ANATOMIE
nom d'anatomie esthétique à l'étude de l'anatomie au point de vue de l'art et de l'expression. Elle est indispensable au peintre et surtout au sculpteur : de là l'étude minutieuse de Vécorché, celle des muscles, des leviers et de l'agencement de toutes les pièces du squelette. Cette anatomie n'était pas inconnue des artistes grecs, qui l'étudiaient plutôt sur les formes vivantes. A la suite des Egyptiens, ils ont cherché le « canon de la figure humaine », c'est-à-dire à déterminer les proportions les plus justes et les plus belles de toutes les parties du corps. C'est ainsi que la longueur de la tête serait du -•' au 8' par rapport à la hauteur totale du corps. Cette préoccupation fut aussi celle des artistes de la Renaissance. On renonce aujourd'hui à trouver ce canon idéal, qui peut d'ailleurs varier suivant plusieurs types 1.
Les Hindous auraient en des connaissances remarquables en anatomie, dès une époque très reculée (env. 3ooo ans av. J.-C.) : un des auteurs de leurs livres sacrés parle déjà avec détail des principaux organes ; il compte Ooo os. 200 articulations, '400 muscles, 700 vaisseaux, 24 nerfs ; il regarde le sang comme engendré par le chyle. Ces connaissances supposent la dissection. Les connaissances anatomiques des Grecs furent recueillies par Galien ; mais l'anatomie scientifique ne fut créée que mille ans plus tard : elle date du grand traité de Vésale : De corporis hiimani fabrica (i543). Elle fut développée ensuite par Paré, Fallope, Eustache, Harvey, Haller, Bichat -'. Cuvier 3, Geoffroy-Saint-Hilaire. Aujourd'hui toutes les branches de l'anatomie sont cultivées à fond ; les études sont facilitées par le microscope, les planches gravées, la photographie, les moulages en cire, etc.
Vivisection. — La vivisection ou dissection pratiquée sur un animal vivant a pour but de faire mieux observer les phénomènes de la vie, en la surprenant pour ainsi dire dans son plein exercice. La physiologie et la pathologie expérimentales, qui ont contribué grandement au progrès de l'art de guérir, doivent beaucoup à la vivisection. La soutTrance imposée aux animaux a donc profité au soulagement de l'homme. La vivisection n'en soulève pas moins un problème moral. Elle a été condamnée absolument par les uns et permise sans restriction par d'autres. Pour être juste ici, il faut se souvenir que l'animal n'a pas de droit proprement dit, mais que l'homme se doit à lui-môme d'être toujours humain et de ne pas imposer aux animaux des soulTrances inutiles. On n'hésitera donc pas à condanmer la vivisection dans tous les cas où elle n'est pas nécessaire ou sérieusement utile pour l'instruction de l'homme et le progrès des connaissances. Elles ne sera permise que
' Voir plus bas aiilliroponiélrie.
' Anatomie générale appliquée à la physiologie et à la médecine. 1801.
3 Leçons d'anatomie comparée. i8oo-5.
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dans les laboratoires où travaillent des hommes voués à la science et des élèves soucieux de s'instruire. Encore devra-t-on user de tous les moyens raisonnablement possibles pour rendre ces expériences moins cruelles : par exemple, insensibiliser l'animal sur lequel on opère. — C'est en vertu de principes analogues qu'on peut pratiquer, mais toujours avec discrétion et en vue d'un but honnête, la dissection des cadavres. L'homme doit se respecter luimême et respecter son semblable jusque dans la dépouille usée et insensible soumise à son scalpel. Toute opération inutile serait une profanation. A plus forte raison la personne du malade ne doit jamais être prise pour simple sujet d'expérience.
Autopsie. — L'autopsie cadavérique ou nécropsie est une dissection pratiquée sur un sujet pour déterminer la cause de sa mort, le siège de la maladie à laquelle il a succombé, constater s'il y a eu meurtre ou empoisonnement, etc. Les instruments de chirurgie employés à cette opération sont : le scalpel, le bistouri, la pince, le ciseau, le marteau, la scie, etc. Les autopsies et, en général, les dissections sont dangereuses, à cause surtout des piqûres anatomiques, auxquelles on est exposé en maniant le scalpel : elles inoculent facilement des poisons mortels.
Histologie. Cytologie. — Leur objet est l'étude microscopique des tissus et de la structure des êtres vivants. On distingue l'histologie proprement dite et la cytologie. Celle-ci étudie les phénomènes qui se passent à l'intérieur des cellules dont se composent les tissus vivants. Mais il est très difficile d'étudier la cellule à l'état de vie, si ce n'est chez les êtres inférieurs (protozoaires et protophytes), qui sont assez petits et assez transparents pour être examinés au microscope. L'étude de ces êtres rentre dans la microbiologie. On distingue l'histologie animale et l'histologie végétale. Celle-ci est plus facile à pratiquer sur les êtres non microscopiques que la première.
1090. — Anthropologie. — On a désigné par ce mot la science de l'homme soit individuel, soit vivant en société, et considéré au double point de vue physique et moral. C'est ainsi que Broca la définissait : <( l'étude du genre humain considéré dans son ensemble, dans ses détails et dans ses rapports avec le reste de la nature ». Mais, si l'on ne restreint l'anthropologie à l'histoire naturelle de l'homme, en laissant de côté les sciences morales et sociales, il est évident qu'elle absorbera, pour ainsi dire, toutes les connaissances supérieures et qu'elle sera la plus disparate des sciences. Nous conserverons donc à l'anthropologie son caractère distinctif, qui la place parmi les sciences de la nature et en dehors des sciences proprement philosophiques i. Toutefois on ne saurait étudier le phy-
* V. 100 1,1 6. Remarques sur les sciences complexes.
N° 1090. ANTHROPOLOGIE l8l
sique de l'homme sans tenir compte de l'àme raisonnable, ni par conséquent, de la psychologie et de la morale. L'anthropologie a donc des affinités avec ces sciences supérieures; elle en a aussi avec l'histoire et la préhistoire, l'ethnographie, la linguistique, l'archéologie, la géographie, la géologie; elle en a surtout avec l'anatomie. Les questions principales dont elle s'occupe sont les suivantes : origine et antiquité de l'homme, peuplement du globe, classification des races humaines, unité de notre espèce l'examen du monogénisme et du polygénismej, place de l'homme parmi les êtres vivants. D'autres sciences peuvent apporter des lumières décisives sur ces graves questions ; mais l'anthropologie fournit des données utiles à leur solution, quand elle ne les résout pas elle-même du point de vue de l'histoire naturelle. Convenablement traitée, elle ne saurait donc entrer en conflit avec la psychologie spiritualiste ni avec la révélation. Malheureusement plusieurs anthropologues ont paru prendre à tâche de contredire les dogmes de la religion et du spiritualisme ; en particulier, ils ont confondu l'homme moral avec l'homme physique, en ramenant toute l'étude du premier à celle du second. D'après eux, les questions de moralité, de criminalité, etc., seraient des questions de pure anthropologie; toute modification dans le physique correspondrait infailliblement à quelque qualité morale, à quelque vice ou à quelque vertu. De là l'importance de la forme du crâne fdolicocéphalie, brachycéphaliej, de son volume, de sa capacité, de ses saillies ou bosses >. Ces anciennes prétentions de Gall, plus ou moins renouvelées et aggravées encore par des auteurs récents, entre autres par Lombroso, auteur de VHomme criminel, de, commencent à tomber de nouveau dans le discrédit et même dans le ridicule, et il ne reste de cette anthropologie que les conclusions déjà bien connues sur les rapports du physique et du moral. — Citons, parmi les anthro pologues célèbres : le Danois Thomsen, qui, au commencement du XIX* siècle, distinguait, en explorant les vieux tombeaux de son pays, un âge de la pierre, un âge du bronze et un âge du fer ; Boucher de Perthes, Edouard Lartet ; Broca, qui fonda, en 1859, la Société d'anthropologie et contribua à la fondation de l'Ecole d'anthropologie (187(3); De Quatrefages, auteur de l'Espèce humnine, les Pytjniées, etc. Parmi les anthropologues les plus hostiles au spiritualisme, il faut citer le transformiste lljvckel, auteur de V Anthropogénie, ou Histoire de l'évolution humaine (1875).
Anthropométrie. — Depuis que Quételet a publié son traité d'Anlhroponiélrie (187 1), cette connaissance a été regardée comme une sciencedistincte. En pratiquant des mensurations méthodiques, sur un très grand nombre d'hommes pris au hasard, on arrive à déterminer des mesures moyennes, dont les autres paraissent se
' V. cranologie, cranioscopie, loag, 10.
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rapprocher de plus en plus. Il est donc possible de déterminer l'homme moyen, sa taille, la longueur des membres, leur proportion, etc. 1. Ces sortes de recherches ont conduit à une application ingénieuse, due au docteur Bertillon, et à la création d'un service anthropométrique qui a rendu de vrais services à la justice. On l'a généralement adopté à l'étranger. Il permet d'établir un signalement parfait et invariable des personnes suspectes, criminels, récidivistes, etc. Les mensurations dont se compose ce signalement anthropométrique sont les suivantes : i° Longueur de la tête, de la concavité de la racine du nez à l'occiput ; 2° Le diamètre céphalique maximum transverse ; 3° Le diamètre bizygomatique ou distance entre les deux zygomas ; 4° La longueur du médius de la main gauche ; 5° La longueur du pied gauche ; 6° La longueur de la coudée gauche ; 7° La longueur de l'auriculaire ; 8° La hauteur de la taille totale ; 9° La longueur de l'oreille droite ; 10° La hauteur du buste ; 1 1° La grande envergure (les bras étendus) ; 12° La couleur de l'iris gauche, qui comprend sept classes. En supposant qu'il y ait 90.000 individus soumis au signalement et ayant leur dossier, et qu'à chaque mensuration on divise ce nombre ou le nombre restreint en trois groupes (selon la dimension grande ou moyenne ou petite), les derniers groupes ne renfermeront que quelques unités.
Craniométrie. — Cette partie de l'anthropologie traite de la mesure du crâne. On distingue surtout les crânes et les races brachycéphales et dolicocéphales, selon ['indice céphalique. Cet indice est le rapport de la largeur maximum du crâne à sa longueur maximum, celle-ci étant représentée par 100. Si l'indice est 83, la largeur du crâne sera donc les o,83 de sa longueur.
Somaiologie. — Cette partie de l'anthropologie a pour objet l'étude des parties solides du corps. Elle comprend donc l'ostéologie, la myologie, etc.
1091. — Zoologie. — C'est l'une des branches principales de l'histoire naturelle, si l'on divise celle-ci d'après les règnes de la nature. Sinon, l'histoire naturelle se divise plutôt en anatomie et en physiologie. La zoologie est donc plus ou moins étendue que ces dernières sciences, selon le point de vue où l'on se place. Ainsi la zoologie générale comprend Vanatomie et la physiologie comparées. Mais l'anatomie et la physiologie comprennent, par ailleurs, non seulement la zoologie, mais encore la botanique. Maintes fois on peut renouveler des remarques de ce genre. Elles s'appliquent à toutes les classifications, qui peuvent paraître désordonnées ou trop arbitraires, si on les examine superficiellement. On distingue la zoologie en générale, celle dont on vient de parler, et en descrip-
^ V. 1089, anatomie. Canon de la figure humaine.
>° 1091. ZOOLOGIE i83
tive ou zoographie. Celle-ci se divise, selon les ordres d'animaux, en mammalogie (science des mammifèresj, ornithologie (science des oiseaux), erpétologie (reptiles), ichtyologie (poissons), conchyliologie (coquillages), entomologie (insectes), etc. — Parmi les naturalistes célèbres qui ont traité de la zoologie, on peut citer, dans l'antiquité : Aristote, Pline l'Ancien ; et dans les temps modernes : Buffon, Lacépède, Linné, Lamark, Blainvillc, Cuvier, les deux (Jeoffroy-Saint-Hilaire, Darwin, Milne-Edwards, Pouchet.
Empailleur. — On donne ce nom ou mieux celui de naturaliste préparateur à ceux qui pratiquent l'empaillement de divers animaux, de façon à leur conserver leur forme et à préserver de la corruption ce qui reste de leur dépouille. L'art de l'empailleur prend le nom de taxidermie. Il est indispensable pour la formation et le bon état des cabinets d'histoire naturelle.
Paléontologie. — Traitant de tous les fossiles, la paléontologie embrasse une grande partie de l'histoire naturelle et la prolonge dans les temps les plus reculés. Cette science, qui date, pour ainsi dire, des Recherches sur les ossements fossiles, de Cuvier, et qui s'est développée à mesure que les collections s'enrichissaient, permet de reconstituer l'histoire des règnes vivants, et par là même celle des couches du globe, depuis l'apparition de la vie. Parmi les paléontologistes de ce temps, citons Gaudry, auteur des Enchaînements du règne animal dans les temps géologiques, etc. Plusieurs paléontologistes, et M. Gaudry lui-même, ont cherché, dans les fossiles, des arguments en faveur du transformisme, mais ils n'ont trouvé que des vraisemblances ou des probabilités, tantôt favorables et tantôt contraires.
Micrographie. — Les micrographes sont tous ceux qui emploient le microscope pour leurs observations scientifiques. La micrographie a fait faire de grands progrès à l'anatomic, à l'histologie, à l'embryologie, etc. ; de même aussi à la minéralogie. On a pu étudier au microscope des lames de minéraux minces jusqu'à la transparence. Quant au dessin des objets ainsi observés au microscope, il est avantageusement remplacé par la photographie.
Embryologie. — Embryogénie. — L'embryologie a pour objet l'embryogénie, c'est-à-dire la série des formes par lesquelles passent les êtres vivants, depuis l'état d'œuf ou de spore jusqu'à l'état adulte. On distingue : Vembryologie générale, qui étudie ce qui est commun aux transformations individuelles des êtres vivants ; Vembryologie descriptive et Vembryologie comparée. Cette science a servi à réfuter la théorie de la « préformation des germes >. ou de révolution organique, d'après laquelle les formes seraient tirées les unes des autres connue le contenu du contenant. On adopte aujourd'hui, avec plus de raison, la théorie de Vépigénèse.
Tératologie. — Les monstruosités qui se présentent dans l'organisation des êtres vivants, animaux ou plantes, font l'objet de cette