‹ Somme des connaissances humainesChapitre 28 sur 49 · DE L'HISTOIRE ET DES SCIENCES AUXILIAIRES · texte numérisé non relu

DE L'HISTOIRE ET DES SCIENCES AUXILIAIRES

1044. — Histoire. — o,i. — Son importance. Avantages des études historiques. — Déjà, au sujet de la classification des sciences i, nous avons reinarqué l'importance de l'histoire, qui est la mère des sciences. C'est comme histoire proprement dite, en tant qu'elle embrasse tout le passé des sociétés humaines, qu'elle mérite tous les éloges qu'on lui a prodigués. S'il est vrai que l'humanité vit de traditions et que le progrès consiste à continuer la marche en avant de nos devanciers, on voit aussitôt son importance. Indispensable aux sociétés, aux Etats comme à l'Eglise, elle ne l'est pas moins aux individus. Maîtresse de la vie, elle est, selon un mot de Cicéron, une lumière et un guide : lux et dux. Avec le même auteur, on peut dire qu'ignorer l'histoire, c'est demeurer dans l'enfance : Nescire quid antequam natus sim acciderit, id est semper esse puerum. Que ne dirait-il pas aujourd'hui ?

^ V. iooi,i5 ; et 1015,5-7.

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A tous les points de vue et, en particulier, eu égard à l'éducation, les avantages des études historiques sont de premier ordre. Elles développent les plus hautes facultés de l'esprit : la mémoire et le jugement, en même temps que les facultés morales. Car nous ne séparons pas ces études de l'amour désintéressé de la vérité, ni de l'esprit philosophique, sans lesquels elles seraient souvent inutiles et môme nuisihles. Mais, sauf cette juste réserve, l'histoire élargit l'esprit et le fortifie, elle élève le cœur et étend ses sympathies à tous les personnages et à toutes les causes qui le méritent. Comme l'a dit un historien, Stubbs ', « l'histoire nous met en mesure d'aborder et de traiter avec modération et prudence même nos propres affaires, de laisser certaines d'entre elles sans solution immédiate, d'en trancher d'autres par des preuves concrètes plutôt que par des principes arrêtés d'avance, enfin d'attendre que d'autres encore se résolvent toutes seules. Les recherches historiques enseignent la patience, la tolérance, le respect des opinions qu'on ne partage pas, l'examen impartial de toute opposition loyale ; elles font saisir comment les hommes d'une époque donnée ont compris autrement que nous la suite des événements qui nous semblent n'avoir qu'une seule signification raisonnable ; elles montrent le bien et le mal se mêlant dans les meilleures causes ; elles apprennent à supporter patiemment que les gens les plus sympatliiques soient souvent dans leur tort et que les plus antipathiques aient parfois raison, à reconnaître que les meilleures causes doivent à la maladresse de leurs défenseurs des dommages assez graves pour justifier, en rigueur de justice, la conduite de leurs adversaires. Enfin, et ce n'est pas la moins utile de leurs leçons, elles témoignent qu'il y a bien des points sur lesquels on ne peut prononcer un jugement définitif, donner tort ou raison, déclarer bien ou mal, acquitter ou condamner. De même qu'en d'autres situations le courage suprême consiste souvent à dire : je n'ose pas ; et l'amour le plus vrai à dire : je ne veux pas ; de même souvent en histoire la sagesse consiste à avoir appris à dire : je ne sais pas ».

La connaissance de l'histoire civile et ecclésiastique, sous telle ou telle forme appropriée aux caractères des lecteurs (vies des grands patriotes ; vies des saints), est particulièrement nécessaire pour éclairer le patriotisme'et cultiver les sentiments religieux, (domine l'observe M. llogan, <( tout ce qui touclie à l'Eglise, dans le passé et dans le présent, réveille aussitôt l'intérêt d'un catholique sincère. Pour lui, l'histoire de l'Eglise est. pour ainsi dire, un récit de famille, tout comme, pour chaque citoyen, les souvenirs de la nation dont il fait partie. Le nom de son pays signifie bien peu de chose pour qui en ignore le passé; pour celui, au contraire, qui porte profondément gravés tlans son àine les grands souvenirs de

* Cité par M. Ho^'aii, Les éludes du clenjé. Histoire de l'Eglise, p. 'jag.

la patrie, ce seul nom suffît à enflammer son imagination et à l'exciter aux plus nobles entreprises. Ainsi l'histoire de l'Eglise, ses gloires, ses triomphes, les inestimables bienfaits dont le monde lui est redevable remplissent l'àme du chrétien d'un enthousiasme sacré, fortifient sa foi et font àe sa vie entière un hommage de fidélité et d'amour i.

0,2. — Coup d'œil sur le progrès de l'histoire et ses conditions. La critique historique. — Rien donc n'est plus nécessaire et plus précieux, pour les individus et pour les nations, que les enseignements de l'histoire. C'est parce qu'on les interprète mal que l'histoire a pu paraître plus d'une fois une maîtresse d'iniquité et d'erreur. Mais si on les interprète mieux, ils viennent se confondre avec ceux de la plus haute morale et de la plus sage politique. Ils se sont accrus et systématisés à mesure que les siècles s'écoulaient, et que le progrès général permettait à l'humanité de prendre mieux conscience d'elle-même. Les anciens comptent déjà des historiens de mérite. Chez les Grecs : Hérodote, surnommé le père de l'histoire, narrateur de génie ; Thucydide, Xénophon, Polybe, historiens politiques ; Plutarque, moraliste. Chez les Romains : Salluste. César, Tacite. Au moyen âge et depuis, les chroniqueurs et les historiens de divers caractères et de divers mérites. Trop souvent ils furent aveuglés par leurs préjugés, alors que l'histoire doit être avant tout impartiale. On lui demande des faits précis et des témoignages sincères. De nos jours on a exalté la critique historique 2. Ici, comme en philosophie, la critique est indispensable, mais il faut cju'elle ne dégénère pas en scepticisme. L'histoire ne peut se résoudre en doutes perpétuels, ni en des recherches qui n'ont pas d'autre but qu'elles-mêmes : à l'histoire critique il faut donc allier l'histoire dogmatique^. Pour s'éclairer et faire leur juste part aux doutes et aux certitudes, l'historien doit mettre en œuvre toutes sortes de documents et de témoignages, écrits ou non écrits : monuments, médailles, inscriptions, etc. L'histoire a ainsi pour auxiliaires plusieurs sciences, dont les progrès contribuent à son propre développement. Entre ces sciences se distingue la chronologie, à laquelle on joint la géographie : ce sont, a-t-on dit, les deux yeux de l'histoire. Mais, outre ces sciences, il en est beaucoup d'autres, dont le domaine est souvent si vaste qu'un même esprit

* Voir M. Hogan, Les études du clergé. Histoire de l'Eglise, p. 436.

« V. sur la critique en général 1018. — Sur les règles de la critique hist., V. le R. P. de Sniedt, boUandiste.

3 D'après M. A. Naville, u la science historique (celle qui généralise), est par essence une science d'approximation ; elle ne j)Ourra jamais embrasser absolument son objet qui la dépassera toujours ».(0p. cit., p. 126.) — Sans nier rimperleclion et la perfectibilité de l'histoire, nous croyons qu'elle a souvent pour objet des vérités précises et absolues.

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