LE LION, LA PANTHÈRE ET L’HYÈNE
(Conte soninké).
Le lion, la panthère et l’hyène se disputaient, un soir, pour savoir lequel d’entre eux était le plus fort, le plus habile et le plus malin
Le lion disait : « Moi, je puis enlever un « bœuf au milieu d’un troupeau et disparaître « encore assez vite, pour défier toute pour- « suite ».
« Moi, disait la panthère, je puis me glisser « au milieu d’un parc gardé, prendre ma proie « et l’emporter sans être aperçue des gardiens. »
A son tour, l’hyène disait :
« Toi, lion, la terreur, que tu inspires par ta « force, suffit à expliquer tes bonnes fortunes; « et toi, panthère, c’est ta seule agilité qui te « permet de mener à bien les plus téméraires « entreprises. Mais, l’un et l’autre, vous man- « quez de ruse; moi seule ai, à la fois, force, « agilité et ruse. »
Là dessus, on convint de profiter de la première occasion, pour que chacun put montrer tout ce dont il était capable. Les trois rivaux entrèrent donc dans un village.
C’était un soir d'hiver. Comme d’habitude, en cette saison, un grand feu brûlait au milieu de la place publique, tout autour étaient assises des jeunes filles, qui filaient, et, auprès d’elles, des jeunes hommes, qui les amusaient en leur contant des histoires gaies. Entre le feu et les jeunes filles, un chien dormait.
L’hyène dit à ses deux compagnons : « Nous « allons voir lequel de nous est capable d’en- « lever ce chien, sans que les jeunes gens s’en « aperçoivent. »
Le lion rampa lentement, sans bruit, en se dissimulant le plus possible et, arrivé à quelques pas du cercle des jeunes gens, il reconnut son impuissance à remplir les conditions imposées. Il revint et déclara la chose impossible.
La panthère partit cependant, mais sans plus de succès.
A son tour, l’hyène s’avança à la faveur de l’ombre projetée par les jeunes gens; puis, soudain, bondit au milieu du feu. Les tisons jaillirent de toutes parts, jeunes garçons et jeunes filles s’enfuirent épouvantés en secouant leurs vêtements et, profitant du désarroi général, l’hyène put emporter le chien sans qu’on s’en aperçut.
Elle avait démontré ce qu’elle avait avancé.