DE LA M A RUCA A SAINT-MARTIN
La Maruca était bien tentante quand passèrent auprès d'elle les quatre gamins qui faisaient route vers Saint-Martin. L'eau sortait en bouillonnant par la bouche de l'extrémité du Mole, et des traces d'écume marquaient le niveau croissant de la marée sur le mur de la chaussée de Cañadio, ainsi que sur la plage qui lui fait face. A cette époque, la Maruca communiquait avec la baie par le tunnel qui débouchait à la pointe du Môle, caverne terrible que bien peu d'audacieux s'étaient risqués à explorer à cheval sur un bois flottant. Cuco assurait avoir réalisé cette entreprise : entrer à mi-marée par la bouche de la Maruca et sortir par celle du Môle. Mais il contait de telles choses sur les épaisses ténèbres, les bruits épouvantables, les rats gros comme des chèvres, les soupirs lamentables qui faisaient songer à des âmes en peine, que j'ai fort douté depuis qu'il eût vraiment accompli cet exploit. Mettre la tête dans le noir mystérieux, mais sans ouvrir les yeux pour ne pas voir de choses horribles, cela beaucoup l'ont fait, et moi entre autres. Mais, quant à l'histoire de Cuco..., allons donc!
Je répète que bien tentante était alors la Maruca. Sur la mer déjà presque étale tous les bois flottaient : outre plusieurs planches, comme d'habitude, il y avait notamment deux poutres jointes, amarrées l'une à l'autre et ancrées avec un harpon assez près du bord.