‹ Soudan françaisChapitre 42 sur 54 · L’HOMME AUX TROIS HOUPPES · texte numérisé non relu

L’HOMME AUX TROIS HOUPPES

(Conte bamana).

Un homme avait, sur la tête, trois houppes de cheveux. Il vint trouver le roi et lui dit :

— « Si tu me dis le nom de chacune de mes « trois houppes, tu peux me tuer. »

Le roi dit : «J’y réfléchirai. »

Un jour, le roi fit venir îafemme de l’homme, qui l’avait ainsi défié, et lui donna beaucoup d’or :

— « Ton mari, lui dit-il, ne pourrait te faire « tant de cadeaux. »

— « Non, dit-elle, il ne le pourrait pas. »

— « Eh bien! dit le roi, si tu veux me dire « le nom de chacune des trois houppes, qu’il a « sur la tête, je te donnerai encore beaucoup « plus d’or.

— « La première, dit la femme, se nomme : « l’homme devenu roi ne connaît plus ses « anciens amis; la seconde : il ne faut pas avoir «confiance dans les femmes; la troisième:

1 , A propos de ce conte, voir la préface,

« méfie-toi de l’enfant 'que ta femme a eu d’un « précédent mari, ce n’est pas ton fils. »

Le roi la remercia, lui donna beaucoup d’or et manda son mari :

— « Ami! je sais le nom de chacune de tes « houppes. »

<— « Ah ! et quels sont-ils? »

— « La première se dit : l’homme, devenu « roi, ne connaît plus ses anciens amis. »

— « La seconde : il ne faut pas avoir con- « fiance dans les femmes. »

— « La troisième : méfie-toi de l’enfant que « ta femme a eu d’un précédent mari, ce n’est « pas ton fils. »

— « Eh bien! dit l’homme, tu peux me tuer.

Le roi le fit attacher, et, quand on voulut

l’emmener, survint le fils, que la femme de l’homme avait eu d’un précédent mari.

— « Arrêtez, dit-il, que je dépouille cet « homme du vêtement, qui m’appartient, avant « que le sang l’ait endommagé. »

Alors, l’homme, s’adressant au roi, dit :

— « Attends un peu, j’ai quelque chose à te « dire. »

— « Parle », dit le roi.

— « Toi et moi, nous sommes du même âge « et, quand nous étions jeunes, bien des fois je

« t’ai battu. Nous étions bons amis alors. Au- « jourd’hui, tu vas me tuer.

— « C’est vrai », dit le roi.

— * ■ « C’est ma femme qui t’a révélé mon secret. « Or, cette femme, je n’ai pas eu recours à toi « pour l’épouser, non plus que pour la nourrir « ou la vêtir. Cependant elle m’a trahi pour toi. »

— « C’est vrai », dit le roi.

— « L’enfant de ma femme m’a arraché son « vêtement, de peur qu’il ne soit souillé de mon « sang; s’il eut été mon fils, aurait-il jamais agi « ainsi? »

— « Certes non, avoua le roi et il dit à « l’homme : je te pardonne pour les vérités que « tu viens de m’enseigner, mais n’oublie pas « que l’on ne doit jamais défier son roi car il « est tout puissant. »

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