Vient à bout
Hic CLipit, ilk fugit-
(Celui-ci convoite, celui-là abandonne.)
Un ruisseau, au milieu duquel se trouve une nasse qui retient un gros poisson et où d'autres poissons voudraient entrer.
De plus en plus le monde empire, L'un fait ce que l'autre désire.
Ces poissons que tu vois visiter par monceaux Leurs compagnons enclos en ceste large tonne Trouvent de ces captifs la condition bonne Et voudraient bien se rendre en leurs mesmes vaisseaux.
Les autres, regrettant la liberté des eaux,
Voudr oient estre en franchise, et, sans craindre personne, Eslargis du tonneau qui leurs corps emprisonne, Comme les autres font, nager par les ruisseaux.
Il en va tout de mcsme au fait du mariage : Tel n'est encor entré en ce plaisant servage Qiii voudrait voluntier y vivre et demeurer.
Au contraire de ceux qui, lassés du mesnage, Ayant peines long temps en ce doux esclavage, N'ont autre affection que de s'en retirer.
Semper redit unde recedit.
( Elle revieni toujours à son point de départ.)
Une roue de moulin.
L'homme icy-bas séjourne
Et toujours en (erre il retorne.
La roue » du moulin tournoyé incessamment. Soit qu'elle roule à vuidc ou le grain escartelle,. Mais elle est sur le soir en mesme place et telle Qu'elle estait le matin à son commencement.
Tousjours en action, tousjours en mouvement. Ambitieux mondain, or sur or amoncelle, Brigue les grands cstats, emplis ton escarcelle Et mets en tes thresorts ton seul contentement.
En fin tu cognoistras, pauvre ame vagabonde, Qu'en cest estât premier que tu nacquis au monde Sur la fin de tes jours tu te retrouveras.
Tu viens au monde nud, et, quoy que tu te peines A courir, à vener * les richesses mondaines. Du monde, pauvre et nud, mourant tu sortiras.
1. Ce mot représente deux syllabes, c'est-à-dire que l'e muet doit être prononcé.