‹ Soudan françaisChapitre 36 sur 54 · MODI LE DORMEUR · texte numérisé non relu

MODI LE DORMEUR

(Conte khassonké.)

Il était un homme, nommé Modi, qui jamais ne travaillait.

Le matin, quand ses amis passaient devant sa case et lui disaient :

— « Eh bien! Modi, viens-tu aux champs?

— « Non pas, répondait-il invariablement, je « vais dormir. »

— « Mais tu n’auras bientôt plus de mil et tu « mourras de faim. »

— « Dieu est grand, disait Modi, et Dieu en- « richit qui lui plaît. »

Ironiquement on l’appelait Modi le Dormeur et c’était toujours ainsi, Modi dormait sans se

préoccuper de rien, dans la certitude que Dieu pourvoit à tout.

Un matin, Modi sortit pour satisfaire un besoin naturel. Il alla derrière sa case et, à l’aide d’une pioche, fit un trou dans la terre. Mais, soudain, la pioche rencontra, sous terre, un vieux canari qui vola en éclats et laissa entrevoir sa panse remplie de pépites d’or.

Modi ne fut pas étonné de sa trouvaille, il la recouvrit d’un peu de terre et s’en alla un peu plus loin, pour ce qu’il avait à faire. Ensuite il rentra se coucher selon son habitude.

Le lendemain un ami, en passant, interpella Modi :

— « Eh bien! est-ce ce matin que tu viens « aux champs?»

— « Moins que jamais. »

— « Mais, malheureux ! tu seras avant peu « dans la misère la plus absolue. »

— « Certes non, dit Modi, car je suis dès à « présent, le plus riche du pays. »

— « Je serais curieux de voir les richesses « que Dieu, sans doute, t’a envoyées, dit l’ami, « en éclatant de rire. »

— « Rien de plus facile, fit tranquillement « Modi. Derrière la case est un endroit où la « terre est fraîchement remuée, creuse un peu

« et tu trouveras un canari plein de pépites d’or; « apporte-le-moi et nous partagerons son con- « tenu. »

L’incrédule ami fit, par curiosité, ce que lui demandait Modi et trouva bien, en effet, un canari, mais plein d’immondices.

Furieux, car il pensait que Modi s’était joué de lui, il exhuma le pot et se dit: « Attends un « peu, espèce de brute, je vais te porter tout le « contenu, car je n’ai nulle envie de partager « avec toi ».

Il vint jusqu'au seuil de la porte et de là lança le pot sur le lit de Modi, puis se sauva en riant.

Avant d’avoir touché lelit, lamatière immonde s’était changée en splendides pétites d’or que Modi et sa femme, stupéfaits du procédé de leur ami, s’empressèrent de recueillir.

A quelques temps de là, une caravane d’esclaves fit halte dans le village de Modi. Celui-ci dit à sa femme : « Va faire choix des captifs « qui te plairont et achète-les ».

La jeune femme choisit cent garçonnets et cent fillettes et les femmes, ses voisines du village, en la voyant faire se mirent à rire. Elles se disaient entre elles : « Vois donc! cette « femme de Modi qui voudrait faire croire

« qu’elle va acheter toute la caravane, alors « qu’elle n’a même pas de quoi payer un « moudd 1 de mil » et, par dérision, elles se tenaient à l’écart, comme pour laisser à l’épouse de Modi toutes facilités de choisir, tant elles étaient convaincues qu’elle était dans l’impossibilité de rien payer.

Aussi, qu’elle ne fut pas leur stupéfaction en apprenant, par les marchands d’esclaves, que Modi avait payé, comptant et en or, tous les achats faits par sa femme.

Voilà comment Dieu prouva que Modi avait raison d’affirmer que Dieu est grand et enrichit qui lui plaît.

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