SONNA II. L ES
Un gaz tuberculeux, agonisante étoile
Guide, pourtant, des gas qui, du vent dans la voile
Tanguant sur le pavé, ronds comme le galet,
La cervelle en dérive et l’écoutille ouverte, Chantant à pleins poumons, vont à la découverte Du dernier cabaret.
Le voici — clignôttant, derrière un rideau rouge, Son douteux lumignon, ainsi qu’un œil de bouge Dont le patron — ruffian — suppute le profit Que lui pourront laisser ces pochards en bordée; Qu’ils crèvent !... si d’écusleur poche est bien bondée Cela seul lui suffit.
Chantez, les matelots ! Sautez, les maritornes !
Le punch flambe bleuâtre et les bourses s’écornent Ah ! l’atmosphère est riche en parfums pestilents ; Les vapeurs de l’alcool, le nuage des pipes,
Les senteurs du goudron qui sature les nippes,
Et d’ignobles relents.
Dans l’air, vont se croisant de rudes reparties ; Eros fait grimacer les faces abruties,
L’alcool flambe toujours: whisky, cognac ou rhum ; Sur les genoux nerveux, les filles débraillées, Chair et cheveux au vent, tombent dépoitraillées, Anges du spéculum.
Et dans ce hourvari, sur quelque mot immonde, La rixe éclate enfin ; furieuse, elle gronde ;
Des poings fermés frappent l'enclume des seins nus; Bous quelque coup de boxe un nez s’auréolise,
On se roule, on se mord, meme une lame incise Des lutteurs inconnus.
C’est, dans l’obscurité la bataille anonyme,
Dont les héros naïfs, d’un grotesque sublime S’assomment vaillamment pour s’embrasser après. Il faut bien après tout que le marin s’amuse Et s’il a quelque peu démoli la cambuse,
Il en paiera les frais.
Le combat est fini, le sang couleur cerise Macule certains nez. Mais, bah ! cela dégrise On se serre la main ; des hourras solennels Cimentent l’amitié qu’on arrose avec culte. Et les braves auteurs de ce dernier tumulte S’endorment fraternels.
TOILES
La Peinture 1 huile.
C’est pas diflleile ;
Mais c’est bien plus beau Qu’la peinture à l'eau.
Scie illustre.
Y-avait un nommé Raphaël Aujourd’hui-z-établi-z-au Ciel, Y-avait un nommé Michel Ange, Egalement parti chez les Anges, Ces deux grands peintres de talent Travaillaient dans le bâtiment.
Corot, Courbet, l)iaz et Vernet Alors n’étaient pas encor nés.
Bonnat, Chartran et Carolus, Quant Millet sonna l’Angelus Firent une drôle de poire,
Même Bérand, peintre d’Histoire, Le Gouvernement, paternel.
Fit annoncer à l'Officiel A tous les peintres distingués Qu’il les avait tous décorés.
Prélude à une Histoire de la Décoration Picturale
Un Roybet
La main sur sa rapière, un grand Keitre à panache, l)e satins chatoyants fièrement s'enharnache Soudard, il guerroya des Flandres au Maroc.
Un hanap fait invite à sa moustache en croc.
Ln Moine près de lui, glabre et gras sous le froc Sourit dévotement au flacon de Grenache Rutilant entre eux deux. — Le Moine et le Bravache boni frères en Bacchus. Pour mieux humer le broc
Gourmands, dont le gosier du bon vin s’amourache Tout au fond du cellier sombre, leur soif se cache Entre les lourds piliers ouvragés à plein roc.
On sent — tant leur regard sur le flacon s’attache Que l’homme au goupillon et l’homme à la rondache Vont trinquer vaillamment jusques au chant du coq.
TOILES
Un Hofaëlli
Paysage couleur de boue,
Où la bise d'hiver se joue, Arbres désolés et chétifs,
Ciel qu’aucune étoile ne troue ; A l’horizon gris, le9 fortifs.
Sous la brume puante, opaque, Les pieds ballants dans le cloaque D’une mare aux reflets terreux, Sans vergogne aucune bivaque Un couple navrant et lépreux.
En additionnant leur âge,
Ils ont cent ans et davantage. — L’arithmétique peu leur chaut ;
On dit que l'amour n’a pas d’àge ; Ils ont ventre vide et cœur chaud.
Avec leur face simiesque,
Leur geste falot et burlesque — Quel dur travail les disloqua ?
Ils semblent bons à mettre en fresque Dans quelque macabre polka.
Callot les eut trouvés splendides Ces débris en haillons sordides, Ces sublimes déguenillés, Vertumne et Pomone invalides Par l’amour à jamais liés.
Ils aiment !... Rien ne les dérange, Chacun d’eux voit en l’autre un ange La nuit met un rideau discret Sur le Roméo de la fange Et la Juliette du crochet.
TOILES Un. A. Boudin Enfants sur la Plage
Ah ! qu’ils sont jolis nos marmots, Sur la plage, en claires toilettes !
On dirait des Coquelicots Des Bleuets et des Violettes.
Leurs costumes de matelots.
Leur donnent 1 air crâne des mousses.
Comme il en pleut des bons bécots Sur leurs adorables frimousses î