SÉVIGNÉ
Marquise aux blonds cheveux, j'adore ton volume : Ton siècle, à chaque page, y revit tout entier. Dans ce livre sans art, ou plutôt sans métier, L'étincelle de vie à tout propos s'allume.
Ouvrier de l'airain, forge sur ton enclume! Phidias, prends le marbre et taille ce quartier! Rien ne vaut pour la gloire un morceau de papier Sur lequel a couru quelque légère plume.
De ces enchantements vous eûtes le secret.
Marquise aux blonds cheveux, marquise au fin sourire!
Vous preniez tout au vol et fixiez tout d'un trait.
Pour évoquer un monde, il suffit de vous lire : Tel nom resté fameux, sans vous qui le saurait? Pour le rendre immortel, vous n'eûtes qu'à l'écrire.
EUGENIE DE GUERLN
Et toi, je t'aime aussi, vaillante et noble liUe, Dont un vent de province effeuilla tous les jours, Toi qui, dans un désert, ange de ta famille, Vécus obscurément sans joie et sans amours.
Tu veillais au repas, devant l'àtre qui brille ; Aux plus pauvres que toi tu portais un secours; Puis la plume courait, la plume après l'aiguille, Four que les soirs d'iiiver fussent un peu plus courts.
Tu songeais à ton frère, ô belle âme chrétienne, A ce frère adoré que Paris t'avait pris; Tu souhaitais la gloire à ses jeunes écrits :
0 Dieu bon, disais-tu, permette/ qu'il l'obtienne! Qui t'aurait dit alors que sa gloire à Paris S'effacerait devant la tienne !