‹ Sonnets capricieuxChapitre 169 sur 259 · VERS TROIS HEURES DU MATIN · texte numérisé non relu

VERS TROIS HEURES DU MATIN

J'ai dans mes souvenirs une terrible image, Un lion qu'on m'avait, tout enfant, mené voir : A force de tourner, de tourner dans sa cage. Il en avait poli le plancher de bois noir.

Sur ce bois tout ciré, le prisonnier sauvage Ne pouvait se tenir sans glisser et sans choir; Il essayait pourtant, il allait avec rage, Et, retombant toujours, grondait de désespoir.

Ce malheureux lion, c'est ma propre pensée : Dans mes nuits d'insomnie et de fièvre insensée. Piétinant mon cerveau qui s'échauffe et qui bout,

Elle tourne, elle tourne, et voilà qu'elle glisse; Et, luttant, mais en vain, contre l'affreux supplice, Ma tremblante raison ne se tient plus debout!

Page 1