Bassin communiquant avec la mer et recevant le trop-plein
de la marée.
CHRYSALIDES. 9
quel cabaret avez-vous déjeuné ensemble et quel rôle ai -je à jouer dans ces aventures?
— C'est la petite de la rue Haute, répondit très sérieux celui que le prêtre avait appelé Andresillo.
— Je le saurai, cuerno! Voilà trois fois qu'on me le dit. Et puis après?
— Je la connais du Môle-aux-Navires, continua André. Elle y descend presque tous les jours. Je ne savais pas l'histoire de la Maruca.... Mais maintenant queje la sais!... » et il adressa à Muergo un geste de menace. « Eux aussi je les connais.
— Du Môle-aux-Navires? demanda frère Apollinaire sans l'ombre d'étonnement.
— Oui, monsieur, répondit Andresillo. Ils y vont très souvent.
— Et lui à la Maruca, ajouta Guarin.
— Pesie du vaurien, pour ce qu'il y gagne.... Mais venons au fait. Il résulte de vos paroles que cette enfant est de la rue Haute, et que toi et la petite, malgré vos mines différentes, vous..., vous faites bien la paire... Et quoi déplus?
— Que ce matin le guetteur a prévenu ma mère que la Montagnarde était en vue..., et j'ai quitté la maison pour aller à Saint-Martin la voir entrer..., et je suis arrivé au Môle-aux-Navires.
— Au Môle-aux-Navires!... Vous n'habitez donc plus dans la rue de San-Francisco?
— Si, monsieur.
— - Eh bien! tu prenais un bon chemin pour aller à Saint-Martin !
— J'allais voir si Cuco y était et voulait m'accompagner.
— Cuco! Tu es aussi l'ami de Cuco, de ce pirate mal élevé et grossier qui me chante des couplets indécents dès qu'il m'aperçoit de loin? Peste du vaurien!
— Je n'entends jamais ces choses.... C'est vrai qu'il est un peu mauvais, mais il ne fait tort à personne. Il va dans le bateau du Castrejo 1 et m'apprend à ramer, à piquer
1. C'est-à-dire l'habitant de Castro, port voisin de Santander.
des têtes et des plats-culs, à faire la planche et à rester droit dans l'eau.
Oui, el à rafler les cigares de ton père pour l'en régaler; à Paire l'école bùissonnière, à te mêler aux batailles..., sans compter beaucoup de choses que je ne dis pas... Ton père se ferail du bon sang si en entrant aujourd'hui avec sa corvette il le voyait sur les rochers de Saint- Mail in en compagnie d'un si illustre eamarade! Cuerno de recuerno ! »
André devin! rouge et dit m baissant légèrement látete: < \<>n. je ne lais rien de cela, Père Pollinaire.
Gomme si lu allais me faire ta confession maintenant! reprit le frère avec beaucoup de flegme. Mais à moi de ces choses! mon petil André... Enfin nous reparlerons de cela • la ns une meilleure occasion. Pour le moment, continue ton histoire. Que t'a dit Cuco au Môle-aux-Navires?
— Cuco, je ne Tai pas vu, parce qu'il conduisait des messieurs en bateau. Mais elle, elle mangeait un morceau de pain que des calfats lui avaient donné par charité, et elle me dil qu'elle avait dormi cette nuit dans une barque, parce qu'on l'avait chassée de la maison.
— Et pourquoi ?
— Parce qu'elle aime beaucoup à se promener à son aise, el qu'on Ta battue pour ça.
— C'est joli, cuerno! Voilà ce qui s'appelle une bonne école pour une femme! Comment t'appelles-tu, petite !
— Je m'appelle Silda, répondit sèchement l'interpellée.
— Elle est de la rue Haute, ajouta André.
— Encore ! et de quatre ! s'écria le prêtre.
— Elle n'a pas de père, hou, hou, hou, croassa le sauvage Muergo. »
La petite le singea comme d'habitude.
(( Il s'est noyé à San Pedro de la Mer à la dernière pêche au rousseau, dit Cole.
— Elle a été recueillie par charité par un homme de la rue Haute qui se nomme l'oncle Mocejon *, déclara André.