PRÉFACE. IX
demande donc aucun brevet et ne compte pas entrer dans l'exposition technique des procédés que Je me suis efforcé de faire naître et que Je n'ai poussés, peutêtre, qu'à mi-chemin du beau véritable.
Tout en apportant certains sentiments d'art dans la fabrication de mes livres, bien que me complaisant à les exécuter, parfois corps et àme. l'Ecrivain y domine avant loul ; aussi, dans celte dualité de mon être, le décorateur n'est que le piètre valet de l'auleur.
Je déclare dnnc me réjouir grandement de cet à peu près. En voici la raison : — L'illustration nest, en réalité, ([ue la livrée d'un ouvrage. On s'égare dans le luxe du Home et on oublie d'interroger le maître ; on s'extasie sur la correction et la splendeur des parures, et on ne cherche point à reconnaître le caractère ou l'esprit de celui cjui les porte ou les fait porter. Le texte n'est plus qu'un prétexte et cela est odieux, vil, misérable et indigne de satisfaire à la fierté d'un artiste. — Ici, il me conviendra d'être arrogant, de compter ironiquement mes fidèles, de connaître le petit nombre de ceux c/ui sont susceptibles de passer par-dessus les médiocrités d'un procédé d'illustration pour me témoigner de leur sympathie directe. — Moins nombreux seront ceux-ci, plus grands Je les estimerai; aux autres. Joyeusement Je crierai : Aime:- Son Altesse pour ellemême, ou passez au large !
Pour moi, Je l'avouerai sans détour — dut-on
sourire de celle nrdeiir c/"égolisme — j'nime ce livre nveuglémenl enlre tous ceux quej'.ii conçus, car non seulemenl il forme la synthèse de mes opuscules divers, mais mieux encore il représente une victoire de la volonté sur l'inertie d'un dégoût qui semblait invincible. — Je l'aime en raison de sa mauvaise venue et du forceps cfui a violenté sa mise au jour; Je l'aime pour t.ius les haut-de-cœur dont J'ai marqué son incubation; Je l'aime et espère en lui pour en avoir sombrement désespéré, pour m'étre rendu boudeur à son endroit durant de longs mois, pour l'avoir abandonné, repris, rejeté de nouveau ; Je l'aime, en un mot, dans le rayonnement d'idéal oii Je l'avais placé et d'où J'ai dû le descendre humainement , n ayant pu le parfaire à mon gré dans sa trinité du visible, du sensible et du spirituel.
J'ai voulu dans cet ouvrage envisager l'histoire psychologique de la femme française, depuis le moyen âge Juscju'à l'heure présente, et, pour défendre cette étude contre la sécheresse de l'érudition et la pédanterie du philologue, pour la faire plus vivante, plus variée, plus originale, plus typique, je me suis efforcé de lui donner différents caractères très précis, selon l'esprit des siècles que Je traversais. — Chaque chapitre reflète, pour ainsi dire, l'atmosphère et respire dans l'air ambiant du temps littéraire cjue J'ai tenté d'évoquer. Dans un même petit cadre étroit. J'ai condensé l'expression d'une époque