LE LION, L’HYÈNE ET LE LIÈVRE
(Conte khassonké).
Un lion, mortellement blessé, râlait dans la brousse.
Une hyène passa : « Qu’as-tu donc, mon pau- « vre lion, demanda-t-elle, malicieusement. »
— « Hélas! dit-il, j’ai été grièvement blessé « par un chasseur et je ne peux plus bouger. »
— « C’est donc toi, qui te lamentes toute la « nuit? »
— « Las! fit le lion. »
— « Gomment, c’est toi qui fais un tel va- « carme toute la nuit, toi qui troubles notre « sommeil, attends un peu, » et des dents et des griffes elle maltraita tellement le pauvre lion, qu’elle le laissa pour mort.
Le lendemain, l’hyène rencontra le lièvre et lui dit :
— « As-tu entendu le lion cette nuit? »
— « Non, » dit le lièvre.
— « Je le pense bien! dit l’hyène d’un air fat, « après la correction que je' lui ai administrée, «je suppose qu’il ne recommencera pas. »
— « Gomment! tu t’es battue avec le lion, toi? fit le lièvre incrédule. »
— « Parfaitement ! et s’il recommence, c
« dont je doute, j’irai lui donner une nouvelle « leçon qu’il n’oubliera pas. »
Or, un coba (antilope) blessé étant venu expirer à côté du lion, celui-ci mit deux jours pour le dévorer; dès lors, sa blessure guérit rapidement. Quand il fut rétabli, il poussa des gémissements comme s’il allait crever et l’hyène, pensant remporter une facile victoire, accourut :
— « Alors, maudit lion! lui dit-elle, tu ne « veux donc pas crever et tu continues à nous « importuner ! »
— « Hélas! fit le lion qui contrefit le mori- « bond. »
L’hyène se jeta sur lui pour le mordre et le griffer, mais soudain il se dressa et serra, dans ses pattes terribles, l’hyène, qui, épouvantée, se lâcha. Le lion feignit de la laisser partir, puis la rattrapa et l’hyène se lâcha encore. De telle sorte, enfin, que toute la route de l’hyène fut marquée de traces faciles à suivre.
Le lendemain, l’hyène rencontra le lièvre qui lui dit :
— « Eh bien ! mais le lion fait toutes les nuits « un vacarme infernal. Pourquoi ne vas-tu pas le corriger? »
— « Oh! dit-elle, hier matin j’y suis allée et « je l’ai tellement malmené, que toute la « brousse est empestée de sa fiente? »
— « Ah ! montre-moi çà, car j’ai un moyen « infaillible pour reconaître la fiente du lion. »
Ils partirent et l’hyène montra ses propres traces. Alors, le lièvre tira un petit sachet contenant de la cendre. Sur les traces indiquées il répandit un peu de cendre, en disant : « Fais « que l’animal, lion ou hyène, qui a déposé ici « cet excrément, meure » !
— « Arrête ! dit l’hyène. Ceci est bien le « résultat de mon combat avec le lion, mais je
« ne puis dire auquel de nous deux il est dû; « car, vois-tu, là nous nous sommes battus ; il « était là et j’étais ici, il me tenait comme çà; « je me suis dégagée et c’est alors que j’ai vu « ceci, je ne puis dire si c’est lui qui l’a fait ou « moi, car j’étais très émue... et, tout en s’ex- « pliquant, l’hyène s’était rapprochée du fourré « où elle eut vite fait de disparaître. Et le « lièvre en rit encore. »