‹ Sophonisbe, tragėdie en quatre acts, en versChapitre 10 sur 20 · MASSINISSA, NARBAL · texte numérisé non relu

MASSINISSA, NARBAL

NARBAL

Eh bien, après ce coup incroyable, inouï,

Et dont ainsi que moi vous êtes ébloui,

Seigneur, vous plaindrez-vous toujours de la fortune t

Sa faveur m'épouvante, elle m'est importune.

J'ai dépassé le but, je ne l'ai pas atteint.

Je sers, à mon insu, quelque immense destin.

Tout, dans mon aventure, est trop grand pour un homme.

Croyant agir pour moi, j'ai travaillé pour Home.

NARBAL

Conquérir, en deux mois, deux Etats importants. Vous auriez pu plus mal employer votre temps!

MASSINISSA

Que j'abandonnerais mes royaumes sans peine, Pour revivre les jours, où, simple capitaine. Sans suite, dans Carthage, en riant, je rentrais. Que l'existence alors avait pour moi d'attraits!

NARBAL

Je ne puis que sourire à des mélancolies, Qu'un autre, en cet instant, taxerait de folies.

MASSINISSA

Oh! tu peux l'appeler du nom que tu voudras.

C'est cet amour, pourtant, qui dirigea mon bras. Et crois-tu donc vraiment, si j'ai, toi qui me railles, Couru tant de périls, forcé tant de murailles. Si j'ai tant intrigué, si j'ai tant combattu. Que c'ait été calcul, que c'ait été vertu.

Que c'ait été l'espoir de gagner un royaume, Moi, que contenterait une hutte de chaume!

Non, non, de tels motifs n'auraient pu me mouvoir. Si j'ai fait tout cela, c'était pour la revoir! Me voici, maintenant, au seuil de sa demeure. Maître de son destin, hélas! maître de l'heure. Fit ])ourtant plus ému, i)lus tremblant que jamais, N'osant plus me montrer à celle (|ue j aimais.

NARBAL

Qui? Sophonisbe? Elle est maintenant votre esclave.

MASSINISSA

Ah ! sans doute, elle va croire que je la brave. Dans tout ce que j'ai fait, je n'ai su que trahir. Hélas! son noble cœur ne peut que me haïr.

rS

NARBAL

Seigneur, vous reverrez bientôt votre princesse, Mais, eu la revoyant, songez que le temps presse. Vous devez, comme moi, connaître les Romains. On ne retire pas aisément de leurs mains Les illustres captifs, que leur livre la guerre. Leur magnanimité ne me rassure guère.

Et s'ils vous donnent des royaumes, cependant. C'est pour que vous les leur gardiez, en attendant. Lorsqu'ils se sentiront de force à les reprendre. Ils vous inviteront poliment à les rendre.

Pour la reine, ils voudront l'emmener. Scipion Veut, par un très grand coup, frapper l'oi)inion. Il a, pour rétablir son prestige qui croule.

Besoin que son triomphe éblouisse la foule.

Et par son éclat même objige le Sénat A lui conférer plus de pouvoirs qu'il n'en a. Songez à l'effet sur Rome républicaine.

De monarques déchus, qu'après son char on traîne. Il n'est vil plébéien qui ne peiise avoir droit, En l'insultant, à s'estimer plus grand qu'un roi. On me dit que Syphax est mort. Je m'en étonne. Comment ne s'est-on pas saisi de sa personne? Quels stupides soldats ont pu faire le coup?

Ce procédé ne leur ressemble pas beaucoup.

MASSINISSA

Penses-tu qu'ils voudraient me faire cette offense, A moi, leur compagnon de lutte?

NARBAL

Je le pense.

MASSINISSA

Au nom de l'amitié, j'irai les supplier.

NARBAL

Ils vous conseilleront doucement d'oublier.

MASSINISSA

Je leur raconterai notre cruelle histoire.

NARBAL

Vous parlerez d'amour, ils parleront de gloire.

Scipion, Lélius...

MASSINISSA

NARBAL

Sont des hommes charmante, Mais chez qui le devoir prime les sentiments. Vous parlez, eux et vous, des langues étrangères Et la leur ne fournit que syllabes légères Qui laissent dans l'esprit comme un doute moqueur, Pour exprimer nos plus grandes peines de cœur.

C'est assez torturer mon cœur qui déjà saigne. Vois la reine, Narbal, dis-lui qu'elle me plaigne. Que son regret m'a fait l'allié des Romains, Que j'ai, pour la revoir, fait beaucoup de chemins, Et que pourtant je pars et pour jamais loin d'elle, Victorieux, désespéré, toujours fidèle Et n'attendant plus rien...

Entre Sophonisbe. Narbal se retire discrètement pour revenir à la fin de la scène.

LA PETITE ILLUSTRATION

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