LES TROIS INSATIABLES
(Conte khassonké).
Un homme fut chassé par son père, parce qu’il n’était jamais rassasié d’amour.
Un autre homme fut également chassé par son père, parce qu’il n’était jamais rassasié de mil.
Un autre homme, encore, fut chassé par son père, parce qu’il n’était jamais fatigué de faire la course à cheval.
Ces trois hommes se sont rencontrés et, après s’être mutuellement interrogés, ils ont unanimement conclu : « Nous ne faisons « qu’un ».
Ils sont partis pour la ville du roi.
Le premier dit au roi : « Si tu me rassasies d’amour, tu peux me tuer ».
L’autre dit au roi : « Si tu me rassasies de mil, tu peux me tuer ».
L’autre dit au roi : « Si tu me laisses me fatiguer par la course à cheval, tu peux me tuer. »
Le roi dit : « J’ai compris ».
Il fit tuer dix taureaux et fit à chacun une part.
Il (Le Gourmand) rassasié dit : « Roi! je suis plein ! »
Le roi le tua.
A faire la course, avec tous les chevaux de l’armée, l’autre se fatigua.
Le roi le tua.
Au troisième, le roi dit : « Je veux te donner ma propre femme. »
Il fit venir sa favorite : « Je veux, lui dit-il, te donner à notre hôte ».
— « Soit! » dit-elle.
La nuit venue, le roi dit : « Va coucher avec ma femme ».
L’homme y fut. La femme lui dit : « Demain tu dois mourir et je ne veux pas que tu meures. Je vais seller un cheval, te donner l’or du roi et nous partirons ».
— « Soit ! » dit-il.
La femme sella le cheval, prit l’or, en donna aux Soufas '. Ils (les fugitifs) montèrent à cheval, sortirent et partirent.
Le matin, le roi s’éveilla et dit à ses griots : « Allez voir s’ils sont éveillés. » Les griots y allèrent et revinrent dire : « Roi! il n’y a per- « sonne ! »
Les Soufas vinrent et dirent : « Le cheval n’est plus là ! »
Le père de la clef (le trésorier) dit : « Il n’y a plus d’or ! »
On battit le tambour de guerre.
(Les fugitifs) ayant couru depuis le matin arrivèrent à la première prière (2 heures après midi) au bord du fleuve.