RONSARD
XTJII
Genévres hérissez, et vous Houx espineux.
L'un hoste des déserts, et l'autre d'un bocage: Lierre, le tapis d'un bel antre sauvage, [neux : Sources qui bouillonnez d'un surgeon sablon-
Pigeons qui vous baisez d'un baiser savoureux, Tourtres qui lamentez d'un éternel vefvage, Rossignols ramagers, qui d'un plaisant langage Nuict et jour rechantez vos versets amoureux :
Vous à la gorge rouge estrangere Arondelle, Si vous voyez aller ma Nymphe en ce Printemps Pour cueillir des bouquets par cestc herbe nou-
[velle,
Dites luy pour néant que sa grâce j'attens, [elle, Et que pour ne souffrir le mal que j'ay pour J'ay mieux aimé mourir que languir si long temps
Celle, de qui l'Amour vainquit la fantaisie, Que Jupiter conceut sous un Cygne emprunté : Ceste sœur des Jumeaux, qui fist par sa beauté Opposer toute Europe aux forces de l'Asie,
Disoit à son mirouer, quand elle vit saisie
Sa face de vieillesse et de hideuseté :
Que mes premiers Maris insensez ont esté
De s'armer pour jouyr d'une chair si moisie !
Dieux, vous estes jaloux et pleins de cruauté ! Des dames sans retour s'en-vole la beauté : Aux serpens tous les ans vous ostez la vieillesse.
Ainsi disoit Hélène en remirant son teint.
Cest exemple est pour vous : cueillez vostre jeu-
[nesse.
Quand on perd son Avril, en Octobre on s'en
[plaint.
lia! que je suis marrv que la mort nous desrobe Celuv qui le premier me fistvoir ton attrait : Je le vy de si loin, que la poincte du trait Demeura sans entrer dans les plis de ma robe.
Mais ayant de plus près entendu ta parole, Et veu ton œil ardent, qui de moy m'a distrait, Au cœur tomba la flèche avecque ton portrait, Mais plustost le portrait de ce Dieu qui m'affole.
Esblouv de ta veuc, où l'Amour fait son ny,
Claire comme un Soleil en flames infiny.
Je n'osois t'abordcr, craignant de plus ne \ivre.
Je fu trois mois rétif : mais l'Archer qui me vit, Si bien à coups de traits ma crainte poursuint, Que battu de son arc m'a f«ircé de te suivre.