L EXPLOITATION DE LA PEUR
qui savent mettre à profit les forces que leurs adversaires leur donnent, en croyant les désarmer.
Le Confédéré. — Vous ne pouvez pas le leur reprocher.
M. Faubert. — Je ne le leur reproche pas. C'est leur droit; mais je crois qu'ils se font des illusions en essayant de terroriser la bourgeoisie. M. Georges Sorel dit : « L'expérience montre que la bourgeoisie se laisse facilement dépouiller. «Quels faits pourrait-il invoquer à l'appui de cette assertion? Quand il s'agit, au contraire, de défendre cette propriété à laquelle « la démocratie tient par toutes ses fibres », selon la propre expression de M. Jaurès, elle montre une énergie qui ne s'est jamais démentie. Il n'y a point de nuit du 4 août au compte de la bourgeoisie.
Le Confédéré. — La question ne se pose pas de la même manière.
M. Fauberl. — En effet.
Le Confédéré. — Mais nierez-vous la peur que labourgeoisie a eue l'année dernière à propos du Ier mai? Estce qu'il n'y avait pas des gens qui avaient fait des provisions, d'autres qui étaient partis?
M . Faubert. — Soit : mais cela prouve que ces gens manquaient de confiance dans le gouvernement. Ils ne croyaient pas qu'il saurait remplir sa première fonction : assurer la sécurité intérieure. Le gouvernement a pris quelques mesures, et si des bourgeois s'étaient sauvés, les soldats de l'armée de la Confédération du Travail sont restés cbez eux. Ils ne me paraissent pas avoir été beaucoup plus braves.
Le Confédéré. — Pouvez-vous nior la facilité de la bourgeoisie à prendre peur? Voyez ce qui vient de se passer pour la variole. Je lis dans le Progrès médical du 30 mars :
« Depuis cinq ans, il n'y avait jamais eu à Paris
moins de cas de variole : s'il faut en croire la Statistique municipale uf'/iciellc, on a constata' dans les dernières semaines S cas et 12 cas, au lieu de la moyenne 20. D'où vient donc cette étrange panique, qui secoue le peuple parisien, et fait la fortune des Instituts vaccinogènes ? »
De quelques articles de journaux, aussitôt on a pri> peur, on a fait des queues dans les établissements. Entre elles, les dames ne parlaient que de leur vaccin et regardaient avec méfiance quiconque n'avait pas partagé leur terreur. On peut tout oser avec des gens qui commencent par se laisser émouvoir, sans se renseigner.
M. Faubert. — Stendhal l'a dit depuis longtemps : <- La peur n'est pas dans le danger. Elle est en nous.
Le Confédéré. — Il ne s'agit donc que de l'inspirer. Voyez ce que nous avons déjà pu faire avec la céruse. ce que l'on est en train de faire pour l'absinthe. Croyezvous que tous les Parisiens n'auront pas la colique le jour qu'ils seront convaincus que les ouvriers boulangers font du sabotage dans leurs fournils?
M. Faubert. — Mais vous venez vous-même de dire : «Tous les Parisiens. » La peur n'est donc pas l'apanage du bourgeois. Croyez-vous que les membres de la Bourse du Travail et leurs femmes "lit eu moins peur de (a variole que les bourgeois ? La peur n'est pas un privilège capitaliste.
Le Confédéré. — L'ouvrier a 'a rien à perdre.
M. Faubert. — Détrompez-vous. C'est lui qui a le plus à perdre. Le gros multimillionnaire placera ses capitaux à l'étranger, s'ils sont menacés, el il s'j transportera lui-même, s'il ne sent passa personne en sûreté. Il ne commanditera plus des industries en France el H v fera moins de dépenses. Selon le mot de Cobden, le> salaires montent quand deux patrons courenl apr - on