‹ Sophismes socialistes et faits économiquesChapitre 44 sur 223 · LA COMMISSION DU LUXEMBOURG · texte numérisé non relu

LA COMMISSION DU LUXEMBOURG

fous les citoyens ! C'était la proclamation du droil au travail '. Louis Blanc avait exigé d'abord un ministère du progrès, il finit par accepter une « commission de gouvernement pour les travailleurs », dont il serait le président et Albert le vice-président. Elle fut installée le 1°'" mars et se composa de cent cinquante ou deux cents ouvriers, plus ou moins délégués d'euxmêmes. Louis Blanc, débordé dès la première beure, faisait des phrases d'une inconscience prodigieuse, comme celle-ci : « Nous avons assumé la redoutable responsabilité de régler le bonheur de toutes les familles de France. » En même temps, le gouvernement provisoire rendait le décret publié dans le .Moniteur officiel le 9 mars : « Article premier. — Lajournéede travail est diminuée d'une heure. En conséquence, à Paris, où elle était de onze heures, elle est réduite à dix, et en province, où elle avait été jusqu'ici de douze heures, elle es réduite à onze. Art. 2. — L'exploitation des ouvriers par des sous-entrepreneurs ou marchandage est abolie. »

Un décret du S mars ordonnait d'établir dans chaque mairie un bureau gratuit de renseignements de placement. Cette mesure resta sur le papier, et il ne pouvait en être autrement.

Quant aux autres décrets, ils provoquèrent des récriminations et des conflits. Mais ils ne pouvaient être utiles aux ouvriers qui avaient besoin, non de loisirs. mais de travail. Des députations se multipliaient au Luxembourg, toutes formulant des griefs plus ou moins réels el proposant des remèdes chimériques.

Le 10 mars eut lieu une seconde réunion générale qui devait être composée autant que possible de trois

1. Voir, outre les histoires spéciales, {'Histoire des classes oui>rtères,par Levasseur ',1789-1870;, t. II, p. MZetQ.Ca.hen, Annales de l'École libre des Sciences politiques, 1897.

délégués par profession. Louis Blanc leur dit : ■• J'allais donc me trouver au milieu de ces travailleurs donl le sort avait été l'objet de mes préoccupations. J'allais pouvoir travailler au milieu d'eux... Oui, j'en conviens, j'ai eu un moment d'immense orgueil. Si c'est un tort, pardonnez-le-moi : c'est le bonheur de ma vie. » Ces flagorneries sentimentales provoquèrent une ovation. Les délégués tirèrent au sort des membres destinés à former un comité permanent. Les industriels furent invités à en former un autre, mais la seule présence de Louis Blanc ne pouvait leur inspirer qu'une méfiance justiliée. Louis Blanc avait annoncé la suppression du travail dans les prisons et les couvents. Mais rien n'aboutissait. Le 28 mars, les boulangers se "mirent en grève. Louis Blanc rédigea un tari t de salaire que la préfecture de police publia sous forme d'arrêté. Les divers métiers s'adressèrent au Luxembourg. Louis Blanc intervenait. Les industriels effrayés cédaient. Louis Blanc était acclamé et porté en triomphe, comme à l'usine Derosne et Cail. Mais les ouvriers dr> papiers peints, les chapeliers, quinze jours après avoir accepté un tarif, se mettaient en grève el allaient aux ateliers nationaux.

Louis Blanc rêvait d'organisé] les associations ouvrières qu'il avait réclamées; il en organisa trois : celle des tailleurs, celle des selliers, celle des passementiers pour des fournitures à l'armée.

Le 20 mars, Louis Blanc exposa son plan. Ces sociétés seraient fondées sur le point d'honneur du travail. Les salaires seraient égaux. Puisque les patrons se déclaraient ruinés, ils devaient s'empresser de vendre leurs établissements à l'Étal qui ',Mir donnerait en retour • des obligations portant intérêts et hypothèques sur la valeur même des établissements cédés». Il niellai! ainsi les instruments de travail aux main- dés ouvriers.

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