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PSYCHOLOGIE

intellectuelles (sens externes et internes, imagination, mémoire, intelWjence, volonté, appétits et passions, liberté, etc.) ; des opérations de l'àme et, en particulier, de la connaissance, de l'origine des idées, de certains états extraordinaires de l'àme : hypnose, somnambulisme, etc. A la psychologie on peut rapporter encore la question de l'origine du langage et celle de la vie. Plusieurs philosophes, depuis Descartes, ont prétendu fonder uniquement sur la psychologie toutes les sciences philosophiques. De là le psychologisme.

Aujourd'hui on divise souvent la psychologie en expérimentale et en rationnelle. Mais cette division est celle de la méthode plutôt que de la philosophie elle-même. Toute psychologie, en efiet, doit être, dans toutes ses parties, expérimentale et rationnelle ; on ne saurait étudier l'àme d'abord d'une manière tout empirique, puis d'une manière métaphysique. De celte opposition outrée et du mépris de la méthode rationnelle, qui en est la suite, est née la psycho-physique ou psycho-physiologie. Celle-ci, au dire de ses partisans exclusifs, doit absorber un jour la psychologie •.

Psycho-physique ou psycho -physiologie. — • On désigne par là l'étude des rapports du physique et du moral, prise du côté du corps, des organes et de leurs fonctions. Les psycho-physiciens s'applifiucnt notamment à mesurer les sensations et à trouver des lois telles que celle-ci, dite de Fechner : « L'intensité de la sensation varie comme le logarithme de l'excitation ».

En réalité, la psycho-physiologie, si elle n'absorbe pas la psychologie, pour n'être que la physiologie de l'homme, est une science mixte : elle résulte de la physiologie et de la psychologie traitées parallèlement. Cesdeux sciences sont fort différentes ; maiscomme leurs objets propres sont réunis intimement dans le même objet matériel, qui est l'homme, il peut être utile de les associer dans une même étude -\

Psychiatrie. — On a donné ce nom à une « doctrine des maladies mentales et de leur traitement » ^ Aujourd'hui ce nom désigne plutôt une branche de la psycho-physiologie ou de la médecine qui a pour objet le traitement de certains vices tels que manies, tics, passions désordonnées. Les psychiatres ont recours notamment au magnétisme, à l'hypnotisme, à la suggestion. Poussée audelà de certaines limites, la psychiatrie peut ouvrir la voie aux plus dangereuses pratiques.

1025. — Mnémonique ou Mnémotechnie. — (]'est l'art d'aider la mémoire et de la cultiver. Il dépend donc directement de la psychologie, qui 'traite de la mémoire ; mais il dépend également

* « Elle est destinée h devenir toute la physiolog'ie et toute la psychologie ». (GoDLOT, Op. cit., p. i88. V. aussi p. i8y et 198.) — » V. ce qui a été dit des sciences mixtes looi, iG. — * V. Littré. Dictionnaire.

lOO ENCYCLOPEDIE : II* VOLUME

beaucoup de la logique et il a des rapports particuliers avec la pédagogie ou l'art de l'enseignement. Toutes les méthodes de mnémonique reposent sur l'association des idées, qui est naturelle ou artificielle. De là deux sortes de mnémonique, qu'il serait injuste d'opposer absolument entre elles, car il est possible et nécessaire de les combiner. On associe les idées de mille manières : par le lieu (si plusieurs choses ont été vues ou remarquées dans le même endroit, le même édifice) ; par le temps (si on les a observées simultanément) ; par l'analogie (si l'une est l'image, le pendant, l'opposé, l'effet ou la cause de l'autre) ; par le symbole (si l'une exprime ou rappelle l'autre : ainsi le nœud fait à un mouchoir, la fève mise dans une tabatière servent de mémento). On a eu recours à la mnémotechnie pour retenir des nomenclatures, des dates, etc- Avec des lettres exprimant des chiffres, on a composé des vers chronologiques. C'est une préoccupation analogue qui a inspiré de mettre en vers les racines grecques. Ces exemples montrent déjà l'utilité et les abus de la mémoire artificielle. On en attribue l'invention à Simonide. Cicéron fde OratoreJ a parlé de la mémoire locale ou topologie. Parmi les mnémotechniciens modernes, citons Aimé Paris, auteur de la Mnémotechnie {182b), l'abbé Moigno, l'abbé Chavauty. Avec ces auteurs on peut penser que l'art de cultiver la mémoire devrait faire partie de l'enseignement. Mais les moyens logiques, les ressources du raisonnement, l'emportent toujours sur les moyens purement artificiels, qui doivent leur être constamment subordonnés.

1026. — Idéologie. — C'est le nom que d'Membert, de Tracy et autres empiristes, disciples de Locke et de Condillac, ont donné à cette partie de la métaphysique ou de la logique qui traite de l'être et des idées supérieures, telles que les catégories, etc. Avec la plupart des autres philosophes français de la fin du xviii* siècle et du commencement du xix% ils portèrent le nom d'Idéologues 1, qui fut justement discrédité. Mais considérée comme science des idées vraiment intellectuelles et non pas seulement comme une <( analyse des sensations », l'idéologie comprend les parties supérieures de la logique et de la psychologie.

1027. — Pneumatologie. — Cette science traite des esprits, anges ou démons. Les théologiens lui donnent le nom d'angélologie. Tous les peuples ont cru à l'existence de génies, les uns bons et les autres mauvais, intermédiaires entre l'homme et la divinité. Quoique la pneumatologie rentre dans l'objet de la philosophie, elle ne peut être abordée avec fruit et épuisée que si l'on s'éclaire des lumières de la foi. Restant ici au point de vue philosophique, il suffit de rappeler que le monde spirituel ne peut faire l'objet d'un doute pour le spiritualiste. Que deviennent, en effet, ces âmes immor-

* V. PicAVET, Les idéologues.

N° 1028. THÉODICÉE lOI

telles et innombrables qui ont quitté leur corps et qui tous les jours encore émigrent de cette terre ? Et puis, s'il y a des esprits liés à des organes, n'y en a-t-il pas qui soient atTranchis par nature de toute matière ? Le monde spirituel ne doit pas être moins vaste et moins rempli, ni surtout moins beau, que le monde des corps. Enfin les deux mondes peuvent-ils être complètement étrangers l'un à l'autre, et le Créateur n'a-t-il pas dû les enfermer tous les deux dans l'ordre universel de sa Providence ? La théologie, en s'appuyant sur les données de la foi, répond à toutes ces questions. Mais ceux qui les soulèvent avec le parti-pris de combattre la seule science qui peut les éclairer ici, tombent dans la superstition ou dans une sorte de scepticisme non moins regrettable.

1028. — Théodicée ou Théologie naturelle. — Elle diffère de la théologie sacrée en ce qu'elle est fondée sur les principes de la raison. Dès lors elle ne peut s'étendre aux mystères de la Trinité, de l'Incarnation, etc., que la foi seule nous découvre. Plusieurs philosophes ont confondu les objets de ces deux sciences, prétendant prouver par la raison tous les mystères de la religion ; ou bien, par un autre excès du rationalisme, ne voyant dans ces mystères que des symboles des vérités purement philosophiques. La théodicée n'a pour objet que l'existence de Dieu, les attributs divins et les rapports naturels du monde avec son Auteur. Cette science, encore si vaste et si belle, a été cultivée par les plus grands génies de tous les temps : Platon, Aristote, Leibniz, etc. Ce dernier donna le nom de Théodicée à ses Essais sur la bonté de Dieu, la liberté de l'homme et l'origine du mal, où il réfutait les objections de Bayle contre la justice divine.

1029. — Ethique ou Morale naturelle. — o,i. — Définition. — C'est la science pratique qui permet à l'homme d'user bien de sa liberté pour atteindre sa dernière fin. C'est une science et, à ce titre, elle se distingue du sens moral, qui prononce immédiatement sur l'honnêteté des actes. Le sens moral ou la conscience morale » est une source d'informations, un point d'appui dont la philosophie morale doit se servir, mais il ne constitue pas la science, pas plus que le bon sens ne constitue la logique. Ensuite la morale est une science pratique ; car elle a pour objet les actes, les volontés, les intentions, en un mot l'action. La morale n'exclut point pour cela les théories, les systèmes abstraits, les spéculations les plus hautes ; mais elle tend essentiellement à la formation et à la perfection de l'homme. En troisième lieu, la morale s'applique aux actes libres de l'homme, c'est-à-dire qu'elle étudie l'homme en tant qu'il est tel, en tant qu'il est raisonnable et le maître de ses actions.

' Nous supposons ici qu'il s'agit de ce sens moral qui, on réalité, est d'ordre intellectuel, et non d'une certaine propension sensible à éviter certains actes condamnables.

Mais elle ne saurait se borner, dans l'appréciation et la direction des actes humains, au but plus ou moins prochain à obtenir ; elle doit toujours considérer le but suprême, la fin dernière, le pôle immuable vers lequel doivent se tourner toutes les bonnes volontés. Si le moraliste refuse de s'élever jusque-là, il n'est plus qu'un peintre de mœurs ou moins encore, un sophiste et un habile, qui enseigne peut-être l'art de parvenir, mais non pas celui d'êlie homme.

0,2. — Rapports de la morale avec la psychologie. — On voit, dès lors, quels rapports la morale soutient avec les autres connaissances : psychologie, théodicée, métaphysique, etc. La psychologie est une science spéculative des actes, des facultés, des passions, des habitudes et de la nature de l'homme. Dès lors elle précède et fonde de quelque manière la morale ; car la spéculation éclaire la pratique : on ne saurait diriger l'homme sans le connaître préalablement. C'est ainsi que l'école socratique, qui fut une école de morale, fut aussi une école psychologique : « Connais-toi toimême », était la devise de Socrate.

0,3. — Rapports avec la théodicée. — Quant à la théodicée, qui est la science de Dieu, notre fin dernière, elle n'est pas moins bien associée à la morale. On peut même se demander si la théodicée fonde la morale ou si c'est la morale qui fonde la théodicée. Nous avons vu déjà, en traitant de la classification des sciences, que la morale revendique une certaine indépendance, en ce sens qu'elle a son principe propre, immédiatement évident, qui n'est pas démontré précisément par aucune autre science. Ce principe est celui du devoir : Il faut faire le bien et éviter le mal. Ce principe, s'il est analysé, scruté par un esprit de bonne foi, conduit à reconnaître l'existence d'un suprême législateur, qui est Dieu même. Sous ce rapport, la morale fonderait la théodicée et même toute la métaphysique, s'il faut en croire Kant.

Mais il est évident que si la morale porte secoLirs ici à la théodicée, c'est pour être secourue à son tour. Que deviendrait la morale, s'il n'y avait point de Dieu, de législateur, de sanction ? La plupart la confondraient bien vite avec un sentiment, un préjugé que l'on peut détruire ou transformer à peu près à son gré. Bref, il est évident que la morale finira toujours par se modeler sur la métaphysique ou les croyances spéculatives. C'est pourquoi, bien que le premier principe de la morale naturelle ne soit pas précisément un principe religieux, cependant la morale est réellement et pratiquement inséparable de la religion, et de la théodicée en particulier. Nos spiritualistes en conviennent généralement. Si plusieurs d'entre eux veulent l'affranchir de la théologie, c'est d'ordinaire la théologie sacrée qu'ils ont en vue. Et s'il en est qui aient paru affranchir complètement la morale, même de la théodicée, c'est que leur dieu impersonnel ne mérite pas le nom de Dieu.

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Quant aux positivistes et aux autres ennemis de toute religion révélée, ils essaient de fonder leur morale tantôt sur la psychologie ou l'histoire naturelle (Spencer), tantôt sur la métaphysique et la cosmologie (Schopenhauer, Hartmann). Mais il est évident que ces morales tournent au gré de chacun. S'il y a encore tant d'unanimité sur certaines règles pratiques des mœurs, malgré tant de divergences spéculatives, cela provient de ce que tous nos penseurs obéissent plus ou moins inconsciemment à l'esprit chrétien, qui a fait la civilisation moderne et la soutient. Mais leurs morales sont déjà, au fond, très dilférentes, et elles nous ramèneraient bientôt le paganisme avec tous ses excès, si elles venaient à prévaloir.

0,4. — La morale indépendante. — En réalité donc, il n'y a pas de morale vraie et parfaite qui soit absolument indépendante. La morale mène à Dieu et elle s'inspire de l'idée de Dieu ; elle forme, avec les autres sciences philosophiques, un seul faisceau, qu'il est impossible de rompre. Mais si la morale se sépare de ses sœurs, elle est exposée à tous les dangers, livrée à toutes sortes d'inconséquences. Après s'être affranchie de la révélation, elle tendra à s'alTranchir de l'idée même de Dieu; et si elle y parvient, elle dénaturera la conscience et mettra finalement la force à la place du droit, et le plaisir, avec l'intérêt, à la place du devoir.

0,5. — La morale et les sciences naturelles. — Insistons un peu sur l'erreur de ceux qui prétendent tirer la morale, avec tous ses principes, des sciences naturelles. On est allé jusqu'à dire que la morale est une science à peine ébauchée, qui ne pourra se constituer qu'après toutes les sciences de la nature, dont elle serait une simple conclusion. Mais il est évident, au contraire, que la morale est l'une des premières sciences qui se soient constituées et que l'homme n'a jamais douté de ses principaux devoirs ni de leurs motifs les plus évidents. La morale dite scientifique, si tant est que l'on puisse tirer des sciences de la nature des conclusions qui éclairent la conduite morale de l'homme, ne peut que confirmer les préceptes de la morale rationnelle ou expliquer telle ou telle indication de la conscience. Assurément, les sciences mathématiques et physiques ne démentiront jamais les sciences morales. Quant à tirer celles-ci des autres, qui nous fourniraient ainsi les principes de la conduite, c'est une entreprise aussi funeste que déraisonna- *ble. En sortant de son domaine pour envahir celui de la moralité, la science de la matière se condamne à une « faillite » certaine et désastreuse, qui déjà n'a été que trop bien constatée 1.

' Tel est, scmble-t-il d'abord, dans le passage suivant, le sentiment de M. Got)lot : c< La science, dit-il, n'est pas et ne sera sans doute jamais en état de se charger de lu direction générale de la vie liumaine. » {Op. cit., p. 3.) Mais il écrit ailleurs : « Bien que leurs principaux problèmes aient préoccupé les esprits dès l'antiquité, elles (les sciences morales) sont pau-

G, G. — Morale naturelle et morale chrétienne. — Nous avons parlé jusqu'ici de la morale en général, soit chrétienne, soit simplement naturelle. Il est bon d'ailleurs de ne pas les séparer, la morale chrétienne étant l'affermissement et le complément de l'autre. Leurs rapports sont les mêmes que ceux de la foi et de la raison, de la théologie et de la philosophie. La morale naturelle est donc étroitement associée au dogme chrétien et à la théologie morale, dont nous avons parlé ailleurs i. L'incrédulité a tenté de rompre cette association, qui est indispensable, en principe, tant à la morale publique qu'aux mœurs privées. On s'est flatté de soumettre les individus et les peuples aux lois de l'honnêteté naturelle, en les émancipant des croyances chrétiennes ; la charité et les autres vertus de l'Evangile devaient simplement changer de nom ou de motif, mais sans changer leur pratique : elles s'appelleraient philanthropie, altruisme, solidarité, sentiments généreux de liberté, d'égalité et de fraternité. Mais si l'on s'obstinait dans cette erreur, qui a déjà engendré tant de maux, elle serait irréparable. Quand la foi a disparu, les habitudes chrétiennes ne persistent dans les familles et les peuples qu'en vertu de la force acquise. Ainsi la fleur séparée de sa tige n'est belle et suave encore que parce qu'elle retient les sucs qu'elle a reçus et qui l'ont nourrie. La cause qui a créé la civilisation chrétienne dont nous jouissons, peut seule la soutenir et la développer encore. On le voit trop facilement en étudiant, au point de vue des mœurs et de la criminalité, les groupes et les milieux sociaux qui se sont affranchis déjà des lois et des croyances de l'Evangile.

0,7. — Déontologie. — C'est le titre d'un ouvrage posthume (i834), de J. Bentham. Il s'y place au point de vue de l'utilitarisme et expose son « arithmétique morale », qui constituerait, selon lui, toute la théorie des devoirs. Ceux-ci seraient déterminés

vres de résultats acquis ; elles n'ont encore fixé ni leurs objets, ni leurs principes, ni leurs méthodes. Mais toutes s'efforcent de devenir positives, de s'affranchir des métaphysiques et de prendre rang parmi les sciences de la nature » (p. i3). — « La morale, qui est l'art de bien vivre, est l'application de toutes les connaissances humaines ; elle ne doit s'achever qu'en l'achèvement de la science même. Il résulte de tout ce qui précède que nous n'avons à assigner à la morale aucune place dans notre classification des sciences » (p. 269). — De son côté, M. Adrien Naville, tout en^ donnant une place à la morale dans sa classification, prétend également qu'elle n'est pas constituée {Op. cit., p. 162 et passim). Nous convenons que la morale émancipée de toute métaphysique est sans base ni consistance : elle est toute en quelques préceptes incohérents. Mais il en va autrement de la morale spiritualiste et chrétienne, comme l'attestent les œuvres de nos grands moralistes : il n'est pas de science mieux achevée. Déjà, avant l'ère chrétienne, Aristotc avait jeté les bases de la morale naturelle et l'on pouvait dire naguère que « sa morale n'est pas une morale, mais la morale ». — * V. ioo5, 6 et suiv.

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par les plaisirs ou les peines, appréciés et comparés selon les sept caractères suivants : 1° l'intensité, 2° la durée, 3° la certitude, 4'' la proximité, 5^ la fécondité, G° la pureté, 7° l'étendue. — Mais on entend d'ordinaire par la déontologie la science des devoirs, tels que les détermine la vraie morale 1. La déontologie s'étend aussi loin que la justice (devoirs envers Dieu, envers le prochain, envers soimême) et même aussi loin que la morale (devoirs sociaux, domestiques, individuels ; devoirs de justice et de charité, de prudence, de force, de tempérance, etc.) Le devoir et la déontologie ont le même fondement que la morale, c'est-à-dire la conscience ou la loi naturelle, dont les préceptes s'expliquent à mesure que Dieu et l'homme sont mieux connus, et que la révélation vient confirmer la raison et y ajouter ses lumières.

0,8. — Division de la morale. — On divise la morale en deux parties : i*" la morale générale ou éthique, qui traite de la fin dernière, des actes humains, des habitudes morales (vertus et vices) ; des règles des actes humains, intérieure (conscience) ou extérieures (lois) ; 2° la morale spéciale, avec le droit naturel et le devoir qui lui correspond. Les devoirs sont individuels ou sociaux. Les premiers regardent Dieu, nous-même ou le prochain. Les seconds regardent la famille, la société civile ou la société religieuse, les rapports de l'Eglise et de l'Etat et des Etats entre eux. Il est évident que la morale générale et la morale spéciale sont inséparables : la première fonde la seconde et ne cesse de la soutenir ; l'éthique fonde le droit naturel, qui ne garde son caractère de droit qu'en communiquant avec elle. L'ordre juridique est essentiellement moral. 11 n'est donc pas permis, à la suite de Kant, d'assigner pour objet à l'éthique l'ordre intérieur de la conscience, et au droit l'ordre extérieur. L'ordre extérieur ne tombe sous le droit qu'avec l'ordre intérieur qui l'anime et l'élève.

Division et organisation de la morale.

I , , i De la fin dernière.

Morale générale \ ^n ,1 • * ^ 1

l Jf,. 1 Des actes humains et de la conscience.

I ou Ethique. ^ ^ , , . ,

MoRAiE I T-11 1 x /Des habitudes morales : vertus, etc.

-uuRALL I Y.\\e traite: (^ , , . , „

science ( \ De la loi : naturelle, etc.

des devoirs.) Morale spéciale / Morale individuelle.

ou Droit naturel ) Morale domestique.

et devoirs correspondants.' Morale sociale.

Arts particuliers qui relèvent de la morale, de la psychologie et de

iaph\s[o\ogic:Physiognomonie.Cranologie.Phrénolo(jie. Graphologie.

Connaissances générales qui dépendent de la morale sociale :

Sociologie ou sciences sociales.

' Le mot de déontologie sert, cii particulier, à designer certains devoirs professionnels : ainsi la déontologie médicale.

ENCYCLOPEDIE : ir VOLUME

0,9. — Physiog no monte. — Art de connaître le moral de l'honrtme par la physionomie. Cet art, dans ce qu'il a de sérieux, relève de la psychologie, de la morale et aussi de la physiologie. Lavater surtout s'est rendu célèbre par ses Essais physiog nomoniques, où il compare, comme Aristole l'avait fait déjà, les physionomies des hommes à celles des animaux et en tire des inductions. Quelques-uns accordent une importance capitale à l'ouverture de l'angle facial, qui mesurerait, dit-on, le degré de l'intelhgence. On a accordé aussi de l'importance à l'indice céphaliqiie, rapport du diamètre antéro-postérieur du crâne au diamètre transverse. C'est d'après ce rapport que les crânes et les races auxquelles ils appartiennent sont dits brachycéphales et dolicocéphales 1. De nos jours, M. Ledos 2 a résumé tout ce que la physiognomonie a de plus curieux, de mieux fondé et de plus utile. Il est certain que la physionomie, mieux encore que le reste de la personne, est le miroir de l'âme ; mais, sans compter qu'elle peut être faussée par la dissimulation, on y lit les prédispositions naturelles du sujet plutôt que ses habitudes consenties et, par conséquent, sa vraie valeur morale. La physiognomonie, quelque intéressante qu'elle soit, est donc une connaissance conjecturale, surtout quand elle s'applique à des personnes qui ont gardé le plein gouvernement d'elles-mêmes. Les mêmes observations s'appliquent à la craniologie, à la phrénologie et à la graphologie. Ampère a fait de la physignomonie l'une des 128 sciences de sa classification.

0,10. — Cranologie ou Craniologie et Cranioscopie. — Les anthropologistes, à la suite de Broca, ont étudié le crâne et ses formes à divers points de vue. Mais, nous ne considérons ici que l'art prétendu de connaître le moral de l'homme par l'inspection du crâne. Gall, inventeur de cet art, supposait à tort que le crâne se moule exactement sur les circonvolutions de la masse cérébrale et que les protubérances ou bosses crâniennes, à cause de cette correspondance, sont l'indice des facultés morales. Il distinguait ainsi 26 ou 27 facultés, formant comme la carte géographique du cerveau : l'instinct de la reproduction, l'amour de la progéniture, l'attachement, le courage, la destructivité, la ruse, l'instinct de la propriété avec le penchant au vol, l'orgueil, la vanité, la circonspection ; la mémoire des choses, des lieux, des personnes, des mots ; le sens du langage, le sens des couleurs et le talent de la peinture, le sens des rapports musicaux et le talent de la musique, le sens des nombres et l'aptitude aux mathématiques, le sens de la mécanique et de

* Certaines peuplades se sont fait remarquer par des déformations artificielles du crâne plus ou moins singulières (ainsi les macrocéphales). Or on ne voit pas que ces variations, plus considérables que les variations naturelles, affectent les facultés intellectuelles.

* Traité de la physionomie humaine.

^° 1029. ÉTHIQUE o,ii 107

l'architecture, la sagacitécomparative, l'esprit métaphysique, l'esprit caustique, le talent poétique, la bienveillance et le sentiment du juste, la mimique, le sentiment religieux.

0,11. — Phrénologie. — C'est le nom donné par Spurzheim, disciple de Gall, à la cranologie, telle qu'il l'a modifiée. Les phrénologistes distinguent jusqu'à 87 organes cérébraux, corre.spondant à autant de qualités morales. Elles forment trois groupes : i" les penchants (alimentivité, combativité, dcstructivité, acquisivité, etc.) ; — 2" les sentiments (estime de soi, circonspection, bienveillance, vénération, fermeté, conscienciosité, etc.); — S" facultés intellectuelles ou perceptives (configuration, étendue, tactilité, coloris, localité, calcul, ordre, tons, langage, causalité ou esprit métaphysique, etc.) — Toutes ces tentatives sont des incursions injustes de la physiologie dans le domaine de la psychologie. Il n'y a de vrai ici que la correspondance du physique et du moral, et la théorie des localisations cérébrales en ce qui regarde les sens et la faculté motrice. Mais la vertu et le vice échappent à tout déterminisme organique et rigoureux.

0,12. — Graphologie. — Elle étudie l'écriture comme exprimant les habitudes, les sentiments ordinaires, les préférences et les aptitudes de celui qui l'a formée. Bien entendu, il ne peut être question ici que de l'écriture courante et librement tracée. Comme elle résulte d'un ensemble de gestes ou de mouvements précis et délicats, en corrélation étroite et constante avec la vie intime de l'esprit, il n'est pas étonnant que l'écriture traduise de quelque manière, et d'autant mieux qu'elle est inconsciente à beaucoup d'égards, les qualités acquises et les qualités naturelles de son auteur. De là la grapfiologie, appelée assez improprement la philosophie de l'écriture. Elle est seulement, et c'est bien assez pour sa gloire, l'art d'interpréter l'écriture comme signe des sentiments, du caractère, du tempérament, des prédispositions physiques et morales. De primeabord, on serait tenté de la comparer aux arts divinatoires ' ; mais elle olfre un caractère plus sérieux, et ses résultats parfois étonnants s'expliquent scientifiquement. Elle relève étroitement, enctVet, des sciences philosophiques. S'il est maître dans son art, le graphologue est un psychologue pénétrant, un moraliste délicat, un critique judicieux : il peut donc saisir l'âme humaine jusque dans ses moindres manifestations, dans ses actes inconscients et dans ses actes rélléchis. Et puisque le style, les traits du visage,, le ton habituel de la voix sont autant de miroirs où l'âme se laisse apercevoir,

* Et, de fait, la graphologie n'est qu'une superstition, lorsiiu'cUe se flatte de connaître le passé et Ihisloire d'une personne, de lire ses pensées actuelles les plus secrètes ou de i)rédiro son avenir par l'inspoclion de son écriture. Il faut la ranger alors, avec la chiromancie, à la suite des œuvres magiques ou simplement charlatanesques.

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pourquoi l'écriture n'en serait-elle pas un autre, d'autant plus instructif qu'il est plus abrégé, plus fixe et plus facile à consulter ? Mais il faut reconnaître en même temps que tous ces miroirs de l'âme, et l'écriture en particulier, déforment souvent leur objet, sans compter qu'ils l'expriment toujours d'une manière inadéquate : il est difficile d'y lire clairement et d'interpréter leur témoignage. Les inductions graphologiques sont donc facilement hasardeuses ; elles ne dépassent guère d'ordinaire les limites de la probabilité ; c'est par leur ensemble seulement et par leur convergence, pour ainsi dire, qu'elles permettent de fixer un à un les traits essentiels d'un portrait. Et puis, il faut reconnaître surtout qu'elles ne peuvent donner la certitude, si elles portent non seulement sur le naturel, le tempérament, les prédispositions physiques et morales, mais encore sur le domaine de la libre volonté, sur les habitudes morales consenties, qui font, en définitive, la valeur de l'homme et du caractère. — La graphologie a été créée, pour ainsi dire, par l'abbé Michon, fondateur d'une Société de graphologie, qui publie une revue mensuelle ^ .

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