Valets d'armée
Nunqiiam hene tiita tyrannisa.
(Le tyran n'est jamais en sûreté.)
Le courtisan Damoclès, assis à la table et en face de Denys le Tyran, qui lui a cédé sa place, aperçoit avec terreur, au-dessus de sa tête, une épée suspendue par un simple crin de cheval.
Jamais, jamais la tyrannie N'est d'asseurance assez munie.
Jugc-tu bien heureux le roy fier et haultain
Sur qui pendille à nud, pendant qu'il est à table.
Entre les mets friands, un glaive redoutable, Soustenu seulement d'un filet incertain:'
Tel est le triste estât du tyran inhumain
(lui na rien d'asseuré, de jidelle et de stable, A qui tout fait effroy, tout est espouvanîable, Et qui mesme tous jours de la mort est prochain.
Prince, veux-tu régner sans soupçon et sans crainte. Ne donne à tes sujects occasion de plainte. Ne leurs oste leurs biens, leurs femmes, leurs honneur.
Crains sur tout d'estre craint ; la peur sçait mieux esteindre L'amitié que la mort, et le fascheux seigneur Qui de beaucoup est craint beaucoup degcnts doit craindre .
1 . Le même sujet a été traité par Denys Le Bey de Batilly dans ses Emblemata latina, dessinés par J.-B. Boissard, antiquaire et poète bisontin, et gravés par Théodore de Bry. Francfort, iSçS, in-4, p. 9 I .
ytetus est pUna lyrannis.
Damoclès à table avec Denys le Tyran, etc.
Assenlalorem petiso Dyonisio ense Circunsicnl regem quanta piricula docti.
Si bonus est, positis vivet securior armis ; Si malus, iftsfanti est proximus exitio.
Q^iio altior, eo fœdior.
(Plus il est haut, plus il paraît difforme ei sale.)
Un singe, en présence d'un gentilhomme (Clériadus de Vergy ?), qui le regarde grimper sur un oranger (?) chargé de fruits.
Plus le singe se guindé ' en hault El plus il monstre son deffaut.
Quand plus le singe en hault se hausse, guindé et monte Pour n'estre recongneut si difforme et si laid. Pour n'estre recongneut si hcste comme il est. Plus il monstre le cul et descourre sa honte.
L'ignorant qui se prise et d'autruy ne fait compte A beau vestir, myîhré, l'habit du violet *, S'encourtiner de pourpre, et, l'hermine au collet, Monstrer qu'en dignité ses esgaux il surmonte,
Il est toujours soy-mesmc, et, plus il monte en hault. Plus aux yeux d'un chacun il fait voir son deffaui. Plus il va descouvrant sa grossière ignorance.
Heureux le magistrat qui rencontre ccluy Qui le veut exercer, si plein de suffisance Qu'en lu\ faisant honneur il en reçoit de luy.