CHAPITRE VII
Le Principe marxiste et les petites Propriétés
L'idéal de la production collective et le paysan. — Lafargue et Guesde reniant le programme du congrès du Havre— Protestation d'Engels. — Liebknecht etBebel abjurent la doctrine collectiviste. — Réquisitoires de Schippel et Kautsky. —Transaction peu rassurante. — Les variations de M. Jauri -
Les marxistes les plus purs ont montré le sans-g«'ne avec lequel ils mettent de côté leurs « doctrines scientifiques » quand elles les gênent.
M. "Werner Sombart posait la question dans ces termes : « Doit-ou faire subir à l'idéal de la production! collective, qui repose sur la grande production, des alirrations de principe à l'usage des paysans? p. I 18.
Le programme du congrès du Havre de 1880; rédigé par Karl Marx, proclame - le retour à la collectivité de tous les moyens de production ». Mais trois ans après, Guesde, qui avait lait adopter ce programme, Paul Lafargue, ]<■ gendre de Karl Marx qui l'avail présenté, l'abandonnèrent, le considérant comme gênant au point de vue politique el partirent à la conquête du petit propriétaire. « Leparti socialiste; disaient-ils, bien loin de lui enlever son champ, le lui garantira. Oubliant que Karl Marx a'avail cessé de répéter que la société ae peul Être améliorée que par la destruction de la pro-
LE PRINCIPE MARXISTE ET LES PETITES PROPRIÉTÉS. loi
priété privée », ils faisaient voter en 189:2, au congrès de Marseille, un programme agraire, hast'" sur la petite propriété. Circonstance aggravante, Liebknecht assistait et prenait part à cette palinodie. Elle indigna Engels qui écrivit : « La petite propriété doit être nécessairement ruinée, anéantie par le développement du capital. Si on veut maintenir la petite propriété d'une façon permanente, on sacrifie le principe, on devient réactionnaire1 ». Il reprochait aux socialistes français de se donner une apparence de déloyauté en ayant l'air de promettre aux paysans ce qu'ils ne pouvaient leur donner. Bebel proclamait que « si le paysan avait la prétention de demeurer propriétaire, il n'avait qu'à passer dans le camp des antisémites ». Cependant, le parti socialiste allemand avait décidé une grande enquête, à la suite de laquelle il publia, le 16 juillet 1895. un programme qui « n'avait rien de commun avec l'abolition de la propriété individuelle et aurait, au contraire, pour effet d'améliorer la condition des propriétaires ruraux ». Au congrès de Breslau, la question se posa. Pour Bebel comme pour Liebknecht, les considérations politiques l'emportèrent : ils abandonnèrent la propriété collective en faveur de la petite propriété du paysan. Ils furent combattus par Kautsky et le Dr Schippel. Ceux-ci dirent : « Est-ce que le programme d'Erfurt ne déclare pas que la petite propriété est vouée à la ruine, et vous en promettez l'extension et la continuité à ceux qui la possèdent! » M'"e Zetkin s'écria: « L'intérêt du parti exige que les paysans se prolétarisent quelque douloureuse que soit l'opération pour eux. Puisque Marx a démontré que. d'après \ xoi fatale de l'évolution capitaliste, la destinée du paysan est de descendre les (.lirions de la misère, pourquoi lui donner des doses fortifiantes? »