SOPHIE, LE MARQUIS DE MONNIER, LE COMTE DE MIRABEAU
LE MARQUIS
Passez donc... passez donc, mon cher Mirabeau, ne suis-je pas chez moi ?...
MIRABEAt'.
Puisque vous l'exigez...
LE MAHQms.
Entre amis, doit-on faire tant de façons?
MIRABEAV.
Vraiment, monsieur le marquis, vous me comblez, (d ta marquise.) Madame , j'ai l'honneur de vous offrir mon re.spect.
LE MARQUIS
Bonjour, ma chère amie, toujours adorable.
SOPHIE
Est-ce que M. de Mirabeau était sorti avec vous, monsieur
LE MARQCIS.
Non,... il n'a pas voulu m'accompagner ; il avait à écrire, m'a-t-il dit... Ecrire ! toujours écrire !... c'est le seul défaut que je lui connaisse.
MIRABEAT).
Vous êtes trop bon, monsieur le marquis.
LE MARQUIS
Non, c'est vrai, vous écrivez trop; c'est mal pour un homme de naissance... M. de Buffon est dans le même cas... Il faut laisser ce mince talent ;i ceux qui en font leur métier..., un Rousseau..,, un Diderot... ; mais chez nous l'esprit est une dépense que nous ne devrions jamais nous permettre : c'est trop petites gens.
On peut bien cependant chercher un auxiliaire contre l'ennui.
LE MARQUIS
Ne vous est-il pas loisible de causer avec moi toute la journée? L'appartement de madame la marquise est-il jamais fermé pour vous ?
Je craindrais d'abuser...
LE MARQUIS
Mais si nous avons un reproche ù vous faire, c'est de trop rester chez vous... N'est-ce pas, ma chère amie , que la compagnie de M. le comte de Mirabeau ne vous est pas désagréable ?
SOPHIE
Je croyais l'avoir prouvé à monsieur.
LE M4RQIIIS, d Mirabeau.
Vous comprenez ? C'est un reproche;on vous en veut... allons : il faut vous justifier, ou je vous garantis une bonne querelle...
UN DOMESTIQUE, entrant, Mathieu Laurent , le fermier de 31. le marquis est ià.
LE MARQl'IS.
C'est bien, j'y vais : je vous laisse faire votre paix avec ma femme : vous aurez de la peine , je vous en préviens : nous avons le caractère boudeur, oh! mais, boudeur...; j'ensuis souvent la victime... le soir surtout.
SOPHIE
Monsieur!
MIRABEAU , à par^ Sa confiance me donnerait presque des remords.
LE MARQUIS , à sa femme.
Il ne faut pas rougir pour cela, ma chère amie... Eh! mon Dieu, c'est si naturel! s'il n'y avait pas de querelles dans un ménage à quoi sei virait de se marier? Au moins, ça vous sort de cet état de calme et de quiétude qui, sans cela, serait trop monotone.
Air : Ma sœur et moi dans un naufrage. Je sors, car mon fermier, je pense, Vient pour m'apporter de l'argent :
{^au comte.)
Vous, tâchez que sur votre offense Descende un pardon indulgent.
Désormais , auprès de madame.
Je veux vous trouver constamment :
Mieux vous serez avec ma femme, Moi, plus je serai content.
{Il sort.)