LE LIÈVRE, L'HYÈNE ET L’AUTRUCHE
(Conte malinké.)
Le lièvre dit à l’hyène :
« Il m’a été révélé qu’il allait y avoir cette « nuit une tornade épouvantable et que ceux-là « seuls en réchapperaient, qui auraient fait ce « que voici : attacher sa mère avec une solide « corde et la frapper jusqu’à ce qu’elle casse la « corde. Si la corde ne casse pas, vendre sa « mère. Je vais de suite me mettre à l’ouvrage, « pour ne pas mourir cette nuit. »
Et, ce disant, il montra à l’hvène un gros câble, avec lequel il voulait amarrer sa mère. L’hyène s’éloigna pensive.
Le lièvre coupa la corde, en rajusta les bouts avec une très mince ficelle, puis amarra sa mère qu’il se mit à frapper de toutes ses forces; mais la corde cassa aussitôt et le lièvre s’en vint trouver l’hyène : « Tiens! lui dit-il, me « voilà heureux, ma mère a réussi à casser la « corde. »
L’hyène voulut agir de même et, sans se douter du stratagème du lièvre, attacha solidement sa vieille mère qu’elle frappa à coups redoublés et la vieille ne réussit pas à rompre l’amarre.
« Eh bien ! dit le lièvre, vends-là. »
L’hyène et le lièvre s’en allèrent à un campement de Foulbé : « Voici une vieille esclave, « dirent-ils, que nous voulons échanger contre «une vache». On leur donna une vache et ils partirent.
— « Que faire de cette vache », dit l’hyène.
— « Nous allons aller bien loin, dit le lièvre, « dans un endroit où il n’y a pas de mouches; « nous tuerons la vache et, pour ma part, je ne « veux que la peau et la tête. »
Ils partirent et ne s’arrêtèrent que quand ils
furent arrivés dans une grande plaine, sans herbes. Il n’y avait qu’un grand et vieux baobab, qui avait un trou profond, dans lequel le lièvre entrait facilement, mais l’hyène y passait à peine la tête.
La vache fut tuée, dépecée et découpée. « Maintenant, dit le lièvre, il nous faudrait du « bois, mais je suis trop petitpour en porter suf- « fisamment ». L’hyène partit chercher du bois. Aussitôt, le lièvre fit passer toute la viande à sa mère, qui était dans le baobab, et il ne laissa que la peau et la tête parce qu’elles ne purent entrer.
De si loin que le lièvre aperçut l'hyène, il lui cria : « Amie! viens vite! la terre a englouti « toute la viande! » et il disparut rapidement dans le baobab, puis tira la peau de telle sorte que la tête de la vache vint fermer l’orifice de la cachette.
Quand l’hyène fut arrivée, il dit : « La terre a « englouti toute la viande ; mais, pour ne pas te « priver, je t’abandonne la peau et la tête qui « restent ». L’hyène les dévora; mais, comprenant qu’elle avait été mystifiée par le lièvre, elle partit et revint quelques jours après en compagnie de l’autruche.
L’hyène tourna autour du baobab en disant :
« Voilà un arbre merveilleux, qui doit, sans « doute, avoir ses racines dans le ciel ! » et, ayant frappé le tronc : « Hein! comme il ré- « sonne! on dirait qu’il parle ». Apercevant un trou elle s’en approcha et vit le lièvre : « Ah ! te « voilà brigand, qui as mangé le prix de ma « mère! Attends! je ne peux pas te saisir, mais « voici mon amie l’autruche, qui saura bien « t’attraper ».
Ainsi prévenu, le lièvre prépara un lacet avec des crins de queue de girafe. Quand l’autruche eut introduit la tête, le lièvre serra le lacet et, à moitié étranglée, l’autruche laissa tomber un œuf, que l’hyène avala goulûment. Le lièvre dit alors à l’hyène : « Sais-tu bien que les œufs « d’hyène sont bien meilleurs que ceux d’au- « truche? Si tu veux te mettre à la place de l’au- « truche, je te serrerai un peu le cou, juste pour « te faire pondre, tu mangeras ton œuf et nous « recommencerons tant que tu voudras ».
L’hyène, crédule, se laissa faire et le lièvre l’étrangla.