N" 1040. SCIENCES MILITAIRES
qui sont devenus infiniment complexes par suite du progrès incessant de toutes les sciences. Bref, l'iiomme de guerre doit mettre au service de son art, avec toutes les forces morales, toutes les sciences et toutes les industries. Mais, malgré les variétés et les applications innombrables de ces connaissances, l'art de la guerre est toujours un, comme le but particulier et défini vers lequel il les fait toutes converger.
0,2. — Coup cl'œil sur l'èvcAution de l'art de In guerre. — On pourrait suivre dans l'histoire l'évolution de l'art delà guerre, considéré soit du côté des vertus morales et militaires, soit du côté de l'armement offensif et défensif. Nous devons nous en tenir ici à un simple coup d'œil. Toujours nécessaire et ordinairement prépondérant, comme la force elle-même, l'art de la guerre a été cultivé par les anciens : Egyptiens, Assyriens, Hébreux, etc., surtout par les Grecs, qui vainquirent les masses asiatiques. Les Uomains y réussirent mieux encore, et les légions romaines triomphèrent de la phalange macédonienne. La guerre changea de caractère au moyen âge, où les armures prirent une importance exagérée; elle fut renouvelée au xv^ siècle, par la découverte de la poudre. Le XVII' siècle fut l'époque des guerres longues et systématiques : les armées étaient peu nombreuses. Le génie de Napoléon inaugura de nouvelles méthodes ; on revit les grandes armées. Aujourd'hui l'art de la guerre a été de nouveau renouvelé, et il se transforme chaque jour, par suite de l'invention d'armes à feu à très longue portée et d'explosifs de plus en plus redoutables ; par suite aussi des levées en masse, inaugurées par la Prusse, qui peuvent mettre sur pied en Europe jusqu'à dix millions de combattants '.
1040. — Stratégie. — Celte partie supérieure de l'art de la guerre embrasse tout l'ensemble des opérations d'une armée. C'est comme stratégisie qu'un homme de guerre conçoit un plan de campagne et l'arrête dans toutes ses parties ; mais c'est comme tacticien qu'il l'exécute. La stratégie tient plus de la science et do la spéculation ; la tactique se confond mieux avec l'art et la pratique. Aussi les changements inouïs qu'a subis l'art de la guerre i)ortent-ils plus sur la lactl(|nc que sur la stratégie.
lOil. — Tactique. — Elle est donc le complérneut de la stratégie; elle C()nq)rend l'art de faire mouvoir les troupes, de les ranger et de le> employer sur le chanq) de bataille. ParAiis cependant on donne à la tactique un sens plus général. On distingue la tactique élèfnenfaire et la tactique générale. La première concerne l'instruction de> troupes et les maïueuvres des trois armes : infanterie, cavalerie, artillerie. La seconde s'occupe des mouvements de toute l'armée, de l'ordre de bataille, etc.
' V. armée, opérations de guerre, 17* volume.
1042. — Génie militaire. — C'est l'art de construire, d'attaquer et de défendre les places fortes. Il ne fut pas cultivé d'abord par des ingénieurs militaires. Ceux-ci n'apparaissent que vers le xvn'= siècle. Cet art a été renouvelé une première fois par la découverte de la poudre, qui rendit inutiles les hautes murailles des villes et des vieux châteaux ; il a été renouvelé encore de nos jours par les perfectionnements des armes à feu. Citons, parmi les ingénieurs célèbres : Archimède, Léonard de Vinci, Vauban surtout.
1043. — Balistique. — C'était autrefois l'art de se servir des batistes ou machines de guerre. Aujourd'hui c'est surtout la science qui permet de mesurer et de diriger le mouvement des projectiles d'armes à feu, à travers l'espace, dans certaines conditions données. On distingue la balistique intérieure et la balistique extérieure. La première étudie la pression exercée sur le projectile et son mouvement avant sa sortie de l'arme, la seconde étudie le mouvement du projectile une fois lancé. Le pendule balistique est un appareil qui sert à mesurer la vitesse du j^rojectile au sortir du canon et partant la force de la poudre. 11 appartient à la balistique de connaître les explosifs, leurs modes de combustion et les conditions dans lesquelles ils produisent le plus d'effet, la résistance plus ou moins grande que l'air oppose aux projectiles selon leur forme, leur poids et leur vitesse, la trajectoire qu'ils parcourent, la manière de régler les différents tirs : tir raide ou de plein fouet, tir courbe ou tir en bombe, etc. Elle étudie aussi l'action des projectiles de diverse nature sur les différents obstacles : parapets de pierre ou de terre, plaques de blindage, etc. On voit que la balistique suppose une foule de connaissances, mathématiques et physiques.