LE CYGNE
Au bord du grand bassin où le jet d'eau ruisselle, Où le cygne en nageant trace un sillon léger, Elle émiettait son pain, et donnait à manger Au grand oiseau royal qui frémissait de l'aile.
Trouvant l'occasion bonne à se rengorger, Il venait, s'éloignait et revenait fidèle. Vers elle, à tout moment, je le voyais nager; Je l'estimais heureux, tant je la trouvais belle!
L'œil noir, les cheveux blonds, le sourire hautain, C'était une Léda sous l'ombrelle de soie, Qui riait à l'oiseau de son rire argentin.
Mais, quand elle eut fini de lui jeter sa proie, L'oiseau, ne bougeant plus, resta dans le lointain, Et je dis à Léda : « Ce cygne n'est qu'une oie! »
241 SONNETS CAPRICIKUX.