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CHAPITRE III

La Répartition des industries en France

Répartition de la population active. — Chefs d'établissements et établissements. " — Répartition des établissements industriels d"après leur personnel. — Nombre des ouvriers par établissement. — La grande industrie en France. — Conclusion. Le nombre des patentes.

J'ai déjà montré, dans les observations que j'ai faites sur la répartition des industries d'après le Census des États-Unis, l'importance qu'avait le mode de compter les établissements.

Les Résultats statistiques du Recensement de la population en France de 1901 les confirment.

Le recensement du 24 mars 1901 indique 19 700 000 personnes comme exerçant une profession, soit 50,7 p. 100 de la population totale qui est de 38 901 900. En 1890, la proportion ne s'élevait qu'à 49,3 p. 100.

Pour le sexe masculin, le chiffre est de 1-2 911000, soit 65 p. 100 en 1901 au lieu de 07 p. 100 en 1896; pour le sexe féminin, le chiffre est de 6 805 000, soit 35 p. 100 au lieu de 33 p. 100. Le rapport suppose que cet écart provient de ce qu' « un certain nombre de bulletins avaient échappé au dépouillement » dans le recensement de 1890.

194 l.\ RÉPARTITION DES INDUSTRIES.

Si on se contente du chiffre total, on trouve le résultai suivant :

Chefs d'établissements 4 805 700

Employés et ouvriers 10 655 800

Travailleurs isolés 4121200

Les chefs d'établissements et les travailleurs isolés seraient au nombre de 8 996 900. Ils représenteraient donc 45 p. 100 du total.

Mais dans le chiffre de 10655800 ouvriers H employés sont comprises les personnes qui font partit' de la section 7. intitulée : Professions libérales, et du groupe 9 a, Services de l'État, des départements et des communes. Le président de la République, les sénateurs, les députés, les préfets, directeurs des ministères, des administrations, les ambassadeurs, les magistrats, etc., viennent tous grossir ce chiffre des emploi es el ouvriers mis en regard du chiffre des chefs d'établissements. Ce tableau comprend les instituteurs et les postiers, dontcertains se prétendent de simples salariés. Cependant, leur nombre ne peut être mis en regard de celui des chefs d'établissements, puisqu'ils n'ont de rapport qu'avec l'Etat.

Il est donc inexact de dire qu'il y a, sur 100 personnes occupées à la date du recensement, 26 chefs d'établissements, •'•- employés ououvriers, 22 travailleurs isolés. Le chiffre des professions libérales comprend 100 000 personnes. Le tableau de la page 181 indique que le nombre des travailleurs isolés y es! de 36,54 p. 100. Un médecin, un avocat, un peintre, sont considérés comme des travailleurs Isolés; mais je vois p. 183), dans le tableau <lu personnel des établissements, que les professions libérales représentenl 246 800 personnes, <l<>ni ; ; 500 chefs d'établissements, 167 000 employés, 35000 ouvriers. Ces chiffres auraienl besoin d'explications.

LA RÉPARTITION DES INDUSTRIES EN FRANCE. 19o

Or, je trouve t. IV, p. 124) les chiffres suivants :

Professions libérales 399 800

Services de l'Etat, des départements et des communes. 1 297 500

TOTAI 1 G97 300

Si je déduis ces 1697 300 personnes des 10 655X00 employés et ouvriers de l'agriculture et de l'industrie, je trouve qu'ils sont ramenés au chiffre de s 958 500, c'est-à-dire qu'ils sont 38 600 de moins que les chefs d'établissements et les travailleurs isolés. La proportion est renversée. Aulieud'êtreen minorité, ds sont en majorité. Veut-on déduire des 400 000 personnes appartenant aux professions libérales les 200 000 classées comme employés et ouvriers : nous avons en chiffres ronds un total de 1500 000, et alors nous aurions, du côté des employés et ouvriers 9 155 000, et du coté des chefs d'établissements et des travailleurs isolés, 9 158 000. On peut donc en conclure que ces deux grandes catégories sont à égalité.

Le tableau de la page xix: (t. IV) donne un chiffre de de 4 865 700 pour les chefs d'établissements; c'est à ce chiffre qu'il faut comparer le nombre des salariés et employés, si on veut se rendre compte du rapport de quantité qu'il y a entre eux. Il n'y a pas autant d'établissements qu'il y a de chefs d'établissements. C'est exact. Mais l'économiste et l'homme politique ont besoin d'avoir le chiffre exact dos deux groupes :

D'un côté. . . . 4 865 700 chefs d'établissements. D'un autre. . . 9 15o000 ouvriers et employés.

11 y a donc moins de v2 ouvriers et employés relativement à 1 chef d'établissement.

Il y a •>;» p. loi) d'ouvriers et d'employés, 3S p. 100 de chefs d'établissements.

En 1896, on avait relevé 2 0S3 000 établissements où deux ou plusieurs personnes travaillent en commun. En 1901, ce chiffre aétéporté à 3 185000. Cette augmentation indiquerai! le contraire d'une concentration dMndustries; niais le rapport nous dit qu'elle provienl des « conditions nouvelles du dépouillement qui oui permis de compter beaucoup d'établissements familiaux qui n'avait point été enregistrés en 1896 . Suit.

Le rapport ajoute : « Si on laisse de côté les établissements composés uniquement du mari et de la femme ou d'associés travaillant sans aides, le sens du mouvement se trouve renversé : le chiffre des établissements occupant au moins l ouvrier ressort au chiffre de

i -2,'iii 000 en 1901 au lion de 239001 n 1896; mai-

cette diminution porte sur les établissements de l'agriculture. En isoti, on avait compté, dans les exploitations agricoles, un grand nombre d'enfants de cultivateurs qui, en 1901, ont été laissés en dehors de la population active.

- Dans l'industrie, au contraire, dil le rapport, le nombre des établissements a augmenté.

Mai-, dansée noU\eau tableau p. \i\ . le rapport

supprime tous les établissements qui n'occupent pas d'ouvriers. Or, dans le tableau de la page \\ n. le nombre <\r^ chefs d'établissements a augmenté aussi bien dans l'agriculture que dans l'industrie.

d'établissements.

i9ÔT~ 1896

Agriculture :'. 169200 3086200

Industrie B13 l lu 715000

<: merce 1388 1300

Donc, dan- chacune des ti"i- grandes classes, il y a eu augmentation du nombre des chefs d'établissements.

C'est un phénomène de diffusion et non de concentration.

Les petits établissements qui ne comptent habituellement que les membres de la famille sont un facteur trop important dans la production pour que, si on le supprime, on ait une idée nette de ce phénomène; et de même que pour le Census américain, je signale ici la tendance des services publics de statistique à éliminer 1rs petits établissements. C'est tout naturel. Ils exigent beaucoup de travail.

Le tableau de la page xiv ne contient que les établissements occupant des ouvriers. Il présente un léger recul pour le nombre des établissements agricoles.

Nombre d'établissements

occupant des ouvriers et employés.

Agriculture 1340 000 1484 000

Industrie 616 000 592 600

Commerce 249 000 233 000

Ce mouvement est donc le contraire d'un mouvement de concentration. Le rapport dit: 573000 établissements occupaient de 1 à "20 ouvriers ou employés en 1896, on en compte 594 000 en 1901; le nombre des établissements de 21 à 100 ouvriers s'est élevé de 15583 à 17 570, et celui des grands établissements occupant plus de 100 ouvriers s'est accru de 600 imités, passant de 3668 à 4 268. Sur 100 000 établissements, on en comptait 619 de plus de 100 ouvriers en 1896, on en trouve 693 en 1901.

Dans le commerce, même mouvement : le nombre des petits établissements a augmenté de 231000 à 246000, celui des moyens de 1953 à 2 279, celui des grands de 1 13 à 192. Sur 100 000 établissements ayant des employés, 61 en occupaient plus de 100 en 1896. On en compte 77 en 1901.

Si le nombredes petits établissements avail diminué, on aurait pu on conclure au phénomène de concentration, dans les industries, selon la formule marxiste. Mais, du moment que le nombre des petits établissements a augmenté aussi, on ne doit pas donner ;i ce phénomène le nom de concentration des industries, mais le nom exact de développement des industries.

Si maintenant nous entrons dans des détails, nous trouvons pour l'agriculture p. 131):

■s d'exploitation.

Chefs d'établissements du sexe masculin. . . 2 008000 1822000

Chefs d'établiss. du sexe féminin non mariées 125000 134 1

Travailleurs isolés sauf les journaliers) . . . 1096 000 1293000

Le nombre des chefs d'établissements a augmenté; celui des ouvriers isolés a diminué. Un peut admettre qu'un certain nombre d'ouvriers isolés onl passé dans la première catégorie. C'est « le contraire de la prolétarisation constante des petits propriétaires », qui est un des ailes de foi du socialisme dit scientifique.

Au tome IV des Résultats statistiques i/u Recensement de 1901 on trouve p. 191) la répartition des établissements industriels qod compris les entreprises de transport .

Ces chiffres onl été établis de la manière suivante : L'effectif du personne] des établissements occupant plus (le 5000 ouvriers a éfé déterminé directement pai le recensement. Pour les autres, le chiffre des ouvriers recensés directement et le chiffre des évaluations ne concordent i>a- exactement : le premiei est de 3606000,

le second de 3753000; après l'interpolation, le tolul esl de 3 520800. »

Le rapport poursuit : « On ne pouvail s'attendre à trouver exactement le même nombre. En effet, 3000 établissements industriels n'ont pu être classés : ce sont certainement de petits établissements n'employant fort probablement ensemble pas plus de 15 000 ouvriers. » La première assertion me parait juste, la seconde ne repose sur rien de précis. « De plus, ajoute le rapport, dans l'industrie et le transport se trouvent compris un grand, nombre de manœuvres et de journaliers n'ayant point fait connaître l'établissement qui les occupe et dont une partie travaille sans doute dans l'industrie. »

Il faut ajouter que tous les ouvriers ne travaillent pas constamment dans le même établissement. Ces chiffres se rapportent à des phénomènes constamment variables, tandis que, forcément, ils paraissent fixes.

Mais le chiffre de 3526 000 salariés est inférieur de 506 000 au chiffre de 1 032 000 porté au tableau de la page 188. Dans ce tableau, les chiffres sont poussés jusqu'aux unités. Or une note qui le précède dit qu'on ignore le nombre des ouvriers de 1 1 000 établissements ; et cette note ajoute que ce n'est que par déduction que l'on est arrivé à obtenir le nombre des ouvriers des établissements contenant plus de 10 ouvriers.

Ces observations faites, je reproduis le tableau de la page 191.

Etablissements.

De 0 à 10 ouvriers et employés Dell à 100 — —

De plus de 100 — —

Xombre

d'ouvriers et

employés.

Nombre

d'ouvriers et

employés.

pour cent.

1130800 1134000 ""sT^^^è

D'après ces évaluations, <>(> p. 100 des ouvriers sont occupésdans la petite et la moyenne industrie : it> p. 100 dans la grande. En 1896, il n'y en avait que •'!•>, c'est donc une différence de i p. 100. Mais, d'après le caractère d'incertitude que présentenl ces chiffres, cette différence est insignifiante. Serait-elle absolument rigoureuse, serait-elle plus grande qu'elle ne l'est, qu'il n'en resterait pas moins le l'ait que dans l'industrie 1»' nombre des chefs d'établissements esl de 813 000 en 1901 contre 715 000 en 1906. 11 a donc augmenté.

Le nombre des ouvriers et employés esi de 1507000 contre 3959000 en 1896! Il y a i>i ouvriers contre 10 chefs d'établissements.

Mais si on supprime ceux qui ont déclaré o'avoir pas d'ouvriers, — et ceux qui ont intérêt à faire cette déclaration sont d'autant plus nombreux que la police des lois sur le travail devient plus tracassière, — nous trouvons 616000 établissements (p. I87i; cela donne une moyenne de 63 ouvriers par 10 établissements.

(in trouve ip. L87 un tableau dont les chiffres ne

-'■m pas identiques à ceux fournis a la commission p.wiiiet \i\ ; je prends ceuxde ce tableau parce qu'il esl suivi de la phrase suivante : la' nombre moyen des ouvriers par établissement a augmenté, ce qui est un premier indice de concentration du personnel des établissements. ■• Dans quelle proportion ?

Etablissements. Personnel salarié. Par établissement.

Nombre d'ouvriers.

Agriculture. 1340500 15O000O 2918400 3283600 ^2jT^ÎJ~ Industrie et

transports. (120800 603 200 4308400 3788400 6,9 6,3

Commerce. . 250300 249600 763200 657400 3,0 2,6 Professions

libérales. . 43900 36600 202364 161100 4,6 4,4

Au point de vue du pourcentage, l'augmentation du nombre des ouvriers, ce premier indice de la concen tration, serait en moyenne de 30 ouvriers pour 100 établissements (360 — 330). C'est dans la catégorie Industrie et transports que se rencontre l'augmentation maximum (60 ouvriers pour 100 établissements), tandis que l'Agriculture et les Professions libérales présentent les chiffres minimums (10 et 20 p. 100).

A la page 185, les sous-groupes professionnels, donnant le nombre moyen des employés et ouvriers par établissement occupant au moins 1 employé, sont classés dans le tableau suivant :

Nombre de salariés par établissement.

Métallurgie du fer et de l'acier 689

Mines et minières 477

Établissements industriels de l'État ou des communes. 245

Métallurgie de métaux divers 181

Verrerie 140

Nous tombons immédiatement au-dessous de 100 :

Fabrique du papier 66

Fabrication de la faïence et de la porcelaine . . . 55

Papiers peints, cartes à jouer 47

Industrie cotonniëre et lainière 46

Fabrique de caoutchouc 41

Fabrique de l'alcool et du sucre 39

Teintures, apprêts, blanchiments, impressions. . 38

Instruments de musique en métal 37

Fabrique de gaz d'éclairage, de pétrole. 34

Produits chimiques, explosifs, etc 19 à 25

Pour les autres industries, on trouve 16 et au-dessous.

Ainsi, il n'y a que cinq sous-groupes industriels qui cpmptenl plus de 100 ouvriers par établissement.

A la page isii, se trouve un.- liste des industries indiquant le nombre moyen des ouvriers occupés par établissement, pour les années 1901 et 1896. -Mais il est regrettable qu'à côté du nombre des ouvriers, on ae trouve pas le nombre des établissements.

Mines de bouille 953

Fer blanc 953 698

Hauts fourneaux (première fusion). 701 504

\riéries 687 510

Navires en fer 'i-'4 llo

Si le nombre des établissements a diminué entre les deux recensements, alors on pourra dire qu'il y a eu concentration. Si leur nombre a augmenté, il y a eu développement de l'industrie.

Aussitôt après ces cinq industries,. on tombe à un chiffre d'ouvriers inférieur à 500. <>n en trouve 18 ayant un nombre supérieur à 200. Il y a en tout 53 sous-groupes industriels comptant plus de loo ouvriers. Il es! regrettable que le même tableau n'indique pas le nombre d'établissements qu'ils représentent. Nous savons seulement, d'après le tableau qui suit (p. 187), que le nombre des établissements industriels ayant plus de too ouvriers se répartit de la manière suivante :

Nombre Proportion

d'établissements, l'our 10000

De 201 à 500. . . I 342 ! 158 22 19

li,. 501 a I 000 . . 340 300 6

De 1001 a 2000. . . 141 107 2

De 2001 à 5000. . . i6

Plus de 5000. ... 1* 13

Ainsi le nombre «le tous ces établissements ;i augmenté, ce qui est une preuve non de la concentration mais du développement de l'industrie.

On voit en même temps quelle faible part représente la grande industrie en France. On a été obligé d'élever à 10 000 1c chiffre absolu pour obtenir des unités; el on n'y est pas arrivé pour les établissements au-dessus de 2000 ouvriers.

Quant aux petits établissements ne comptant que 1 ouvrier, qui auraient dû disparaître, ils ont passé de 200800 à 318300, soit de 4900 sur 10000 à 5100. ce qui prouve un mouvement en sens exactement contraire à celui de la prolétarisation. Le développement de la grande industrie n'a pas tué l'esprit d'entreprise et d'initiative de l'ouvrier capable de s'établir.

Pour le commerce, nous trouvons le même phénomène :

Nombre d'établissements.

Proportion pour 10 000.

1901 lfe9

De 101 à 200. .

De 201 à 500. .

De 501 à 1000. .

De 1001 â2000. .

De 2001 à 5000. .

Plus de 5 000. .

fi '■>

A la page 197, un tableau indique quel est le personnel salarié occupé dans les différents groupes d'indus trie proprement dite, avec la fraction de ce personnel occupé dans les petits établissements.

Dans ce tableau, il n'y a que six sous-groupes industriels dans lesquels les ouvriers employés dans des établissements comptant un personnel de plus de 100 personnes sont en majorité :

LA KÉPAIUiTIo.N DES INDUSTRIES.

Nombre

.Nombre total

des salariés compris dans

des

les établissement^ occupant plus

salariés

de loo personnes (évaluation .

Mines et minières . . .

I ndustries chimiques. .

Caoutchouc, papier . .

Industries textiles. . .

Métallurgie

::<:;oo

Céramique el verrerie.

Ce personnel s'élève à859 000 sur un total de 1 317 000 ouvriers ' employés dans les établissements occupant plus de 100 ouvriers, soit 63 p. 100. I »u voit a quel petil nombre de groupes est limitée la grande industrie donl la majorité des ouvriers est employée dans des établissements au-dessus de 100 ouvriers.

\ la page \-lx. un tableau donne l'importance relative des divers groupes qui comprennent la population industrielle pour 10000 personnes de la population active.

Voici la proportion de ces industries :

Mines el minières.

Industries chimiques Caoutchouc, papier, industries textiles .

Métallurgie

Céramique el verrer

lus

1 Dana le tableau de la page 191, ce chiffre est de I

LA RÉPARTITION DES INDUSTRIES EN FRANCE. 20.'i

Ces établissements, qui représentent, en France, la grande industrie par destination, ne comptent donc qu'un peu plus du cinquième des salariés; et leur importance relative a diminué de 1896 à 1901, parce qu'il y a eu diminution dans les industries textiles.

Mais si on en retranche les industries textiles, on trouve :

Ainsi le personnel de ces grandes industries a augmenté seulement de 85 pour 10 000, moins de 1 p. 100.

Il compte dans l'ensemble des industries pour moins du dixième, 7,84 p. 100.

Cette importance relative a un côté factice et un côté positif :

Un côté factice, car le développement de certaines de ces industries, ayant été provoqué parla protection, est artificiel ;

Un côté positif, car non seulement les besoins généraux n'ont pas cessé de se développer, mais en outre l'industrie métallurgique a reçu une grande impulsion du traitement des minerais de Briey, le caoutchouc de l'automobilisme, et ces établissements exigent de grandes installations et un nombreux personnel.

Tous les résultats statistiques du recensement de 1901 en France indiquent non pas le phénomène de concentration qui impliquerait la diminution des établissements industriels, mais le phénomène du développement et de l'expansion de l'industrie.

Le nombre des patentes contirme ces résultats. En

1822, il était de 955000; malgré tes radiations don! plusieurs lois "iit l'ail bénéficier les petits patentés, il était en 1 869 de 1 775 000, il «Hait en 1904 de 1 784 000 et en 1905 de 1 791 000 II s'élève lentement, mais il no subit pas de recul ; et on ne peut attribuer cette augmentation à un grand développement de la population.

1. Définition de l'entreprise. — 2. Nombre des entreprises et du personnel. — 3. Grandes et petites industries.

Pour la Belgique, je prends mes renseignements dans le Recensement général des industries et des métiers (analyse des volumes IV et V). M. L. Mardi en a fait déjà, en 1902, à la Société de statistique, une analyse à laquelle j'emprunte ce début:

La principale unité du recensement belge est Y entreprise industrielle, mais la définition de l'entreprise est un peu différente de celle adoptée en France pour Y établissement, lors du recensement de 1896.

En France, l'établissement est défini par un groupe de personnes travaillant en commun, par le nom ou la raison sociale, par l'existence d'un siège dans une localitée déterminée. Un établissement peut comprendre, par exemple, une filature et un tissage réunis sous la direction d'un même patron, dans une même localité. Pour les auteurs de la statistique belge, le tissage et la filature rassemblés dans un même bâtiment ou dans des bâtiments contigus constituent une entreprise multiple ou complexe comprenant deux divisions d'en-

treprise ou deux exploitations. Si un industriel possède des établissements non contigus, dans différentes parties d'une ville nu du pays, on compte autant d'entreprises distinctes.

On comptait en Belgique au mois d'octobre 189ti non compris les ateliers de l'Etal :

326 080 entreprises en activité, 1130U entreprises en chômage soit 3.3 p. L00 .

Les 32(i 089 entreprises et divisions d'entreprises en activité se répartissaient de la façon suivante :

1" -23\ 420, soit 70,91 p. 100, entreprises exploitées pardes patrons ou des sociétés :

2° 94334, suit 28.93 p. 100, entreprises appartenant à L'industrie à domicile :

3* 335, suit 0,10, installations louées par des ouvriers dans des ateliers publics '.

La population occupée dans les industries et métiers compte 1 102000 personnes.

Les employeurs fabriquant dans leurs établissements sont au nombre de 232500

Les employeurs faisant fabriquer au dehors. ■"■ 100

T i m . . . . 237900 -ii 21 p. 100 Nombre des salariés 864200 ou 79 p. 100

i. <in appelle ainsi les établisse nts où '!<■- ouvriers travail

tant i façon, ■-"il seuls, soit avec des membres de leur famille ou des ouvriers salariés, trouvent a louer une place el le plus Bouvent «le la force motrice.

Les salariés se répartissent de la manière suivante :

a. Directeurs, gérants, ingénieurs, surveillants,

employés 39100

A. Ouvriers d'usines, ateliers, mines, etc. . . . 671607

c. Ouvriers travaillant à domicile 101 100 •

(/. Intermédiaires de l'industrie à domicile . . 1300

e. .Membres de la famille des exploitants comme

ouvriers 50600

f. Ouvriers travaillant en ateliers publics. . . . 366

Les entreprises exploitées par des particuliers ou des sociétés de personnes sont au nombre de 324 000 : celles exploitées par des sociétés par actions sont au nombre de 2 000.

L'analyse du recensement fait deux catégories :

1# Industrie proprement dite : a. Entreprises individuelles ou exploitées par des sociétés de fait ou en nom collectif. . . 229 400 ou 99,13 1,. b. Sociétés par actions et coopératives. . 2 000 ou 0,87 j 2' Industrie à domicile ou en ateliers publics, entreprises individuelles ou sociétés coopératives 94 600 ou 99,99 ) fl

Sociétés coopératives Sou 0,01 \

Dans les deux groupes d'industrie, la presque totalité des entreprises sont individuelles ou constituées en association de fait ou de personnes.

Le nombre des sociétés par actions est de 1 854, mais elles emploient 278200 salariés sur 664000 l, soit 41,90 p. 100 du total des ouvriers de l'industrie proprement dite.

Si on défalque l'industrie houillère, dont presque tous les ouvriers sont occupés par des sociétés par actions, ce nombre tombe à 164 000 sur 547 000.

L'industrie minière (fond et surface réunis) comprend

1. Ce chiffre est un peu au-dessous de celui donné ci-dessus.

115 800 ouvriers dont 97,48 p. 100 occupés par des sociétés par actions.

Nous trouvons ensuite les industries dont les entreprises en sociétés par actions occupenl entre "5 el 100 p. 100 du personnel ouvrier total :

Rapport p. 100

Entreprises en sociétés par actions. Nombre au

d'ouvriors personnel total.

Filatures de lin 13 300 97,21

Puddlage et laminage 11700 93,37

Verreries à vitro 9 700 77,19

Ateliers de construction de matériel de chemin de Ter S 200 93,92

Gobeletteries, cristalleries ... 7800 91,35 Chemins de fer exploitation et

voie et travaux réunis .... ">000 99. 68

Fabriques de zinc 4 990 91.08

Aciéries 4 100 cj;.:^

Chem de fervicinaux, tramways. 2700 98.113

Fours à coke 2300 98,09

Usines à gaz (y compris les services extérieurs 2 100

Il y a ensuite huit industries au-dessous de 2 000 el au-dessus de 1 000 ouvriers, trois au-dessus de 500, six an-dessus de loi».

On parle beaucoup des sociétés coopératives de production belges. Elles sont au nombre de it>~ el n'occupent que 2 100 ouvriers dont 660 dans la boulangerie et 611 ila us des entreprises de chargement el de déchargement. Ces dernières sont en réalité des sociétés commerciales de travail.

D;ui> l'industrie proprement dite, non compris l'industrie à domicile et en ateliers publics, "ii compte, sur 231 120 entreprises el divisions d'entreprises, 160 100, -"il 69,32 p. 100, plus des deux tiers appartenant .i la très petite industrie. Dans L4 500, un ou

plusieurs chefs d'établissements travaillent sans l'aide d'aucun ouvrier, membre ou non de leur famille.

Dans 17 800 entreprises et divisions d'entreprises (7,71 p. 100), un chef d'établissement ou plusieurs chefs d'établissements associés travaillent avec un ou plusieurs membres de leur famille, 1res généralement leurs enfants.

Sur les 231 -400 entreprises et divisions d'entreprises, il n'y en a que 70 900, soit moins du tiers, qui occupent au moins un ouvrier proprement dit.

H est difficile de trouver pour la petite industrie un critérium qui convienne à toutes les branches de fabrication : un moulin à farine comptant 7 ou 8 ouvriers n'appartient plus à la petite industrie, tandis qu'un tissage n'occupant qu'une dizaine d'ouvriers doit y être rangé.

La direction du Recensement belge a pris comme critérium empirique le chiffre de 4 ouvriers et au-dessous : 55 000 entreprises (soit 23,76 p. 100) ou le quart de l'ensemble des entreprises occupant au moins 1 ouvrier sont dans ce cas. Elles représentent un total de 90 000 ouvriers, soit en moyenne moins de 2 ouvriers par entreprise ou division d'entreprise.

Les couturiers, tailleurs, cordonniers, menuisiers, charpentiers, boulangers, maréchaux ferrants, serruriers-poêliers, maçons, peintres, charrons, couvreurs, plombiers, lingères, modistes, etc., tous ces métiers rentrent dans la petite industrie et même, pour une forte proportion, dans la très petite industrie.

En Belgique, on compte dans la moyenne industrie

les établissements occupant inclusivement de 5 à i9 ouvriers ; ils sont au nombre de 13 830, soit 6 p. 100 de l'ensemble; ils représentent 173 000 ouvriers, suit eD moyenne 12,5 par établissement ou w2tj p. lOOde l'ensemble des ouvriers.

La moyenne industrie comprend les entreprises de maçonnerie. de brasserie el malterie, de construction, deftnenuiserie et de charpente, de confection pour vêtements de femmes, de carrières, de fonderies et d'ateliers do constructions métalliques, etc.

De 50 à 499 ouvriers, la grande industrie comptes 000 établissements, représentant une population ouvrière de 29a 000, soil U(i ouvriers par entreprise ou divisioo d'entreprise. Sur un total de 664 000 ouvriers occupés dans l'industrie proprement dite, il y ena donc -2!»3 000, soit 44 p. 100, occupés dans la grande industrie.

Dans l'industrie houillère, sur 115 sud ouvriers, il y en a 86 000 faisant partie de ce groupe de la grande industrie. Si on le défalque, on trouve 209 000 ouvriers, qui représentent 1 12 ouvriers par entreprise el :io,78p. Km de l'ensemble des ouvriers.

Ces grandes entreprises comprennent le même cuir d'industries que nous avons trouvées aux États-Unis et en France : métallurgie • ■! constructions métalliques, filatures.

La très grande industrie comprend 133 établissements comptant plus de 500 ouvriers, soit un total de 100 000 ouvriers, ou i:; p. ioo de L'ensemble des ouvriers. Sur ce chiffre, 30000, près du tiers, appartiennent a 16 mines de houille, 8 600 a 7 filatures de lin, 6 300 à 9 fabriques de fer, 5 000 a ti verreries a vitres, .. uDii -, 2 gobeletteries <■! cristalleries.

mu luo ouvriers, il y en a ; ; occupés dan- la grande industrie el 15 dans la très grande industrie, -oit :>>> -m 100.

En unifiant par supputation les entreprises multiples, le rapport arrive au résultat suivant (p. 23) :

Nombre réel Nombre

des entreprises. d'ouvriers.

Très petite et petite industrie (0, i. 2, 3, 4 ouvr.l. . . . 211 "00 au lieu de 215400 92 000 au lieu de 95000

Moyenne industrie

(15 à 49 ou vr.). . 13000 — 13800 162000 — 172700

Grande industrie (50

à 499 ouvr.^. . . 1456 — 2 000 250 000 — 295 000

Très grande industrie (500 ouvr.et plus). 184 — 133 160 000 — 100 000

Il y aurait ainsi 24 p. 100, soit le quart de l'ensemble des ouvriers occupés dans la très grande industrie.

Cela tient au caractère de l'industrie de la Belgique : mines, constructions métalliques, filatures et tissages.

Voici comment se classe cette population :

Chefs d'établissements 232500

Directeurs et employés 37 800

Membres de la famille deschefs d'établis. 34400

Entreprises à domicile 87 200

Ateliers publics 330

Ouvriers de l'industrie proprement dite. 664 000 — à domicile . . . 14000

J'ai mis dans le même groupe que les chefs d'établissements, les directeurs, contremaîtres, employés, parce que les ouvriers considèrent que leurs intérêts sont distincts des leurs.

Nous avons donc d'un côté 71 p. 100 de salariés contre 29 p. 100 de chefs d'établissement et employés.

214 LA RÉPARTITION DEs INDUSTRIES.

soit un peu plus de 3 salariés pour 1 chef d'établissement.

La très petite industrie représente plus de. . . 70 p. 400 La petite industrie (4 ouvriers et au-dessous. . 23 —

Il faut y ajouter l'industrie à domicile. La grande industrie n'a donc pas plus étouffé la petite en Belgique qu'elle ne l'a étoutfée aux Etats-Unis el en France.

Les faits ne ratifient, dans aucun de ces (mis pays, la théorie de la concentration des industries émise par Karl Marx.

J'ai demandé à la session de l'Institut international de statistique, qui s'est tenue à Copenhague, au moi-* d'août 1907, que le mot concentration ne fût employé, dans le langage statistique, que pour désigner une diminution absolue et relative dans le nombre des établissements agricoles, industriels, commerciaux, financiers, corrélative à un accroissement de l'activité globale de la catégorie à laquelle ils appartiennent. Ce vœu a été renvoyé à la commission du Vocabulaire <h lu statistique qui a été nommée dans cette session

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