‹ Sonnets capricieuxChapitre 63 sur 259 · LE LENDEMAIN DU PARTAGE · texte numérisé non relu

LE LENDEMAIN DU PARTAGE

Gracchus a promulgué ses lois égalitaires. C'est fini : le niveau sur tous vient de passer. On a fait entre tous le partage des terres, Une motte à chacun qu'il doit ensemencer.

Il n'est plus d'avocats, il n'est plus de notaires. Messieurs les tapissiers n'ont plus à tapisser ; Messieurs les serruriers, encor moins nécessaires, N'ont plus rien à fermer, rien à cadenasser.

Il faut vivre pourtant, c'est la loi la plus vraie ; Il faut creuser le sol d'une première raie. Je cherche une charrue et même du fumier ;

Ma casquette à la main, mendiant maigre et jaune, Je demande une avance à mon ancien fermier, Et mon ancien fermier me demande l'aumône!

Abordons ce vieillard, c'est un sublime esprit, Il nous expliquera le mystère des àges; Aucun n'a plus que lui fréquenté les vieux sages, Et mieux que ce docteur pas un ne les comprit.

Pytliagore et Bouddha sont pour lui sans nuages; Il sait le grec, l'hébreu, l'allemand, le sanscrit; De Locke et de Leibnitz il cite des passages. Et parle abondamment, comme un père conscrit.

Il résume , en un mot, la sagesse suprême ; Mais tout son prix n'est pas dans ce vaste savoir; Des grâces sont en lui, qu'il estime et qu'il aime :

Lorsque, dans les salons, il rencontre un miroir,

Il s'arrête et sourit, satisfait de s'y voir;

C'est le mol de Platon : « Se connaître soi-même 1 »

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