SAINT-SIMON
perdre Monsieur, frère du Koi, Monseigneur le Dur d'Angoulême, qu'elle perde en même temps tous les grands officiers de la couronne, tous les ministres d'Etat, tous les conseillers d'Etat, (eus les préfets, tous les juges, etc. » ,
Saint-Simon ne tenait pas compte des produits immatériels qu'assure un bon ministre, un bon administrateur, un bon magistrat. S'ils disparaissent, on se trouve dans un état d'anarchie, qui compromet ou détruit l'action et les travaux des cinquante hommes de génie donl Saint-Simon avait fait rémunération auparavant.
Ce qu'il faut voir dans cette conception c'est une protestation contre le rôle prépondérant des grands seigneurs, des militaires, des prélats, clans les affaires publiques. 11 comprenait que plus nous irions et plus le centre de gravité de la puissance se déplacerait. Mais par une étrange naïveté politique, il veut faire un parlement, représentatif des intérêts, composé d'industriels ; et malgré l'expérience du passé il se ligure ipie ces industriels n'essaieront pas défaire prévaloir leurs intérêts respectifs, au détriment de l'intérêt général, Sa devise, « tout pour l'industrie » a un côté juste et un côté faux : un côté' juste, car il a prévu que la civilisation de guerrière deviendrait de plus en plus productive; un côté faux, car il faisait de l'industrie une fin à elle-même. Il ne voyait que le producteur, et il oubliait que sans le consommateur le producteur n'a pas de raison d'être. Dans sa conception politique, il ne se doutait pas que s'il remettait tous les pouvoirs aux producteurs, ils en abuseraient : et comment ne s'apercevait-il pas qu'il constituait une nouvelle ca9te, un ordre privilégié au détriment précisément des plus nombreux et des plus pauvres?
Il avait défini la politique •• la science même de la
5i LES THÉORIES SOCIALIS1 I 5.
production », mais en même i «-mps, il disait : « Le gouvernement nuit toujours à l'industrie quand il se mêle do la marche do ses affaires : il nuit même quand il l'ail des efforts pour l'encourager : d'où il suit que les gouvernements doivent borner leurs soins à préserver l'industrie de toutes espèces de troubles et de contrariétés '.
Mais alors pourquoi fonder « le parlement industriel » dont il a tracé le plan dans V Organisateur a ?
Il est vrai que, dans la conception de Saint-Simon, le gouvernement ne doit être que l'exécuteur d'une opinion consciente.. 11 l'ail la parabole suivante : La caravane dit : menez-nous où nous serons le mieux : ou elle dit : menez-nous à la Mecque. Dans le premier cas; elle s'en remel au conducteur; dans le second cas, elle indique nettemenl au conducteur ce qu'elle veul el elle acquiert par cela même le droit de contrôle sur la direction qu'il lui donne, il es! évident que l'opinion n'a d'action effective et utile sur les affaires publiques que si elle a un objet délini.
Saint-Simon ne faisait que continuer les philosophes du xvui" siècle et répéter Condorcet en disant que l'âge d'or est devant nous el non derrière. Mais il surchargeait ses pressentiments économiques d'aspirations religieuses. Dans son Nouveau Christianisme 1835), il répétait le précepte de Jésus : Umez-vous les uns les autres : aimez votre prochain comme vous-même.» Mais la tradition de l'Eglise j est contraire. Il - \ subs titueen déclarant que « le meilleur théologien est celui qui l'ait les applications les plus générales du principe fondamental de la morale divine, qu'il est le véritable pape, qu'il parle au nom >\<' Dieu ».
Aiii-^i inspiré, il affirme ■ que la religion doil dirigei