‹ Sotileza, romanChapitre 12 sur 48 · DE LA MA RUCA A SAINT-MARTIN · texte numérisé non relu

DE LA MA RUCA A SAINT-MARTIN

Encore une fois, le pavillon de la Montagnarde salua, et encore une fois recommencèrent à se croiser les vivats, les hourras et les coups de chapeau entre les gens clu bord et ceux de la terre. Puis, comme si le navire lui-même avait participé aux sentiments qui faisaient battre tant de poitrines, avec un craquement de toute sa membrure il enfonça les couets dans l'eau jusqu'à éclabousser les ancres déjà préparées sur le capon et le bossoir et s'inclina sur le côté de bâbord, laissant de l'autre à découvert au-dessus des lueurs des vagues toute une étraque de cuivre étineelant.

Dans cette position élégante, bercé sur le lit d'écume qu'il soulevait, il glissa au large du rocher, doubla en un instant l'écueil des Trois-Sœurs; ensuite ses grandes voiles se carguèrent, puis ce fut le tour des huniers, des focs et des perroquets, et peu après, au cri sonore et maie de « fond » ! qui se fit entendre nettement sur le pont, une ancre tomba dans l'eau et l'on perçut le bruit rude des chaînons, lorsque glissèrent par l'écubier plus de quarante brasses de chaîne. Et la corvette ailée, après une forte secousse, resta immobile sur les eaux tranquilles du mouillage de la Osa, comme un cheval de race arrêté net par son cavalier au plus fort de sa course.

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