‹ Somme des connaissances humainesChapitre 33 sur 49 · N^ 1070. POÉSIE · texte numérisé non relu

N^ 1070. POÉSIE

qui n'est guère qu'un traducteur. On a paraphrasé la plupart des poètes anciens, les ditîérentes parties de la Bible, etc. Citons les paraphrases d'Erasme sur le Nouveau Testament, de Massillon sur les Psaumes. Le P. La Rue a paraphrasé Horace et Virgile.

Fabuliste. — Anciens et modernes se sont appliqués à revêtir les vérités morales de la forme ingénieuse, spirituelle ou naïve de l'apologue et de la fable : Pilpay, dans l'Inde ; Esope, en Grèce ; Phèdre, chez les Latins. Florian s'est distingué dans le même genre. Le grand fabuliste de l'Allemagne est Lcssing. Mais le fabuliste par excellence est notre incomparable La Fontaine '.

1070. — Poésie. — La poésie est l'art de composer des ouvrages en vers -\ Elle fut spontanée, à l'origine, comme l'éloquence, etc. et les règles n'en furent découvertes et posées que plus tard, par la réflexion. On voit facilement combien cet art est naturel et populaire, si l'on songe au rôle des anciens poètes, chez la plupart des peuples naissants : homérides et rapsodes chez les Grecs, trouvères et troubadours au moyen âge. L'histoire de la poésie fait partie de l'histoire générale de la littérature.

>ous pourrions ici considérer la poésie en tant qu'elle est la reine des arts. C'est par elle, en effet, qu'on excelle en chacun d'eux, et l'on peut dire, avec Lamennais, qu'elle est leur fonds réel. « L'architecture est une poésie, la poésie du monde des corps, des formes inanimées ; la sculpture, la peinture sont une poésie, la poésie du monde organique, des formes vivantes et des couleurs ; la musique aussi est une poésie, la poésie des sons, qui expriment la forme intime, invisible des êtres... » ^ Cette royauté de la poésie s'explique, si l'on considère qu'elle touche de plus près que les beaux-arts à la beauté intellectuelle et qu'elle l'exprime par des signes plus parfaits, la parole elle-même, soumise aux lois du rythme et de l'harmonie. Par celle-ci, la poésie est associée à la musique et il peut sembler qu'elle en est inséparable. Mais il y a toujours cette ditîérence, que la musique résulte essentiellement des sons qui frappent l'oreille, tandis que la poésie résulte de la parole, qui frappe surtout l'intelligence. Aussi rapportons-nous la musique aux beaux-arts, et la poésie aux belles-lettres. Mais l'une et l'autre agissent puissamment sur l'imagination et les sentiments : la musique, par les sons ; la poésie, par la pensée et les images. Et parce qu'il est possible d'agir puissamment et excellemment sur le sentiment par toute parole imagée et digne des belles pensées qu'elle exprime, l'éloquence est connue une poésie ; et l'art d'écrire mérite à son tour de leur être associé à la tête des beaux-arts. Et n'est-ce pas cette vérité qu'exprime le nom même de belleslellrcs,

' V. fable, apoloÉîue. roman, drame, journal, etc., ao et aa* vol. * V. pour ces ouvrages mêmes, potmes, etc. Ibid. ^Esquisse d'une iihilosopliie, a' partie, liv. I\, chap ii. Poésie.

103 EiNCYCLOPÉDlE : I 1*= VOLUME

qui leur appartient en commun ? Toutefois les beaux-arts ont sur les belles-lettres, qui leur sont d'ailleurs supérieures, un avantage particulier : ils rendent le beau vraiment sensible à l'extérieur et l'incarnent pour ainsi dire. Aussi ne traiterons-nous des questions qui intéressent les arts en général que dans le volume suivant.

Poétique. — Les règles à observer dans les poésies sont l'objet de la poétique. Aristote, Horace, Vida, Boileau ont laissé des Poétiques célèbres, souvent imitées depuis. Le Batteux les a réunies dans les Quatre Poétiques (1771). Citons, entre beaucoup d'autres, qui se sont occupés du même sujet, A. Nisard ; Examen des Poétiques d' Aristote, d'Horace et de Boileau (i845).

Aède. — Ce mot, qui signifie chantre, désigne les poètes primitifs de la Grèce. Ce furent d'abord des prêtres, qui, dans les solennités religieuses, chantaient des hymnes, des poésies mystiques, des cosmogonies et des théogonies, qu'ils avaient composées. Les aèdes devinrent plus tard des artistes indépendants, travaillant pour le peuple, des démiurges, comme les appelle Homère. Alors les aventures des héros occupèrent une plus grande place dans leurs chants.

Gnomiques. — Entre tous les anciens poètes de la Grèce, les gnomiques (auteurs de sentences, comme leur nom l'indique), méritent d'être distingués. C'étaient des philosophes et des sages, souvent même des législateurs, qui formulaient en vers leurs aphorismes et leurs préceptes de morale. Ils nous font songer au Sage des Ecritures. Citons Théognis, Phocylide, Pythagore, Simonide, Solon, Cléanthe. Leurs sentences passèrent dans les poésies de leurs successeurs (Pindare, Sophocle, Ménandre), dans les récits des historiens et les discours des orateurs. Les Latins s'en insj)irèrent à leur tour. Divers recueils en ont été publiés.

Rapsodes. Homérides. — Les Grecs donnèrent le nom de rapsodes à ceux qui faisaient métier de réciter les chants des poètes, surtout des poètes épiques, tels qu'Homère. De là les homérides, rapsodes ou aèdes qui chantaient les vers d'Homère ou imitaient ce poète. On donna particulièrement le nom d'homérides à une famille de Chios qui prétendait descendre d'Homère et conservait ses poèmes. Les membres de cette famille se dispersèrent dans la Grèce. Des critiques modernes ont attribué aux homérides de Chios le développement et même la création de l'Iliade et de l'Odyssée, etc. C'est au moyen des homérides, ou même de simples rapsodes, que Pisistrate et Hipparque restituèrent les textes de l'Iliade et de VOdyssée.

Barde. — Chez les Gaulois, les bardes rentraient, comme les druides, dans la classe sacerdotale. Rs chantaient les exploits des chefs et, sans doute, conservaient les généalogies. On retrouve les bardes chez tous les peuples celtiques, mais leur fortune ne fut point partout la même. Ils disparurent de la Gaule dès le i" ou le

IS» 1070. SCALDES l53

II* siècle, lorsque raristocratie gauloise se fut romanisée. En Irlande, ils furent peu estimés, alors que les druides exerçaient, au contraire, une grande influence. Mais leur destinée fut très brillante en Angleterre jusqu'à la conquête du pays de Galles, où ils étaient les familiers de la cour (\iu' s.). Ils s'accompagnaient, dans leurs chants, d'une sorte de lyre fcruth, croltaj qui est devenue la rotte du moyen âge. Le bardisme a été abandonné ensuite aux mendiants et aux vagabonds.

Scaldes. — Les scaldes étaient les poètes des anciens peuples du Nord (Danemark, Suède, Norvège, Islande). Ils vivaient avec les princes, les suivaient à la guerre, chantaient leurs exploits, célébraient les dieux et les héros. Leurs poèmes étaient conservés par la tradition orale et parfois écrits en caractères raniques. Plusieurs ont été conservés dans VEdda et les Scujas.

Mlnnesinger. — Les minnesingers ou chantres d'amour jouèrent dans rAllemagne du moyen âge, surtout aux \W et xni* siècle, le rôle de nos troubadours et de nos trouvères. Ils vivaient à la cour des princes et appartenaient même souvent à la noblesse. On a publié dos collections de leurs chants.

Ménestrel. — Les ménestrels, qui se confondent souvent avec les trouvères et les troubadours, i)araissent avoir remplacé les bardes, poètes sacrés des Celtes et des liretons. Longtemps estimés, surtout dans le Nord, on les voyait souvent, comme Taillefer, qui accompagnait Guillaume le Conquérant, entonner le chant de guerre à la tète des armées. Plus tard, ils vont de château en château, récitant les vers des trouvères ou chantant leurs propres œuvres, comme llutebeuf. On leur donnait alors le nom de chaniaires et ils étaient suivis de joueurs d'instruments ou jongleurs. Au XVI'' siècle, leur profession fut discréditée ; la reine Elisabeth ordonna même de les traiter en vagabonds. Les ménestrels musiciens furent appelés ménétriers et formèrent une corporation dès i33o.

Trouvère. — Ce nom, de même élymologie que tnaibadour, désigne les poètes qui, du xi' au xv^ siècle, composèrent leurs chants dans les divers dialectes de la langue d'oïl (normand, picard, >vallon, bourguignon, français proprement dit ou dialecte de rilé-de-France). Ils cultivèrent surtout la poésie épique. On leur doit des chansons de geste, des romans, desfabtiaux, qui sont souvent des chefs-d'œuvre pleins d'originalité. Ils cultivèrent aussi la poésie lyrique dans les ballades, lais et virelais. Citons, parmi les plus célèbres : Chrestien de Tioyes, Robert Wace, Richard Cœur-de-Lyon, Marie de France, Thibaut IV de Navarre, (îuillaume de Norris. Jehan de Meung '.

Troubadours. — Ce sont les [)oèles, contemporains des trouvè-

' V. Les Epopées fninraiscs, de Léon Cialtieh, etc.

l54 ENCYCLOPÉDIE : 11^ VOLUME

res, qui composèrent leurs chants dans la langue d'oc. Ils se faisaient accompagner de jongleurs ou joueurs de violes, harpes, tambourins, etc. Leurs poésies, plus courtoises que celles des trouvères, étaient aussi moins populaires. Ils cultivèrent la poésie lyrique sous toutes ses formes. On les divise en jDlusieurs écoles (Provence, Aquitaine, Auvergne, Languedoc, etc.). Citons, parmi les plus célèbres : Bertrand de Born et Bernard de Ventadour i. — Au milieu du xix^ siècle, une école littéraire s'est formée en Provence, le félibrige 2, pour remettre en honneur la langue d'oc et enrichir même sa littérature. Les félibres prirent d'abord le nom de troubaires (trouveurs), pour bien marquer qu'ils entendaient continuer l'œuvre des anciens troubadours. Parmi eux se sont distingués surtout Frédéric Mistral et Joseph Roumanille.

1071. — Versification. — C'est l'art de faire des vers ; c'est aussi l'art qui trace des règles à cet effet. On voit dès lors toute la distance qui sépare la j^oésie de la simple versification : on naît poète, mais on devient versificateur ; l'inspiration fait le premier, l'exercice et l'habitude forment le second. Mais l'art a besoin du métier, et le poète ne peut réussir pleinement dans son œuvre, s'il n'est versificateur habile. Les Dictionnaires de rimes peuvent lui rendre, à ce sujet, de vrais services K

Métrique. — La métrique est une partie de la poétique dans les langues prosodiques. Son objet, c'est l'étude des différentes espèces de mètres et de vers. Chez les poètes latins du moyen âge, les vers sont soumis souvent et aux lois du mètre et aux lois de la rime : de là une versification particulière, qui n'a été connue et appréciée que dans ces derniers temps. La prosodie n'est bien déterminée que dans le grec et le latin : ces deux langues ont la prosodie la plus mélodieuse et la plus riche. Le français, au contraire, est des plus dépourvus à cet égard. On a tenté plusieurs fois, notamment au xvi'' siècle, de composer en français des vers métriques ; mais ces essais n'ont jamais réussi.

Prosodie. — Ce nom ne signifie pas seulement la prononciation régulière des mots selon le rythme, l'accent et la quantité, mais encore la connaissance des règles d'après lesquelles on doit construire et prononcer les vers. La prosodie, ainsi entendue, se confond avec la métrique.

1072. — Improvisation. — On improvise dans tous les arts : éloquence, poésie, musique, etc. Mais on a remarqué, avec raison, que

* V. Paul Meyer, Des rapports de la poésie des trouvères avec celle des troubadours, etc. — * V. Ecoles littéraires, 19» volume.

3 V. QuiCHERAT, Traités de la versification latine et de la versification française. — Becq de F., Traité général de versification française, etc. — DuMÉRiL, Essai philosophique sur le principe et les formes de la versification.

N' 1073. ÉLOQUENCE l55

les choses que l'on improvise le mieux sont celles auxquelles on a pensé le plus. Toutefois, il y a de vrais talents d'improvisation, quoique les œuvres improvisées n'aient point d'ordinaire les qualités sérieuses de celles qui ont été lentement élaborées. L'improvisation en vers est la plus remarquable. Plusieurs poésies célèbres ont été improvisées, pour ainsi dire, c'est-à-dire composées en quelques heures : ainsi le Rhin allemand d'Alfred de Musset, et la Réponse à Néniésis de Lamartine. L'histoire a gardé les noms d'improvisateurs célèbres dans leur temps : ils abondent en Italie. N'en citons qu'un, la Corilla, couronnée au Capitole en 177G : elle a suggéré à M'ne de Staël l'idée de sa Corinne.

1073. — Eloquence. Orateur. — L'éloquence est l'art ou le talent de persuader. Elle est, pour une bonne part, un talent naturel, qui se développe par la culture. Bien que Cicéron ait dit : Xascuntur poetœ, fiunt oratores, elle dilTère de la rhétorique à peu près comme la poésie dilfère de la versification. Parmi les genres d'éloquence, on distinguait anciennement, le délibératif, qui conseille et persuade; le judiciaire, qui accuse ou défend; le démonstratif, qui loue ou qui blâme. En se plaçant à un autre point de vue, les modernes distinguent : l'éloquence de la chaire ou religieuse; l'éloquence du barreau ou judiciaire ; l'éloquence de la tribune ou politique; l'éloquence des académies ou réunions littéraires, dite éloquence académique; eniinV éloquence militaire. Les divers genres d'éloquence, considérés à dilTérentes époques, ont été l'objet de nombreux ouvrages. Quintilicn a écrit : De institutione oratoria; Cicéron : De ora^ort\ L'abbé Maury a laissé un Essai sur l'éloquence de la chaire. Citons aussi : les Dialogues sur l'éloquence de la chaire, de Fénelon, où l'on remarque certaines critiques qui visent plus ou moins justement Bourdaloue; le Tableau de l'éloquence chrétienne au IV* siècle par Villemain, où se trouve retracée, avec l'époque la plus brillante de la littérature chrétienne, le tableau de la lutte entre la société païenne et la société chrétienne, destinée à la remplacer. — Parmi les j)Ius grands orateurs sacrés ou profanes dont l'histoire de l'éloquence ait gardé le souvenir, citons : Démosthène, Cicéron, Hortensius, S. Jean Chrysostome, S. Bernard, Bossuet, Bourdaloue, Massillon, Bridaine, Lacordaire ; parmi les orateurs profanes : Pitt, Fox, O'Connell, Mirabeau. Berryer. Les auteurs païens nousont laissé quelques beaux modèles d'élociuence militaire; certaines proclamations de .Napoléon atteignent la perfection du genre. Les recueils de r.Vcadémie renferment de nombreux modèles de l'éloquence académique, sans parler de ceux que nous ont laissés quelques anciens, connue Isocrate (Panégyrique d'Athènes), et Pline le Jeune (Panégyrique dcTrajan).

Rhétorique. Rhéteur. — On peut définir la rhétorique comme l'éloquence : l'art de persuader. Mais elle est un art (lui ^'enseigne et qui s'apprend et nullement un talent de la nature. Klle est à

lOb ENCYCLOPÉDIE : 1 1" VOLUME

réloqucQce naturelle ce que la logique artificielle est au bon sens. On distingue trois parties dans la rhétorique : Vinvention, qui fait trouver les matériaux ; la disposition, qui les organise ; l'élocution, qui les revêt de la grâce et des autres ornements du style. A ces trois conditions de l'éloquence savante, il faut joindre Vadion, qui résulte du débit et des gestes.

Tous ces moyens seraient inutiles sans les mœurs oratoires, par lesquelles l'orateur se concilie l'estime et la bienveillance de ses auditeurs. Ces mœurs peuvent se résumer dans l'expression sincère des vertus qui gagnent le mieux tous les cœurs : la probité, la modestie, la bienveillance et un ton de franchise qui n'exclut point la circonspection et la prudence. Le véritable et parfait orateur suppose donc un homme de bien, selon cette définition qu'en donnaient les anciens : Vir bonus dicendi peritus. Mais il faut convenir que souvent l'hypocrisie de l'orateur et les passions de l'auditoire changent complètement les moyens de lui plaire et de le persuader. Les auditoires ont alors trop souvent les orateurs qu'ils méritent. — Aux mœurs on peut rapporter les précautions oratoires, tous ces ménagements que les orateurs habiles varient à l'infini, selon les personnes et les circonstances, pour ne blesser aucun sentiment, aucune susceptibilité de leurs auditeurs.

La rhétorique fut enseignée de bonne heure chez les anciens, où elle prit une extrême importance ; mais les rhéteurs grecs et latins abusèrent si souvent de leur art qu'il en a été discrédité ; ils se confondirent avec les sophistes. Ceux-ci abusent de la logique, comme ceux-là de l'éloquence. — Parmi les auteurs anciens qui ont traité de la rhétorique, se font remarquer Quintilien et Cicéron.

Invention. — En rhétorique et, d'une façon générale, en littérature, l'invention consiste à trouver non seulement des idées, maiy «ncore des sentiments, des faits et toutes sortes d'arguments. Car l'orateur, sinon toujours l'écrivain, se propose à la fois de prouver, de plaire et de toucher. Néanmoins les idées sont les matériaux premiers du discours : elles amènent facilement le reste. De là l'importance du p/a/i, du canevas. Pour le dresser et le remplir, on peut se servir des topiques ou lieux communs i, dont les anciens ont fait grand cas. Mais il importe d'en user avec discernement et de ne leur demander que les matériaux convenables. Autant que

• V. i*" volume, où les topiques sont expliqués au point de vue de la philosophie. Les rhéteurs dislinguaient sept lieux intrinsèques : définition, énumération des parties, genre et espèce, comparaison et contraires, choses qui répugnent, circonstances de temps, de lieux, etc. On peut ajouter la cause et l'effet, avec les antécédents et les conséquents. Les lieux extrinsèques étaient : la loi, les titres, la renommée, le serment, les témoignages.

N° 1074. MATHÉMATIQUES l57

possible, l'orateur doit tirer tout ce qu'il dit des entrailles mêmes du sujet : ex viceribus rei.

Déclamation. — Chez les Grecs et les Romains les déclamations furent d'abord des exercices de rhétorique. A Rome, on les divisait en deux classes : les unes fsuasoriœj portaient sur quelque point incontesté de philosophie ou de morale ; les autres fcontroversiœj relevaient du genre judiciaire. On peut en juger par les Controverses de Sénèque. Ces exercices, qui faisaient le fond de l'enseignement des rhéteurs, entraînèrent la rhétorique elle-même dans des abus qui l'ont discréditée : subtilités excessives, jeux et traits d'esprit substitués aux accents d'une conviction sincère. On a conservé en partie un ouvrage de Déclamations attribué tantôt au père de Quinlilien ou à Quintilien lui-même, et tantôt à Posthumius ou à Florus. C'est un recueil de causes fictives et d'exercices d'école. Le recueil en comptait 388, dont il nous reste i63 '.

Pathos. Pathétique. — Ce mot gvec, pathos, qui signifie affection, passion, était jadis employé, en rhétorique, comme synonyme de pathétique. On l'opposait à ithos (mœurs), qui désignait cette partie de la rhétorique qui traite des mœurs de l'orateur. Le pathétique est cette partie de la rhétorique qui s'applique à exciter les passions. Or on peut exciter celles-ci, en arrêtant l'esprit sur certaines idées ou considérations qui sont de nature à le captiver, et en frappant l'imagination par des récits ou des peintures de façon à communiquer les sentiments que l'on éprouve Car la règle suprême ou plutôt unique en cette matière, c'est d'être ému soimême si l'on veut émouvoir. Quintilien et Horace l'avaient déjà remarqué et Horace, en particulier, l'a fort bien dit dans les vers suivants :

Ut ridentibus arrident, ita Jlentibus adjient Hamani vultus ; si vis me flere, dolendum est Priinam ipsi tibi.

Page 1