LE LIÈVRE ET L’HYÈNE
(Conte khassonké.)
Le lièvre avait découvert une maison pleine de victuailles. Il se mit d’accord avec son amie l’hyène pour la dévaliser.
Or, la maison se trouvait être celle d’un génie. Le lièvre, content de peu, ne s’attarda pas, dans la crainte d’être surpris par le maître du logis. L'hyène, au contraire, voulut tout dévorer sur place; le génie la saisit :
— « Qui t’a conduite ici »,lui demanda-t-il.
— « Lelièvre », répondit-elle.
— « Pour te corriger, dit le génie, je vais te « faire une marque grâce à laquelle tout le
« monde saura que tu es une voleuse », et il lui coupa les oreilles
Furieuse, l’hyène alla trouver le lièvre et lui dit :
— « Va me chercher, sur la montagne, du « bois pour te faire rôtir. »
Sur la montagne le lièvre se mit à crier très fort, comme s’il répondait aux questions de quelqu’un d’éloigné.
— « Qu’est-ce que c’est? » demanda l’hyène.
— « C’est un chasseur, qui me demande si je « n’ai pas vu son chien, qui a les oreilles a coupées. »
L’hyène comprit qu’il s’agissait d’elle et que le lièvre lui préparait encore un tour de sa façon : elle détala au plus vite.
i. Les voleurs étaient ainsi mutilés chez les Soudanais.
LE BOLONE
(Conte soninké).
Un jour, un chasseur surprit un Boloné et le visa, mais la bête lui dit : « Laisse-moi donc ! « je ne suis qu’un Boloné et voici, tout près, « les traces de l’éléphant et de l’antilope, gros- « ses bêtes, qui peuvent te donner plus de profit « que moi. »
— « Possible ! mais c’est toi que je veux, « repartit l’entêté chasseur. »
— « Eh bien! mon ami, tu perds ton temps, « tu ne m’auras pas, dit le Boloné. » Et il se remit tranquillement à brouter.
Le chasseur tira, le coup partit, mais le Boloné resta indemne.
« Oh! oh! fit le chasseur, attends un peu! » Il plaça sa balle dans un étui magique et bourra soigneusement son fusil. Cette fois, le Boloné tomba; mais, quand le chasseur vint triomphalement le ramasser en disant : « Hein ! qui est « le plus fort? »
i. C’est, en soninké, le nom d’une biche gris souris de la taille d’un agnelet.
— « Oh! oh! fit le Boloné, ce n’est pas fini! »
— « Comment! tu récrimines encore ? Tiens ! et il lui trancha le cou.
■ — « Oh! oh ! fit le Boloné, ce n’est pas fini !
Alors le chasseur l’écorcha, mais le Boloné répéta encore :
— « Oh ! oh ! ce n’est pas fini ! »
— « Eh bien ! c’est ce que nous allons voir, « dit le chasseur, en le chargeant sur ses « épaules, ma femme et mon fils te mangeront. »
Quand il arriva à l’entrée du village, le chasseur rencontra un de ses amis qui lui dit : « Ta « femme et ton fils sont morts! »
• — « Et qu’est-ce qui les a tués ? »
— « Ils ont eu des coliques... »
— « Oh ! oh ! fit le Boloné, ce n’est pas fini ! »
Le malheureux chasseur ne répondit pas;
mais, quand il fut chez lui, il coupa le Boloné en morceaux et le mit dans une marmite sur un grand feu. Le Boloné fit, en sourdine : « Oh! oh! ce n’est pas fini! »
Après plusieurs heures de cuisson, le chasseur tâta la viande, elle était aussi dure qu’auparavant et le Boloné murmura encore : « Oh! « oh ! ce 11’est pas fini ! »
Des voisines, venues le matin pour chercher du feu, revinrent le soir pour le même motif
et, voyant encore la grande marmite à la même place, elles se demandèrent à mi-voix : « Que « peut-il bien y avoir dans cette marmite? » De l’intérieur une voix dit : « Un Boloné, qui ne « veut pas cuire. Oh! oh! ce n’est pas fini! » Les femmes ne sauvèrent, en abandonnant les tisons qu’elles avaient pris, et, bientôt, tout le village sut que le chasseur avait une marmite qui parlait.
Quand le chasseur comprit, enfin, que le Boloné ne cuirait pas, il jeta une poudre magique dans la marmite. Alors la viande put cuire et le chasseur la mangea
i. Le Boloné est, dit-on, le sorcier des animaux. Au début de l’hivernage, il se perche, affirme-t-on, au haut d’une herbe élevée et flexible et, selon que la plante se courbe plus ou moins, c’est l’indice qu’un plus ou moins grand nombre d’animaux seront abattus par les chasseurs.