‹ Soudan françaisChapitre 35 sur 54 · C’est-à-dire grand’mèrc · texte numérisé non relu

C’est-à-dire grand’mèrc

bougea pns. La vieille se leva, alors Maran : « Eh! marna, où vas-tu?» — Comment, tu ne dors pas, petit? » — Oh! moi, je ne dors pas avant que ma mère m’ait versé un panier d’eau sur la tête. » — Attends ! » dit la vieille. Elle prit un panier et alla le remplir au puits mais, dans le trajet du puits à la case, le panier se vida. La vieille recommença et finalement passa la nuit à vouloir résoudre l’insoluble problème de transporter de l’eau dans un panier.

La nouvelle journée se passa sans incident. Le soir venu, les jeunes gens revinrent dormir avec les jeunes filles et Maran avec la vieille.

Accablée de sommeil, à cause de l’insomnie de la nuit précédente, la sorcière s’endormit pesamment. Vers onze heures, Maran se leva doucement et alla de case en case dire à chacun de ses frères : « Mettez la fille de la sor- « cière au bord, à votre place, et couvrez-la « de votre couverture. » Ces précautions prises, Maran revint se coucher. A minuit, la vieille s’éveilla, elle toussota, se remua, se leva, mais Maran ne bougea pas; elle s’approcha pour bien s’assurer qu’il dormait et, quand elle en fut convaincue, elle sortit. Elle alla, de case en çase, couper la gorge à chaque personne qui

était au bord de la couche, puis elle revint chez elle et prépara une sauce avec le sang de ses victimes. Quand elle fut sur le point de manger, Maran lui cria : « J’en veux aussi, marna ! » — « Comment, Maran, tu mangerais du sang humain? — Mais oui, mais oui, dit Maran sans paraître ému, c’est si bon! » Le repas achevé, ils se recouchèrent. La vieille s’endormit et Maran en profita pour aller dire à ses frères : « Sauvez-vous vite, car, lorsque la vieille va « s’apercevoir de son malheur, elle ne vous « épargnerait pas. » Puis Maran revint prendre sa place.

Le matin, la vieille dit à Maran : » Va donc « voir si tes frères sont éveillés ? » Maran revint et dit : « Non, ils dorment toujours ».

Un peu plus tard, la vieille dit à Maran : « Que font donc tes frères? »

« Oh! répondit-il, il y a longtemps qu’ils « sont partis, mais tes filles sont endormies « pour toujours », et il se sauva.

La vieille, pressantant quelque malheur, alla aux cases de sesfilles et reconnut le stratagème dont elle avait été victime. Elle jura de se venger de ce coquin de Maran.

Elle avait le pouvoir, ainsi que tous les sorciers, de prendre toutes les formes. Elle s’en fut

au village de Maran. Ce village ne possédait pas un seul baobab, ce qui obligeait les habitants à aller fort loin chercher des feuilles pour les sauces. La vieille sorcière se changea en superbe baobab, sur lequel tous les gamins du village s'empressèrent de monter.

Mais Maran, qui jouait avec eux, dit : «Comment! un baobab aussi gros peut ainsi « sortir de terre en une nuit, comme un cham- « pignon? »

— « Bien sûr, dit le baobab et, situ veux cueil- « lir mes feuilles, tu seras le bienvenu », et alors une branche s’abaissa vers Maran pour l’engager à monter.

— « Oh! oh! dit l’enfant, un baobab qui « parle et qui tend ses branches, voilà qui n’est « pas naturel. Montez cueillir ses feuilles si <- vous voulez, quant à moi, je reste là. »

Le baobab frémit de dépit puis, voyant que Maran se tenait à l'écart, il disparut en emportant tous les petits imprudents qui cueillaient ses feuilles.

La sorcière pensait que les habitants du village enverraient Maran, pour lui demander les enfants et, d’avance, elle savourait sa vengeance, tout en se délectant à manger un enfant chaque jour. Mais Maran ne vint point.

Un jour, derrière le village de Maran, les gamins aperçurent un âne en liberté et n’eurent rien de plus pressé que de le saisir, puis tous, à qui mieux mieux, grimpèrent dessus. Quand Maran survint, il n’y avait plus de place sur le dos de l’âne; mais, complaisamment, celui-ci allongea aussitôt son échine.

— « Oh! oh! dit Maran, voilà un âne qui « doit être de la même famille que le baobab! » et il s’éloigna.

L’âne disparut avec les enfants qui le montaient et les mères éplorées dirent à Maran :

Toi, qui es assez perspicace pour ne pas tom- « ber dans les pièges des sorciers, nous te sup- « plions d’employer tous tes moyens, pour nous « faire retrouver nos enfants. »

Maran promit. Il partit en emportant unepeau de bouc contenant un morceau de viande séchée et des niébés '.

La sorcière avait une petite fille de l’âge de Maran.

Elle possédait aussi une vache pleine et comme elle vivait toujours dans la crainte de Maran, au moment où sa vache fut sur le point de mettre bas, elle dit :

. Haricots indigènes

« Si ma vache fait un petit veau roux, c’est « que Maran sera dans le ventre de ce petit « veau si elle fait un petit veau blanc, c’est que « Maran n’y sera pas ».

Le petit veau fut blanc et, dès lors, la vieille fut sans défiance, mais Maran, qui était plus rusé qu’elle, était pourtant dans le ventre du petit veau.

Comme tous les jeunes veaux, celui-ci faisait des sauts et des courses à toute vitesse ; or, en passant auprès des petits garçons, il leur dit :

— « Quand la vieille m’aura laissé en liberté « au milieu de vous, vous m'attraperez par la « queue, par les oreilles, par où vous pourrez « enfin, et je vous emporterai dans notre village. »

Ainsi fut fait, au grand désespoir de la vieille. Cependant, soit qu’elle agit plus habilement, soit plutôt par ce que telle était l’intention de Maran, qu’elle s’empara de celui-ci.

Elle mit son prisonnier dans une peau de bouc, qu’elle ficela soigneusement et plaça dans une nouvelle peau de bouc, qu’elle ferma de même. Le tout, enfin, fut enfermé dans une troisième peau de bouc bien solide et fortement attachée.

La sorcière plaça sa petite fille auprès du

prisonnier, pour le garder, tandis qu’elle-même creusait, dans la cour de sa maison, unpuits où elle jeta du bois et des herbes qu’elle enflamma.

Pendant ce temps, la fillette, entendant que Maran grignotait, lui demanda: « Tu as donc « des provisions, Maran? »

— «Oh! j’ai mieux que des provisions, j’ai « des friandises. »

— « Oh! donne-m’en un peu, Maran ! »

— « Eh! que veux-tu que je te donne ficelé « comme je le suis. Détache-moi un peu, nous « verrons. »

L’imprudente fillette ouvrit les peaux de bouc; Maran sortit, la déshabilla, la mit à sa place avec ses propres effets à lui, ferma les peaux de bouc et disparut en se revêtant des pagnes de l’enfant.

Quand la vieille saisit la peau de bouc, une mignonne voix lui dit: « Mère ! prends garde! « Maran m’a mis à sa place et c’est ta fillette « que tu vas tuer ».

— « Oui, oui, dit la vieille, je te connais Maran, tu peux prendre la voix de ma fillette. « ça ne changera rien à ton sort »; et, sans hésitation, elle lança le paquet dans le foyer. Peu après le corps de l’enfant éclatait et Maran surgissant en face de la vieille lui cria :

« Eh bien! vieille sorcière, tu as encore tué « ta dernière fille », et il se sauva.

La vieille s’assit, désolée, et se prit à réfléchir aumoyen de se venger de Maran. On dit qu’elle ne l’a pas encore trouvé.

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