IV. — Exposé d'une synthèse de toutes las connaissances
o,2G. — Exposé général. — Il est temps d'exposer le système général des connaissances humaines, qui sera développé non seulement dans ce volume et le suivant, maisencoredansle 24%le25* etlo 26*, qui traiteront de la hiérarchie sociale. Celle-ci, en etTet, répond nécessairement aux connaissances (sciences, arts et métiers, industries diverses) professées par les membres de la société 2, Loin donc de restreindre le problème de la classification des sciences, comme l'a fait Comte, par exemple, nous lui conservons toute son étendue ; et ce sera cette étendue même, avec les proportions et les rapports de toutes les parties du système, qui seront sa meilleure justification.
En nous appuyant sur les principes développés jusqu'ici, et en tenant compte de toutes les critiques justement adressées aux divers systèmes que nous avons examinés, nous diviserons d'abord l'ensemble de toutes les connaissances en cinq embranchements, d'après l'objet formel le plus abstrait. Cet objet est le vrai luimême, sans lequel la connaissance ne se conçoit pas. Il est le fondement du beau et du bien. Au bien succède Vutile, qui l'implique et le détermine ; et à l'utile succède l'opportun, qui l'implique de même et s'y ajoute. Or, les sciences proprement dites et, avec elles, ce que l'on appelle communément les arts libéraux (poésie, éloquence, littérature) ont pour objet propre le vrai, ou du moins le beau intelligible ; les beaux-arts ont pour objet le beau devenu sensible et extérieur; l'art de la culture, qu'elle soit morale ou physique, a pour objet propre le bien, le perfectionnement ; les industries diverses comprises généralement sous le nom d'arts et métiers, ont pour objet propre l'utile ; enfin le commerce, avec le transpoi't, qui ne s'en sépare pas, a pour objet Vopportan. En ciret, l'opportunité de temps ou de lieu est tout l'objet du commerce et (lu transport. Cet ordre général est présenté dans le tableau suivant :
' Nous aurons à critiquer de même, entre autres ouvrages, VEssai sur la classification des sciences de M. Goblot (1898), qui adhère, en général, aux vues du positivisme.
* V. l'Avanl-propos.
Il' vo'.
Universalité des connaissances.
Tableau général.
Sagesse :
Une en Dieu,
multiple en
nous, à la fois
spéculative
et pratique
d'où
science et art
inséparables.
(Perfections) :
1° Science et lettres.
3° Beaux-arts.
3°Gulture morale et physique.
4° Industrie (arts et métiers) .
5° Commerce et transport.
(Objets) :
Vérité.
Vérité et beauté.
Vérité, beauté et
bonté ou bien.
Vérité, beauté,
bontéetutilité.
Vérité , beauté ,
bonté , utilité
et opportunité.
(Sujets) :
Savants.
Artistes.
Maîtres et agriculteurs, etc.
Industriels et artisans.
Marchands agents transport
et de
Il suffît d'ajouter ici quelques explications. Toutes les connaissances peuvent être comprises sous le nom de sagesse 1. Celle-ci, qui est une en Dieu, puisqu'il connaît tout d'un seul regard et par un seul principe, qui est son essence, est multiple en nous, comme le comporte la complexité de notre nature et de nos facultés : elle est à la fois sj^éculative et pratique, elle embrasse toutes les sciences et tous les arts. Nous avons déjà remarqué, en inontrant leurs rapports généraux, que la science et l'art, la spéculation et la pratique ne sont pas rigoureusement séparables dans une classification -\ bien que certaines connaissances doivent être désignées surtout comme des sciences, et d'autres comme des arts. Mais il reste entendu qu'il y a de l'art dans toutes les sciences et de la science dans tous les arts.
Les arts qui touchent de plus près à la science sont les arts libéraux, tels que la poésie et l'éloquence, les belles-lettres. Si leur objet propre est plutôt le beau que le vrai, du moins ce beau est d'ordre intelligible plutôt que sensible et extérieur. C'est pourquoi nous les rangeons avec les sciences proprement dites. Au contraire, les beaux-arts se distinguent nettement des sciences, bien qu'ils les impliquent et en vivent, plus qu'il ne paraît d'abord : rien de plus étroit, par exemple, que les rapports des beaux-arts avec les sciences morales et religieuses. De même l'art de la culture est parfaitement distinct des sciences dont il est d'ailleurs inséparable : ainsi l'éducation suppose toutes les sciences élémentaires ; mais l'art de l'éducateur et surtout son dévouement ne peuvent être remplacés par aucune science ni aucun groupe de sciences. L'agriculture n'est pas non plus la botanique, ni l'élevage la zoologie. Mêmes rapports et mêmes distinctions entre les industries et les sciences physiques ou chimiques dont elles relèvent et dont les progrès les transforment. Leur distinction est telle que