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tous les autres faits sociaux. D'autres accordent la prépondérance aux facteurs intellectuels : de là une sociologie intellectualiste ; et telle serait, en définitive, celle de Comte. L'erreur commune de ces sociologues est de ramener toutes les sciences sociales à la sociologie dite positive et, par elle, au déterminisme de la nature physique.
Mais, sans partager cette erreur du positivisme, on peut se demander si une sociologie positive et déterministe est une science qui puisse se constituer. Dans ce cas, cette sociologie serait à la morale sociale et aux sciences sociales (droit, politique, etc.) qui en relèvent, comme l'anthropologie est à la psychologie et à l'éthique. Ainsi entendue, la question n'est pas résolue par une simple négation. Les sociétés humaines, en ctlet, comme les individus qui les composent, obéissent à des lois physiologiques, dont certains effets sont nécessaires et dont d'autres subissent l'influence de lois plus hautes, les lois psychologiques et les lois morales. Il y a plus : même les lois psychologiques, en tant qu'elles se distinguent des lois morales et des lois de la logique, régissent des eiTets qui échappent au libre arbitre. On peut même ajouter que les sociétés changent plus lentement et moins brusquement d'habitudes que les individus : elles sont donc soumises à un déterminisme partiel plus étendu encore. De là cette constance des résultats dans les statistiques (juridiques, criminelles, etc.), qui, à première vue, peuvent paraître contraires au libre arbitre. Mais il n'en est rien. Car il est facile de répondre, d'abord, que les lois sociologiques et les données de la statistique ne sont pas d'une rigidité absolue : il y a donc place pour le libre arbitre. Et puis, surtout, les statistiques de ce genre changent beaucoup de peuple à peuple, d'une époque à l'autre, alors que la nature humaine ne change pas. Ce sont donc les habitudes sociales qui ont changé. Mais de celles-ci le libre arbitre dispose dans une large mesure, quoique lentement.
^ous accordons, par conséquent, qu'il y ait des lois sociologiques au sens du déterminisme. Mais ces lois, quant à leurs effets supérieurs, sont soumises à des lois plus hautes, aux lois morales, sans lesquelles il n'y a vraiment pas de science sociale complète. De même que l'histoire naturelle de l'homme, sans en excepter la médecine la plus savante, ne peut être qu'un élément de la science de l'homme, de même la sociologie positive ne peut être qu'un élément de la science sociale. Tout en lui accordant le titre de science (lorsqu'elle se sera constituée), nous lui refusons le titre de science sociale proprement dite ' ; nous nous refusons surtout
' En attcridaiil, un peut la définir : « l'observation, la recherche a posteriori du résultat collectif, social, de toutes les activités hutnaincs ». (De Mlnnynck, La sociologie positive, dans la lievue de philosophie, 190a, avril, p. 3o8-9.)
IIO ENCYCLOPEDIE : 11^ VOLUME
à tirer d'elle tout l'ensemble des sciences sociales. Car, de même que l'homme est formellement tel par sa raison, de même il est formellement social par les devoirs sociaux et la moralité. Toute science sociale est donc essentiellement morale. On n'en doutera pas, si l'on veut bien considérer que la nature morale de l'homme, plus encore que sa nature physique, exige qu'il vive en société ; que les rapports sociaux sont d'ordre moral plus encore que d'ordre physique ; enfin, que même ces rapports physiques, dont on exagérera l'importance tant qu'on voudra, doivent toujours être ordonnés à des rapports supérieurs.
0,2. — Les sciences sociales. — Considérons maintenant la science sociale sans l'abaisser ni la restreindre : elle est la science des sociétés humaines. Ces sociétés, avec tous les rapports'essentiels et dominants qui les constituent, sont fondées sur la morale sociale et le droit naturel. Mais cette morale et ce droit, il faut les déterminer et les appliquer par des lois positives. Delà le droii positif, humain, avec la science très vaste et très complexe elle-même dont il est l'objet 1. — A la suite du droit positif on peut placer ['économie politique, qui en dépend à tant d'égards, de même que du droit naturel et de la morale tout entière. Toutes les fois, en effet, que le droit positif touche à la propriété pour en régler l'acquisition, la transmission, les charges, il touche à une science nouvelle, si importante que plusieurs ont voulu lui subordonner toutes les questions sociales. — Vient ensuite la politique, qui, à certains égards, pourrait être placée avant l'économie politique et même avant le droit positif, en tant qu'elle ne serait que la morale sociale et le droit naturel appliqués au gouvernement de la société. — Enfin, en tant que la politique s'étend spécialement au gouvernement extérieur des Etats, elle comprend la diplomatie et elle doit ranger à son service toutes les sciences militaires, qui sont fort complexes, dépendent d'une foule d'arts et d'industries et ont varié beaucoup avec le progrès des sciences. — Telles sont les sciences sociales proprement dites, abstraction faite pourtant des sciences religieuses, qui sont éminemment sociales pour la plupart et qu'un Etat juste et prudent ne saurait négliger. Ajoutons aussi que les sciences sociales doivent s'adjoindre toutes les autres connaissances humaines et les employer pour obtenir leur fin propre, qui est la paix sociale, intérieure et extérieure, et le bonheur public.
On remarquera que les quatre sciences principales qui ont été distinguées correspondent assez bien aux quatre vertus cardinales, qui, dans l'ordre naturel, constituent la perfection morale indi-
1 Et s'il s'agit non seulement de la société civile, mais de la société religieuse, il y aura le droit ecclésiastique ou (Jroit canon, fondé lui-même sur le droit divin. (Voiries sciences théologiques ioo5.)