'autre.

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Mais la première, étant de l'ordre abstrait, est soumise aux lois particulières de l'abstraction et de la logique.

0,8. — Comment les iiniversaux deviennent l'objet de la science. — Considérons maintenant les universaux et tâchons de montrer comment ils deviennent l'objet de la science. Les universaux élémentaires ou les idées très générales d'être, d'unité, de vérité, de bien, de substance, de cause, etc., que l'esprit abstrait spontanément dès l'origine, ne sont pas encore la science, mais seulement une de ses sources. Une autre, non moins indispensable, est dans les faits sensibles, dans la constatation de l'existence du monde et de notre propre existence, du moi et du non-moi. Pourvu de ces premières notions et des principes absolus qui en naissent naturellement (ce qui a donné l'illusion qu'ils étaient innés), l'esprit humain ne cesse de raisonner, d'induire et de déduire, avec autant de présomption quelquefois que de spontanéité. De là les erreurs de l'enfant et les puérilités des peuples naissants. Il faudra que la science, lente à croître, mais sûre dans ses véritables progrès, dissipe les préjugés, renverse les théories hâtives, pour construire un système durable et toujours perfectible. La science n'a donc pas pour objet seulement ces universaux élémentaires, d'où part tout mouvement de l'esprit ; mais elle s'applique plutôt aux conclusions laborieusement acquises et surtout aux dernières, celles qui marquent, pour ainsi dire, la limite actuelle de l'esprit humain, résument ses suprêmes efforts et ses récentes découvertes. Des idées générales, mais élémentaires, qui sont le principe delà science, aux idées générales qui sont ses derniers fruits, il y a donc une immense distance, qui a été parcourue par les générations de savants qui nous ont précédés. Raconter leurs démarches, leurs égarements, leurs succès, qui naissaient bien souvent de leurs erreurs mêmes, c'est faire l'histoire de la science, dont la destinée est si glorieuse.

Mais son point d'arrivée répond nécessairement au point de départ. C'est-à-dire que la science n'a pu parvenir aux idées ou conclusions générales qui marquent ses derniers progrès que parce qu'elle est née elle-même des idées générales. Celles-ci toutefois sont bien différentes suivant qu'on les trouve à l'origine ou au terme de la science ; et c'est ce qu'il faut remarquer. A l'origine de la science, elles sont très simples et très abstraites, mais confuses : nous les énumérions tout à l'heure. L'objet propre et premier de l'intelligence est bien l'être, en général, et, avec lui, les natures, les essences, les substances, les causes, etc., mais saisies d'une manière très vague et équivoque. Au cours et au terme de la science, au contraire, les idées, sans laisser d'être générales, deviennent complexes, se divisent et se distinguent, acquièrent plus de clarté et de précision. Elles sont alors le fruit de patientes recherches et de longs raisonnements. Nous allons, par exemple, par voie d'induction ou de déduction, du sensible à l'inteUigible,

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de l'effet à la cause, de l'accident à la substance, de la propriété à l'essence, de l'acte de penser à la faculté de penser, de celle-ci à l'âme même, puis au moi tout entier. Notre intelligence atteint de nouveau l'essence ou le fond des choses, qui est son objet propre, non plus par une vue trop générale et confuse, mais par une vue de plus en plus nette. Or c'est cette vue et non l'autre qui est un acte de science. Mais la vue parfaite ou du moins scientifique eût été impossible sans la première.

D'où l'on voit que la science n'atteindrait jamais l'essence des choses, si l'intelligence ne connaissait déjà de quelque manière cette essence ; la science ne découvre pas les principes absolus, mais elle en est seulement l'explication, c'est-à-dire qu'elle en montre les conséquences ; si elle découvre certains principes et certaines essences, c'est en s'appuyant sur d'autres principes et d'autres essences déjà plus ou moins connus. La science humaine est donc semblable à ces fleuves majestueux qui traversent et fertilisent de vastes contrées, mais qui ne peuvent remonter leur cours ni surtout s'élever au-dessus de leurs sources. A moins que la révélation n'agrandisse ses limites, la science humaine est définie et comme circonscrite par sa nature même et par ses principes.

0.9. — Fécondité et vie de la science. Montrer son étendue et son unité, c'est faire la synthèse des connaissances. — La fécondité et la vie de la science n'en sont pas moins merveilleuses. La science vit, c'est-à-dire qu'elle se meut et se perfectionne elle-même. Elle n'est point un agrégat de vérités, qui s'accumulent de jour en jour ; mais, si des vérités lui viennent du dehors, elle se les assimile, en sorte que chacune d'elles naît des précédentes. Comme la plante, qui sort d'un germe et vit tout entière d'une même sève, la science est née de quelques principes. Son développement a été le progrès de la raison elle-même. On peut le comparer à celui de l'enfant prédestiné aux grandes découvertes, qui s'élève graduellement des notions que lui fournit sa langue maternelle aux conceptions du génie. Mais cette comparaison est encore insuffisante : car nul homme, si grand soit-il, ne peut posséder dans leur plénitude toutes les connaissances humaines ; son savoir, théorique et pratique, ne sera jamais adéquat à celui de l'humanité tout entière. Il ne peut avoir sur elle que ravantag:ed*un génie particulier, avec celui que donnent l'unité de conscience et le gouvernement immédiat de soi-même. Ajoutons que le développement intellectuel de chacun a nécessairement un terme, qui n'est pas celui de l'humanité. La science humaine, au contraire, avec l'humanité, est supérieure, en définitive, à chacun des hommes de génie qui ont contribué à ses progrès et l'honorent le plus ; elle vit toujours, sans se borner jamais. Son étendue est donc sans limites assignables, quoique sa perfection soit bornée par la nature humaine elle-même. De là cette multiplicité de nos connaissances, qui atteste la faiblesse de

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notre raison non moins que sa puissance. Dans l'esprit du vrai savant, les connaissances se ramènent toujours à une véritable unité. Mais dans les esprits trop enclins aux spécialités, l'unité est d'autant plus compromise que les sciences sont plus nombreuses et mieux spécifiées. Montrer leur union sans en supprimer ni en diminuer aucune, c'est donc une œuvre nécessaire, et c'est elle qui s'impose maintenant. IS'ous y réussirons, si nous parvenons à grouper harmonieusement toutes les connaissances dans une véritable synthèse.

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