N" 1037. POLITIQUE IH
des finances, qui a pris de nos jours une importance extrême, avec le développement du crédit et l'accroissement énorme des budgets d'Etat. Alléger les impôts, choisir les plus équitables et ceux que le contribuable acquitte le plus volontiers, diminuer les frais de perception, éviter toute dépense inutile : telle est une partie de l'objet de la science des finances. Cette science complexe était enseignée à Heidelberg, sous le nom de caméralislique ou droit raméral. Des chaires semblables existaient à Halle, à Milan, etc. '.
1037. — Politique. — Ce n'est pas sans exagération quo l'on a regardé quelquefois la politique comme une partie de la philosophie 2. Car la politique, qui est la science et l'art du gouvernement des peuples, suppose bien d'autres qualités encore que des connaissances proprement philosophiques. Ou peut exceller en celles-ci, mais être mal partagé sur les autres. Et, puis, tel porte le nom de philosophe, dont les principes sont aussi faux que sa logique est implacable. De là le danger de le transformer en homme politique. C'est ce qui explique ce mot de Frédéric 11 : < Si j'avais une province à punir, je la ferais gouverner par un philosophe ». Il faut ajouter aussi qu'aux yeux de ce prince la politique était surtout l'art de réussir par n'importe quel moyen. Or cet art criminel sera toujours inconnu ou abhorré du vrai sage. Mais la vraie politique n'en dépend pas moins des sciences philosophiques : elle suppose la dialectique la plus alerte, la psychologie des hommes et des peuples, la philosophie de l'histoire, la morale et toutes les autres sciences sociales que nous avons énumérées, en particulier le droit naturel. C'est même en vertu de ces connaissances supérieures, qu'elle range à son service pour la fin particulière qu'elle poursuit, que la politique accomplit ses œuvres les plus grandes et universellement bienfaisantes. Platon avait donc quelque raison de dire : « Tant que les philosophes ne seront pas rois, ou que les rois ne seront pas philosophes, il n'y aura pas de remèdes aux maux qui désolent les Etats ». Platon avait en vue de vrais sages, à la fois profonds et pratiques, voyant le plus grand bien et sachant le poursuivre et le réaliser par les meilleurs moyens. Que n'auraitil pas dit de la politique chrétienne, celle d'un Charlemagne ou d'un saint Louis ? En servant avec autant de prudence que de force la cause de la justice chrétienne, cette politique sert par là même les plus grandsinlérèts de l'Etat. Par son utilité suprême aussi bien que par sa grandeur morale, elle domine toutes les autres, si souvent coupables. La plus odieuse est celle (pii subordonne tout à l'intérêt et à la force. Et parce que la politique, de même cpic le génie
* V. Paul Leroy-Be.\i,hec, Traité de la science des finances ; Léon Sat, Dict. des finances.
' CI. Paul J.vrfET, Principes de mctaph. et de morale, Introd. Lt<;i)n \\. V. surtout Histoire de la science politique.
l'iO ENCYCLOPÉDIE : I l" VOLUME
et le savoir-faire, est un art ou un don plutôt qu'une vertu, on compte indiiréremment parmi les grands politiques les hommes les plus inégaux et même les plus dissemblables au point de vue moral : Moïse, Lycurgue, Solon, Périclès, Alexandre, César, Charlemagne, S. Louis, Louis XI, Richelieu, Mazarin, Washington, Napoléon, Cavour, Bismarck.
1038. — Diplomatie. — C'est l'une des parties les plus délicates de la politique. Au sens le plus précis, la diplomatie est l'art des négociations ; dans un sens plus général, c'est la science des rapports internationaux et des intérêts respectifs des Etats. Elle doit s'appuyer surtout sur le droit des gens ou droit international. On peut dire que les diplomates ont existé avant la diplomatie : l'art a toujours précédé la science, et la pratique la théorie. César était un grand diplomate. La diplomatie s'est développée à mesure que grandissait le rôle de la papauté dans les rapports des peuples. Louis XI tient l'une des plus belles places dans l'histoire de la diplomatie française. Elle brilla de tout son éclat au xvii* siècle, avec Richelieu, Mazarin. Au siècle suivant, elle fit place trop souvent à de basses intrigues. Au xix* siècle, la diplomatie traditionnelle renaît avec Talleyrand, l'émule des Metternich, etc. L'Angleterre se glorifie des deux Pitt, de Palmerston, etc. Louis XI fut l'un des premiers à entretenir jDartout des agents diplomatiques. Ils comprennent aujourd'hui quatre classes : les ambassadeurs, les minisires plénipotentiaires, les ministres résidents et les chargés d'affaires i.
1039. — Sciences militaires. — o,i. — Nature et rapports de ces sciences. — On ne peut contester que les sciences miUtaires doivent être rangées parmi les sciences sociales, puisqu'il leur appartient de défendre la société, de protéger ses développements et d'assurer même son existence. On ne peut contester non plus que ces sciences aient des attaches avec les sciences les plus hautes : la morale et la religion, la psychologie, le droit naturel et le droit positif, en particulier le droit international. Toutes ces connaissances, nécessaires à l'homme politique, le sont plus encore, sous certains rapports, à l'homme de guerre, qui conduit des armées et des flottes 2, à travers mille obstacles et mille périls, à la victoire ou à la mort. Connaître les hommes et surtout les hommes assemblés, savoir les discipliner et les commander, leur inspirer la confiance et l'enthousiasme ; connaître en même temps l'ennemi, avec toutes les ressources morales dont il dispose lui aussi, et toutes les faiblesses dont il est susceptible : n'est-ce pas la moitié, sinon plus encore, de l'art de la guerre? Il faut, en outre, aujourd'hui surtout, connaître tous les moyens physiques d'attaque et de défense^
' V. 34' vohime.
* V. armée, flotte, 17» volume ; armes, armement, 34' volume.