SOTTISES ET SCANDAI.ES
h d’autres crimes, les crimes d’infanticide présentent une triste augmentation.
« De 1856 à 1860, il a été jugé, année moyenne 214 accusations et 252 accusés du crime d’infanticide, tandis que de 1851 à 1855, on n’avait jugé que 192 accusations et 608 accusés, de 1846 h 1850, 420 et 431, de 1841 à 1845, 347 et 359.
Quelle est la cause de cette fécondité croissante de l’infanticide?
Ce qui détermine les malheureuses mères à envisager de sang-froid le plus horrible de tous les crimes, c’est la réprobation jetée aux filles-mères, c’est la certitude qu’outre leur déshonneur, leur misère, leurs enfants seront eux-mêmes livrés à la faim. Mais qu’on ne flétrisse plus les filles-mères injustement, qu’on accueille les enfants naturels, qu’on leur donne la vie et l’éducation, et vous ne verrez plus un seul crime d’infanticide souiller la terre.
Pour ne pas trop attrister nos lecteurs et nos lectrices, nous passons sous silence les avortements trop fréquents dus aux mêmes causes que les infanticides, et, variant un peu la matière, nous abordons les attentats à la pudeur sur les enfants.
« Le nombre des accusations et des accusés de crimes contre les mœurs, dit le rapport, a continué de suivre la progression ascendante déjà signalée dans le rapport de 1850.
« L’augmentation s’est produite principalement dans le nombre des attentats à la pudeur sur des enfants.
« De 1856 à 1860, il a été jugé, année moyenne, 6o4 accusations et 702 accusés de cette espèce de crimes au lieu de :
592 et 608, de 1851 à 1855;
420 et 431, de 1846 à 1850;
347 et 359, de 1841 à 1845;
« De 1826 à 1830, le nombre annuel des accusés de cette catégorie n’avait été que de 139, le cinquième du total de la dernière période quinquennale (1856 à 1860).
« En 1859 et en 1860, le nombre des accusations d’attentat à la pudeur sur des enfants a diminué sensiblement, et la dernière année n’en compte que 650, tandis qu’il y en avait eu 784 en 1858. C’est un temps d’arrêt que je me plais à signaler, en exprimant le vœu qu’il soit 1e prélude d’une diminution soutenue. »
Le rapport attribue l’augmentation des attentats h la pudeur de 1851 à 1859 au développement de notre industrie et au rapprocliement des enfants et des ouvriers des deux sexes dans les fabriques. Si le développement industriel était l’unique cause de semblables crimes, il faudrait maudire les horribles conséquences de notre industrie. Mais le rapport ne dit pas qu’un grand nombre d’éducateurs de la jeunesse sont les premiers à la corrompre. Ne voit-on pas trop souvent des frères ignoraiilins, directeurs « d’écoles chrétiennes » , cités à la barre des tribunaux pour avoir commis d’odieux attentats h la
pudeur sur leurs élèves. Dans ces derniers temps la race des frères Léotade a été trop féconde. Il est dangereux de confier des enfants à d’éternels célibataires, à des hommes qui vivent hors d’une situation normale, qui n’ont pas appris dans la pratique des devoirs du mariage à respecter l’enfance. Les frères des écoles chrétiennes, cependant, ne sont responsables que d’un certain nombre d’attentats à 1a pudeur. Les plus fréquents sont commis sur de petits êtres qui courent dans les villages, dans les campagnes, ou font l’école buissonnière dans les villes. Pourquoi les parents n’exercent-ils pas une bonne surveillance sur les enfants? direz-vous peutêtre. Croyez-vous que lorsque l’homme et la femme travaillent au dehors, au loin souvent, il soit facile de tenir des enfants chez soi ou de les surveiller? Que des écoles prennent gratuitement les enfants de la plupart des ouvriers et des cultivateurs forcés de travailler loin de leurs domiciles, et le nombre des attentats h la pudeur diminuera d’année en année, et l’occasion ne sera plus si facilement offerte de flétrir, de souiller les enfants de la France. Donnez du pain, de l’instruction, un asile; donnez l’hospitalité d’un toit protecteur auxenfimts misérables. Une dernière fois, nous réclamons pour les enfants, non pas seulement « l’instruction gratuite et obligatoire » , mais encore la « vie gratuite et obligatoire ». Nous ne voulons plus « d’enfants de la misère!... »