‹ Somme des connaissances humainesChapitre 21 sur 49 · N" 1022. ESTHÉTIQUE · texte numérisé non relu

N" 1022. ESTHÉTIQUE

Parmi ceux qui ont traité de l'esthétique, citons, chez les anciens : Socrate, avec Platon et Xénophon, ses disciples i ; ils ont parié excellemment de l'objet même de l'esthétique et des arts. Avec raison, Platon fait une place à l'idéal dans les méditations du philosophe, dans les préoccupations de l'homme d'Etat et dans l'œuvre de l'éducation populaire. D'après lui, nous avons lous comme le ressouvenir de l'idée du beau ; et l'art n'est qu'un eilort pour le réaliser. Aristote a mis en évidence plusieurs des caractères du beau : la symétrie, la coordination d'un ensemble à un même but, etc. Il a paru réduire l'art à l'imitation de la nature. Mais la nature qu'il a en vue, c'est Vessence des choses et comme Vidée de Platon réalisée. Les stoïciens ont vu surtout, dans le beau, la symétrie, l'harmonie et le bien. Plotin a donné une théorie de l'expression et assigné l'unité pour forme à la beauté. S. Augustin a parlé excellemment du beau, au point de vue moral et religieux -. Parmi les modernes, les Anglais Hutcheson et Burke ne sont pas sortis de l'empirisme ; en Allemagne, Lessing a préparé les spéculations de Kant, Schelling, Hegel, etc. Dans sa Critique du jugement, Kant a donné une analyse remarquable de l'idée du beau ; mais il en a méconnu l'objectivité : « La beauté, dit-il, n'est rien en soi et indépendamment de la relation du sentiment du sujet. — Il n'y a pas de science du beau » 3. En France, le P. André a résumé les meilleures idées des anciens ; Cousin et Lamennais ont écrit des pages remarquables : les travaux se sont multipliés depuis lors. Citons, entre beaucoup d'autres, et à divers points de vue, ceux de Ch. Blanc, Chaignet, Lévêque, Taine, Ravaisson, Séailles, Robert de la Sizeranne et l'Anglais Ruskin, Lechalas, Sertillanges K Dans l'ouvrage cité plus haut, M. l'abbé Vallet étudie Vidée du beau dans la philosophie de S. Thomas; il s'efforce de répondre aux trois questions suivantes: " lO Qu'est-ce que le beau en soi, indépendamment du sujet qui le perçoit et le sent ? 20 A quelles facultés de notre âme s'adrcsse-t-il. quelle impression fait -il sur le sujet connaissant et atfectif? 3o Quelles sont les principales espèces, les plus éclatantes manifestations de la beauté.^ »

Tout en avouant l'imperfection des connaissances humaines en esthétique, nous ne saurions approuver sans réserve ces conclusions de M. Sully-Prudhomme : « Tant que les connaissances humaines ne seront pas venues converger à leur commun sommet, à partir de leur commune base, le dernier mot ne pourra pas être dit sur l'esthétique ; on n'aura ni complètement expliqué le jeu de l'expression, ni dégagé complètement la formule des essences

' XÉNOPHON, dans les Mémorables ; Plato.i, dans Phèdre, llippias, la liépublique, le Dantiuet, etc. — * V. De la vraie religion. De la musique. — ' Critique du jugement. Trad. Barni. I, p. Ka et 2^8. Cilc et critiqué par Valllt, L'idée du beau. — ' L'art et la morale.

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exprimées. L'esthétique ne pourrait s'achever qu'avec la synthèse des connaissances, qui, sans doute, ne s'accomplira jamais : elle est donc vouée à une inexactitude irrémédiable. Les savants en ont si bien le sentiment qu'ils ne songent même pas à l'aborder encore ; ils l'abandonnent à l'impatiente curiosité des métaphysiciens et des rêveurs, c'est une science ajournée » *.

i023. — Cosmologie. — C'est la science philosophique du monde ou la philosophie de la nature. Elle se divise en trois parties. Dans la première, on traite du monde en général : ses caractères, son origine, sa fin, ses lois. Ici viennent les questions de la création et de l'antiquité du monde, du panthéisme et du déisme, du monisme, de révolutionnisme absolu et mitigé, des lois de la nature et de la possibilité du miracle, etc. Dans la seconde, on traite des corps inorganiques : de leurs premiers principes intrinsèques (matière et forme substantielle) et de leurs accidents en général (quantité et nombre, qualité, espace et temps). Ici viennent les questions de la composition des corps et de l'unité de matière, de l'atomisme et du dynamisme, du continu et du discontinu, du plein et du vidé, etc. Dans la troisième, on traite des corps vivants : animaux et végétaux. Ici viennent les questions de l'origine de la vie, du transformisme ou darwinisme, de la classification générale des êtres vivants, de la différence essentielle des animaux et des plantes, de leur multiplication par voie de génération, de leur unité substantielle, etc. Ces dernières questions touchent déjà à la psychologie. On peut traiter aussi en cosmologie de l'existence même du monde, niée par les idéalistes, qui absorbent la philosophie de la nature dans celle de l'esprit. D'où la réfutation des antinomies de Kant, etc. Une foule d'autres sciences traitent de la nature (cosmographie, cosmogonie, géologie, biologie, etc.) ; mais seule, la cosmologie, qui est comme la philosophie des sciences, s'en occupe au point de vue des premières causes et des dernières fins.

1024. — Psychologie. — Pour les empiristes, qui refusent de se prononcer sur la nature de f âme, la psychologie n'est que « la science des phénomènes de conscience et de leurs lois ». La psychologie comparée est celle qui traite des facultés humaines comparées à celles de l'animal. On appelle aussi de ce nom la science comparée des races humaines étudiées au point de vLie psychologique 2. On donne le nom de psychologie extérieure à l'étude de l'âme humaine dans ses manifestations historiques et sociales.

Une psychologie complète doit traiter de la nature de l'âme (simplicité, immortalité, origine, union avec le corps, rapports du physique et du moral) ; des facultés de l'âme, soit sensibles, soit

' Expression dans les Beaux-Arts, p. 21 5. (Voir le 12* volume, consacré aux Arts.) — * V. anthropologie 1089.

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