‹ Sophie et Mirabeau, ou, 1773 et 1789Chapitre 7 sur 42 · SOPHIE, SAINT-MAURIS · texte numérisé non relu

SOPHIE, SAINT-MAURIS

SAiNT-MAURis, d part.

Elle est seule, à merveille! Madame, [Sophie lui rend son salut.) M. le marquis de Monnier...

SOPHIE , vivement.

Il est dans son appartement ... je vais lefaire appeler. (£//« 5^ dirige vers la table pour sonner.)

sAiNT-MAxjRis , L'arrêtant.

De grâce, madame, j'attendrai patiemment auprès de vous l'arrivée de M. de Monnier.

SOPHIE , troublée.

Monsieur...

SAINT-MAURIS

[ci part.) Les instans sont précieux, [haut. ) On vous a remis une lettre de ma part, madame?

SOPHIE

Monsieur le comte ..

SAIM-MAVniS.

On vous l'a remise... et vous l'avez lue...

SOPHIE

Si j'eusse su ce qu'elle renfermait...

SAINT-MAURI9

Enfin vous l'avez lue, c'est l'essentiel. Permettez-moi de m'armer de cet aveu, pour vous peindre mes sentimens. SOPHIE, avec dignité.

Monsieur, vous oubliez ma position.

SAINT-MAURIS

Aussi n'est-ce pas \x madame la marquise de Monnier, qui mérite tout mon respect, que je m'adresse, mais à l'amie de M. de Mirabeau.

SOPHIE

Celte distinclion...

SAINT-MATJRI^.

Explique ma démarche. Veuillez m'enlendre. Accueilli dan.s cette maison avec bonté par i>l. de Monnier, avec bienveillance par V0U5, madame, je ne pus, à votre aspect , résister a l'amour : mais cet amour, je devais le combattre. Il me semblait, quelque chagrin, que je dusse en ressentir, que vous entretenir d'un sentiment que vous ne deviez pas entendre , serait vous outrager.

SOPHIE

De grâce...

HAIKT-MACRIS.

Sur ces entrefaites , arriva !>1. de Mirabeau, condamné par lettredecachet à être enfermé dans le fort de Joux II me raconta ses infortunes, me dit ses fautes, ses erreurs: ce récit m'intéressa, je vous en parlai: vous désirâtes connaître le héros de cette longue Odyssée; et moi, confiant dans votre caractère, oubliant que vous étiez femme et que rien n'agit sur votre sexe comme l'aspect du malheur, je cédai à vos désirs. Je n'ai pas besoin de vous dire que je me repens de cette longue condescendance; que !M. de Mirabeau, prisonnier d'état, ne peut demeurer plus long-temps dans cette maison où sa présence compromet à la fois et mes plus chers intérêts et ma responsabilité de commandant; qu'enfin il doit retourner aujourd'hui même dans sa prison.

SOPHIE

Quoi ! vous auriez la cruauté. . .

SAIKT-MATRIS.

Ah! ah! ceci dérange un peu vos plans ordinaires... vous vous étiez fait une douce habitude de cette existence que je veuxbien ne pas qualifier... système commodeet assez en vogue dans notre siècle. Mais si j'ai donné dans le piège, aujourd'hui je prends ma revanche.

SOPHIE

Et de quel droit venez-vous ainsi vous immiscer dans le secret de mes affections : de quel droit jugez-vous aussi sévèrement une conduite qui, après tout, peut n'être qu'inconséquente et point criminelle ? Vous me soupçonnez de l'amour pour M. de Mirabeau; pourquoi nos relations ne seraient-elles pas toutes d'amitié ?

SAINT-M4T7RIS

Oh! une l'emme avec votre beauté et un homme avec une tête comme la sienne...

sopHir.

Monsieur le comte, j'ai eu, jusqu'ici, plus que de la patience; mais enfin elle se l.isse... Vous n'êtes qu'un misérable.

SAINT-MAtJBIS.

Madame !...

SOPHIE

Les discours que vous me tenez, vous n'oseriez les lépéler s'il y avait lA quelqu'un pour les entendre et vous en demander raison.

SAINT-MAURIS

Vous pouvez me soupçonner...

SOPHIE

Il ne fallait pas m'en donner le droit. Air de Turenne.

Votre conduile en ces lieux esl infâme; Mais pour venger mon honneur et mon nom, Quelqu'un est là, si ma voix le réclame.

SAINT-MAURIS

Faites venir cet heureux Célaiion El j'en aurai facilemeul raison.

SOPHIE, avec dédain.

Vous ? vous fuiriez.

SAINT-MAUEIS.

Que dites-vous, madame?

SOPHIE , avec fierlc.

C'est qu'il est brave.

SAINT-MACRIS.

Et qu'en savez-vous ?

SOPHIE , tremblante de colère.

Mais Du moins on ne l'a vu jamais Oser insulter une femme.

Il n'insulte pas une femme.

SAINT-MAORIS

Je vais donc signifier à M. de Mirabeau que ce soir il couchera au fort de Joux.

SOPHIE, un peu. remise.

Ah ! monsieur.

SAINT-MAURIS

Il peut être libre encore, mais à une condition...

SOPHIE, avec colère.

Am : Dans un instant vous viendrez me revoir[àe Mme. Dubarry.) Ce dernier trait Gnit notre entretien : Sortez monsieur, sortez à l'instant même,

l'4 Ou songez l)ien qu'en ma fureur cxlrérae Je ne peux jilus vous répondre de rien.

SAI^T-MAl)Rls, avec un ton de persi/lage. Mais quand je sors de crainte d'un éclat, Sur moi votre mépris s'altaclie.

SOPHIE, avec un mépris concentre.

Ah ! j'ignorais que l'iiabit d'un soldat Pouvait cacher un cœfir de lâche.

Page 1