LE LIÈVRE ET L’HYÈNE A LA PÊCHE DES MARES DE DORO
(Conte khassonké).
Un jour, le lièvre dit à l’hyène; « il parait « que c’est aujourd’hui la pêche des Mares de « Doro, mais on n’y accepte que les cavaliers « et les chevaux ne reçoivent, dit-on, pour « toute nourriture, que du poisson sec. »
— « Ah! fit l’hyène, voilà des chevaux bien « heureux. Mais, dis-moi, ne penses-tu pas
1 . Qui correspond à notre expression : « Bonnes gens! qu’est-ce que c’est que ça?
2. En Khassonké le mot Lountandin signifie « le petit d’un jour », on s’en sert pour désigner l’étranger de passage auquel on offre l’hospitalité.
« que je pourrais te servir de cheval, pour aller « à cette pêche? »
— « Vraiment si et, pour lors, sois assurée « que tu aurais une large part de poisson sec, « dont tu es si friande. »
L'hyène accepta, le lièvre l’enfourcha et fut bientôt à la tête des cavaliers.
« Plein! voyez-vous le lièvre, quel coursier « infatigable il a ! » disait-on ; et, de fait, le lièvre fut le premier arrivé, il amarra l’hyène et lui donna de la paille. Comme elle s’en étonnait : « Je ne puis pas, lui dit-il, te donner tout « de suite du poisson sec, momentanément « cette paille doit te suffire ».
Le lièvre prit part à la pêche et attrapa beaucoup de poissons. Chaque fois que le lièvre criait: « Venez m’aider ! » sur le rivage, l'hyène hennissait et chacun de dire : « quel singulier « cheval a le lièvre, il hennit chaque fois que « son maître appelle à l’aide » .
La pêche sur le point de finir, le lièvre vint, tout éploré, s’asseoir auprès de l’hyène. Celleci, oubliant sa faim et, aussi, qu’en fait de poisson sec, le lièvre ne lui avait encore donné que de la paille, s’enquit affectueusement : « Qu’as-tu, ami lièvre ? »
« Ah ! dit-il, on trouve que j’ai fait trop bonne
« pêche et, comme il faut sacrifier un cheval « pour remercier le génie des eaux de nous « avoir donné tant de poissons, on exige que je « te sacrifie. Si j’osais, je te détacherais, mais « l’on me verra et je serai perdu; si tu pouvais « briser tes amarres cela vaudrait mieux. Ah! « quel chagrin. »
L’hyène suivit le conseil du rusé lièvre : pour échapper à une mort, qu’elle crut certaine, elle rompit ses amarres et court encore.