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belle manière. Elle se faisait pendre, rouer et surtout crucifier.
C'est encore une forme qu'on observe chez les hystériques d'aujourd'hui en dehors de toute idée religieuse. — Leur contracture, à la période de l'attaque oii ce phénomène pathologique apparaît, prend souvent celte forme; on en trouvera de nombreux exemples dans \ Iconographie photographique de la Salpêtrière; j'en extrais un dessin, copié sur le cliché original, pris lui-même sur une fille qui n'avait aucune pratique religieuse.
Les supplices qu'inventent les malheureuses convulsionnaires sont d'une variété infinie, je suis forcé d'abréger : « Une jeune fille de vingt-deux à vingt-trois ans étant appuyée contre la muraille, un homme des plus robustes prenait un chenet pesant, dit-on, vingt-cinq à trente livres, et lui en déchargeait, de toute sa force, plusieurs coups toujours dans le ventre. On en a compté quelquefois jusqu'à cent et plus. Un frère lui en ayant donné un jour soixante, essaya contre un mur, et l'on assure qu'au vingtcinquième coup il y fit une ouverture. »
Catherine Turpin se fait donner sur le ventre de grands coups d'une bûche en chêne ; la petite Aubigan redresse son pied bot à grand renfort d'un battoir de lavandière. Sœur Jeanne Moler se fait enfoncer une clef énorme dans l'abdomen. Sœur Gabrielle Moler se fait appuyer sur la même région avec deux grandes pelles au tranchant très-aigu ; elle dirige elle-même un pilon de fer dont deux frères secouristes lui donnent des centaines de coups sur le ventre; avec les Sœurs Dinah, Félicité et Madeleine elle se fait enfoncer des épées dans les chairs, et le sang ne coule pas !
Tenons compte des exagérations inouïes dont est empreint le livre de Carré de Montgeron, et nous reconnaîtrons encore nos hystériques anesthésiques, et ravies de se mettre en scène et d'étonner le public.
Les conversions et les miracles allèrent toujours en diminuant à partir de 1740. Le Roi, fatigué du bruit que l'on faisait, résolut
de mettre fin à l'épidémie et fit enfermer à l'hôpital les plus célèbres des acrobates et leurs acolytes. Le conseiller Carré de Montgeron, qui lui avait dédié les trois grands volumes dont nous venons de faire l'analyse , Carré de Montgeron fut mis à la Bastille.
Néanmoins il y eut encore quelques représentations secrètes, mais, devenues moins éclatantes, elles produisirent de moins en moins de contagion, et en 1762 les derniers miracles eurent lieu. Les jansénistes n'avaient plus d'adhérents, et leurs ennemis les Jésuites venaient d'être expulsés de France par Louis XV. Le combat finissait faute de combattants.
Le dix-huitième siècle n'était pourtant pas encore délivré. Nous allons le retrouver aux prises avec le magnétisme.
En terminant cette histoire des miracles de Saint-Médard , on nous permettra peut-être une réflexion.
Ne semble -t-il pas que notre pauvre humanité tourne dans un cercle vicieux? Il n'y a plus aujourd'hui de convulsionnaires, ailleurs que dans nos hôpitaux : mais les prodiges durent encore, il serait facile de trouver tel endroit où véritablement les ])aralijsies, les anhyloses, les hydropisies guérissent comme par enchantement. Là comme au tombeau du diacre pénitent on voit nombre de béquilles abandonnées. Là aussi la foule pousse des cris d'admiration.
Cent cinquante ans de travaux et de découvertes scientifiques n'ont rien changé. Une partie de la société est revenue aux vieilles erreurs qui lui plaisent et la flattent. Ce sera fatalement notre sort toutes les fois que nous abandonnerons les voies de la science et de la raison.