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rensei^nomcnls vagues, (|iii iiidiquont du moins heaucoup d'eau daus ces collines. On connaît différents^ villages voisins que je nomme, mais on n"a pas souvenir de Fata-Hoda, Diai'cndr' et Kikala, que je vois notés près d'ici sur la chiIciIcs morts a ont cncoi'e plus vite ici que dans la ballade
Je reçois la visite d un iilsdu gros Abdul-Ay de ïimbo; Abdul-Ay est le frère de Pâté, de Bikar-Biro, et d'Alioun; c'est lui qui en 1880 avait fait creuser le grand trou danslequel il voulait faire disparaître mon interprète après l'avoir étranglé. Son fils est un tout jeune homme, il se présente assez hautain, bien escorté. Nous échangeonsquelques paroles amicales, il m'apporte un écho aimable de l'intérieur, on my reverra avec joie. Il me dit qu'il va à Boké. Quoi faire à Boké ? ça me paraît étrange. Il me demande des capsules. Incohérence des hommes et des choses ; si je rencontrais le duc de Guise sur le chemin de Samarkande et qu'il me demandât des pierres à fusil, qu'est-ce que je pourrais bien imaginer là-dessus? .le ne comprends pas ce petit astre errant, cinquième honneur, ramassant des capsules.. le comprendrai demain,, car ici tout se tient, et tout ce qu'on néglige nuit.
Les habitants me font de petits cadeaux de bienvenue: riz, poulets; Allens etxMi engagentdespalabrespourobtenir des provisions, mais \oilà qu'on m'apporte quatre gros paniers de riz de la |)art d'Oumar-Béla, on me donnera des hommes pour les jiorter jusqu'à Guénu'.
Lundi 23. — Temps tcmjours le môme, couvert, humide. 17 à 18 degrés le matin. 28 à 30 le jour; très lé^ger vent d'esl. je ne suis ])as du tout incommodé par la cbalenr.
Ou uu' dit (|iie la rivière Seipou, qui passe près de
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Giiémé et se jette dans le Gogon, peut être parcourue en pirogue; cela m étonne, nous verrons plus loin. Le soir je garnis mes châssis, à talons sous ma couverture la casi'^ étant percée de rayons de lune.
Le baromètre baisse à 749, le temps se couvre, la lune disparaît, et nous sommes assaisonnés une partie de la nuit d'une forte pluie avec tonnerres. Mon bagage est à l'abri dans une case de jonc, sous la garde du fidèli^ M'Bar et d'Ali ; je couche dehors comme d'habitude pour avoir plus d'air, abrité sous une toile tendue; c'est la toile à voile qui sert à empaqueter mon lit ; je dors à merveille, mieux que jamais aucunement dans le meilleur lit tendu de toutes les façons. Comment peut-on dormir dans un lit enfermé dans des rideaux isolants qui vous tiennent étoutïés dans votre propre fluide! b-i on se dépouille, on se dégage ; le fluide produit par les activités physiologiques, accumulé par le travail du jour,' s'en va dans la terre, dans l'air, à la pluie, au tonnerre; car il fait un temps plein de bonnes puissances, je m'y mêle par mon fluide et je suis baigné, délassé, réconforté au passage des électricités que l'atmosphère et la terre échangent et se prodiguent comme deux amoureux. Un peu de mythologie ferait ici saisir la conception.
Mardi 24. — Le baromètre remonte à 7S2. Ce Cogon forme une entrée profonde depuis la côte, mais il ne desservirait qu'un coin restreint; il vaut mieux entrer par Konkouray, Kakriman et Kokoulo. et sortir de l'autre côté du Foutah par le Tankisso. Au nord le Tomine a beaucoup d'eau, c'est déjà l'essentiel; ses rapides méritent d'être étudiés de près.
Sangarégui est un village de captifs qui appartiennent
à Oumar-Bola; ils cultivent aux environs et récoltent riz, mil, maïs, qu'ils engrangent pour le maître dans de petits silos aériens en paille enduite déterre; sept ou huit cases de jonc composent tout leur village, il n'y a pas d'autres habitants qu'eux.
On me donne trois porteurs, un m'en donnera dix si je veux attendre jusqu'à ce soir. Je consens à attendre, je déchargerai quelques-uns de mes hommes blessés par les premiers jours de marche sur la roche dure. Visites et palabres, cadeaux pour faire piler le riz, remèdes pour les malades du village et les porteurs blessés: l'iodol dans la graisse fait merveille.
Retenu pour diverses négociations avec un chef voisin, je travaille à mon dictionnaire et à ma carte; temps paisible, temps couvert.
Mes hommes ramassent des piments variés, les uns très 'forts, d'autres presque doux, et du diagato (tomate amère apéritive). On m'apporte un melon dont la chair est en bois; cuit dans le riz il lui communique un bon parfum de piment; mais j'ai toujours des douleurs vives, un désarroi incoercible dans mon pauvre appareil, c'est une blessure sans cesse rouverte qui me saigne à blanc peu à peu. Je goûte la sauce au parfum succulent que mes hommes ont préparée, c'est bon tout à fait, mais trop fort pour mon malade. Je prends du riz bouilli à l'eau avec des légumes de Pi-évet et un peu de thé, en tout très peu de chose. Mes trois hommes personnels, AUens, Manel et M'Bar, ont mangé comme des goinfres, riz, sauces savantes, piments grillés plus ou moins bien choisis. Ils sont gais, bruyants, ivres de bombance toute la nuit; mais au petit jour je les vois mélancoliques, ils
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sont malades, leur estomac douloureux enfle en pointe, ils ont la peau du ventre grise et fanée, ils souffrent, malaise manifeste, sales nègres ; ils savaient bien qu'ils seraient malades, mais pour eux la gueule passe tout, comme on dit en Normandie.
Allens a été matelot à bord d'un navire qui allait à Bordeaux. Je lui demande ses impressions de voyage en France, il ne tarit pas en éloges sur notre bonté. Il s'est perdu un jour dans la ville, les passants auxquels il a demandé son chemin le lui ont indiqué exactement, personne ne l'a appelé sale nègre^ ce qui est la suprême injure ; quelques passants même lui ont donné des sous. Il faut dire qu'ici un Noir ne peut pas demander son chemin : s'il s'égare loin de son village, loin des siens, il est bientôt fait prisonnier, emmené et vendu. J'ai rencontré un pauvre diable dans cette triste situation ; il habitait sur la côte, en sûreté près des Européens, il s'est aventuré trop avant en pays inconnu, et maintenant le voilà parti pour l'intérieur, captif, bétail, jus({u'à la fin de ses jours. Il pleure et me supplie de l'acheter.
J'ai euAoyé Ali à Téléré ; il est de mince taille, il était seul, des singes l'ont entouré, il a dû faire feu de son gros pistolet.
Mercredi (Alarba) 2o. — Je prends quatre vues du Cogon, arbres et lianes, longue pose, il est sept heures, le soleil se fait attendre et n'envoie que de maigres rayons, l'horizon est tout noir. Nous partons. Je voulais partir hier, Ali dit qu'il vaudrait mieux attendre les neuf porteurs promis ; ce n'était pas mon avis ; en effet, ce matin trois porteurs seulement. Je renvoie Kanda, un gros homme mou qui ne peut pas suivre.
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Sur la route de Tcléri', uu supcrlx' captil" viciil nie scrrer la main ; il est grand, fort, a Tair sérieux, intelligent, heureux; il est chef d Un village près d'ici. Je voudrais et je pourrais, si j'étais installé dans h' })ays, avoir dix hommes comme celui-là, tandis qu'étranger, voyageur, ioiimaranké comme ils disent, je ne peux enrôler que des vagabonds ou des aventuriers. Je lui propose de venir avec moi, il souri! d'un bon sourire, comme devant un rêve, mais il cligne de l'œil du côté'
de son village où il va retrouver sa femme et des amis, une vie sans accidents. Ce beau garçon vaut200 francs, ce n'est pas cher. Vraiment, l'esclavage a du. bon lorsqu'il nrotîre, toul simplement pour un prix, un homme de cette vabnii*; on parcourt Paris pendant des jours sans rencontrer qui parle, personne parfaite ; si par un heureux hasard on rencontre cette âme brillant des plus rares qualités, on demeure saisi... et on ne peut que regretter le fugitif éclair, inutile séducteur, tandis que,^ avec cette belle institution de l'esclavage, je jette une pincée de louis au cerbère qui la garde, et la personne est à moi. Ce serait de l'agrément, et la civilisation y gagnerait, puisqu'elle opérerait des rapprochements passionnément désirés.
Plus loin une belle jeune fille, à l'œil vif, buste élégant, nous montre gracieusement qu'elle n'a dans sa calebasse que des sourires (*) et non pas le hirôdam (lait frais), qu'Ali lui demande.
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Téléré, six cases meilleures que les huttes de Sangarégui. Le chef a fait porter dès hier (c'est beaucoup de zèle !), à Paté-Foutah, les deux pauiers de riz en paille qu'il doit nie donner ; oO kilogrammes environ. Hier, à Sangarégui, j'ai fait piler deux paniers, l'un gratis, l'autre pour 9 petites boules d'ambre, soit 0^'",90, prix d'Europe. €haque panier rend environ 43 cancques (mesure de ration), de 350 à 400 grammes, soit 20 kilogrammes pour 1 franc ; on a le piler cher dans ce village !
Au sortir de Téléré une troupe de singes nous assaille de îses aboiements ; le chef, un gros brun, trapu, poilu, gros, comme un mouton, assis en vedette isolée sur une branche nue, regarde s'il ne pourrait entreprendre quelque coup <'ontre nous et fait des signes à sa troupe dans l'attente ; je tends la main pour prendre mon fusil sur l'épaule <rAllens, le molosse saute de là-haut dans la bi'ousse, tout disparait.
Nous déjeunons à neuf heures et demie, au bord du Tessin ; le guide prétend qu'il n'y a pas d'autre eau que très loin. Je me demande si je trouverai mes deux sacs de riz à Paté-Foutah. (Je les ai trouvés échelonnés dans plusieurs villages par fractions de plus en plus réduites.)
Après Téléré, Boogni, puis Baringui, tous villages de captifs. L'arbre à Songala est commun dans cette région ; il a l'air d'un grand lilas; son fruit ressemble à la baie <lu sureau, chaque grain est une petite boule grosse comme du plomb zéro ; c'est un grain dur recouvert <run mince enduit soluble et d'une peau sèche, il a le goût de raisin sec à peu près. On le pile et met dans l'eau, il donne au liquide une couleur ambrée rose, d'un goût de tabac assez sensible; il serait meilleur si l'on •
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n'écrasait pas le pépin. Deux jeunes filles s'empressent de m'en préparer nne calebasse ; je la paye deux boules d'ambre dont une vieille maman (car ils disent « maman » ou quelque grognement naturel approchant) s'empare prestement ; tout le monde est content.
Au moins pour l'œil, ce vin de Songala est admirable ; sa couleur de rubis a des transparences où le soleil éclate en reflets de métal, on sent que l'on va boire de l'élixir de vie. Mais le goût n'est pas à la hauteur de ces belles promesses, il rappelle l'herboriste, foin et poussière. N'ayant rien à faire qu'à attendre l'heure, j'imagine pour passer le temps de me représenter à l'aide de ce beau sang vermeil combien nos derniers rois avaient de sang de France dans les veines. Je suppose un roi et une reine, tous deux de notre sang gaulois ; ils ne sont pas nombreux dans l'histoire, mais je suppose. Je verse deux mesures de Songala pur dans une calebasse, puis, suivant les alliances dans les règnes successifs, je retire une mesure du mélange et j'ajoute une mesure de Songala si la femme du nouveau roi est de notre sang, une mesure d'eau si elle est de sang étranger. C'est à peine si après ces dilutions historiques mon mélange garde une teinte rosée. Je sais bien qu'il y a le milieu , mais le pâturage influant sans doute, ne supplée pas la race, et souvent même le milieu royal a été mêlé d'éléments étrangers. Le roi nous dit : « L'Etat c'est moi » ; or dans ma calebasse il est déjà pelure d'oignon ce roi ; l'Etat c'était lui, il aurait mieux valu que ce fût nous. Aujourd'hui nous sommes libres, il nous faut un peu de temps pour nous ressaisir, mais nous y arriverons, les progrès sont visibles; notre sang gaulois s'essaye à prendre le pouvoir, il va faire paraître sa valeur carac-
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téristique, la liberté va nous le montrer ce qu'il est, un peu différent de ce que l'histoire de ses chefs artificiels le représente. Il va paraître lui-même, toujours prompt à l'action et l'idée en avant, mais plus divers, étant plus libre dans ses aspirations, et aussi plus constant dans sa politique toujours conforme à son caractère ; seul maître de sa force, il laissera paraître toute la bonté de son cœur, la philosophie de son esprit, doux et secourable pour les faibles, patient contre les présomptueux, indulgent à l'erreur, invincible par la vérité.
Ce vin de Songala a un goût inattendu de psychologie ; je conclus que non pas le sang mais l'esprit africain subira l'influence de l'esprit importé, et que nous devons nous préoccuper de faire son éducation. Le peuple africain ne renouvelle pas le sang arabe que l'Orient lui a envoyé, les chefs s'unissant avec les femmes du pays, mais il montre une grande puissance d'assimilation ; par une modification profonde, sa vitalité toute jeune a formé, du germe supérieur qu'il a reçu, une espèce nouvelle. La race indigène ici a été un milieu favorable au croisement à ce point, que l'influence première prolonge ses effets et paraît avoir créé un nouveau milieu, une variété stable ; un certain degré de sélection paraît définitivement acquis.
Le despotisme absolu de l'origine a perdu de sa rigueur à mesure que par la diffusion du sang nouveau la différence de race s'effaçait, il se transforme en une oligarchie ouverte dont les membres sont de plus en plus nombreux et seront bientôt toute la nation elle-même.
A trois heures et demie nous arrivons à Paté-Foutah. Le voyage n'a été qu'une agréable promenade, par temps
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«•(uivert, dans do beaux sites vallonnés, animés sous bois du bruit charmeur de mille sources.
Mon pauvre tube digestif est toujours en désarroi, soutirant; je perds mes forces, c'est dommage, car tout le reste de l'organisme fonctionne sans liésiter. Je déjeune <run peu de maïs préparé par mon cuisinier, et d'un autre préparé à lu mode du pays. Le premier est la soupe de farine jaune, le second est une poudre à peine humide, très succulente, appétissante par les condiments ; je mange un peu, très peu, des échantillons, pour ménager mon malade, au regret de toute ma personne qui a grand' Taini.
Jeunes orangers; papayers; bondi ou melon de bois, bon épice ; bananes ; manpatas, sorte de nèfle ; patates ; bentara ; millet, pilé, cuisiné il forme colle, un Noir m'en -apporte assaisonné au Songala, c'est fade et serait bon surtout comme cataplasme.
J'essaye de photographier l'intc-rieur de ma case au jour diflus qui entre par la porte basse, pose 35 secondes. Malade, je dînerai d'une pilule d'opium.
Je ne souffre pas du tout de la chaleur dans ma case de paille; nous sommes en janvier avec un doux soleil de juin. En mars il fera chaud, dès avril les pluies nous rafraîchiront.
Dans les villages de captifs d'Oumar-Béla que je traverse, les habitants me font bon accueil suivant les ordres qu'apporte l'envoyé du maître. A Paté-Foutah, le chef vient me saluer dans la case qui m'est offerte, il vient avec les autorités. C'est un vieux captif à barbe grise, il a l'air intelligent. Je lui rends sa visite au Missida oii les principaux du village viennent l'assister. Puis je m'étends
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sur une natte, dehors, devant ma case, pour respirer le bon air du soir. Aussitôt tout le village, autorisé par réchange des visites officielles, vient s'accroupir aux alentours ; c'est comme aux Nubiens du Jardin d'acclimatation, seulement ici c'est moi qui fais le Nubien*. Heureusement dans la foule de riantes jeunes filles
dont les beaux yeux sont pleins de lumière, reflets du cœur prêt à s'ouvrir; heureusement encore tout cela est noir zain; si c'était rose et blanc, le pauvre Toubab s'oublierait à l'étape.
Il est tout de suite attachant d'observer, de chercher à découvrir dans l'attitude de ces primitifs, dans l'expression de leur visage, ce que la vue d'un être aussi nouveau peut leur inspirer. Les pensées diffèrent profondément, cela se voit, suivant le degré d'intelligence de chacun ; les plus inférieurs regardent cet homme étrange, tombé
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là comme un accidont sans cause, mais plus d'un parmi les intelligents, montre par son regard tourmenté, que des inquiétudes secrètes s'éveillent en lui et l'appellent à se rattacher à cette supériorité ici révélée.
Tous ces gens sont à vendre, SO francs pièce, plus ou moins suivant qualité! L'esclavage est abominable, le négrier est le plus vil des hommes, un être déchu, la honte et la fin de l'homme. Mais il faut distinguer. Le ]K)urvoyeur, le marchand d'esclaves est l'être infâme, il faut le détruire, tandis que le Noir qui joue sa liberté dans une guerre, contre la liberté de son ennemi, est un pauvre diable qui manque de lumière, mais dont on peut encore faire un homme. Le maître ici n'est point méchant; tous ces gens sont heureux, ils travaillent un peu le matin, au frais, pour produire riz, mil, maïs, coton, etc. ; le jour ils dorment, le soir ils pilent, la nuit ils dansent. Leur propriétaire ne vient jamais, leur chef immédiat est l'un d'eux qui administre la petite colonie et la fait prospérer.
Ces chefs vieillissent et meurent à leur poste. Celui de ce village est là depuis trente ans, il a une femme qui le mène par son gros nez épaté tout comme s'il était un homme libre. La commère est alerte et joyeuse, on lui donnerait vingt ans de moins si elle s'habillait chez Worth ou Félix, ou seulement au Coin du quai. Il n'y a pas un Parisien qui ne soit un malheureux auprès de ces gens-là si on mesure l'heur à la peine. Ils ne sont pas libres d'aller au loin, mais le libre Parisien, si libre qu'il soit, n'a pas le temps de dépasser Asnières, plus d'un reste des mois, sinon des années sans sortir de son quartier, sans quitter sa montagne ou son marais. Or le territoire nègre n'a pas d'étendue, la forêt est impénétrable, le Noir n'a rien
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à faire là-dedans, rien ne l'attire non plus chez son voisin où tout est pareil. Le cruel est qu'il peut être vendu, mais ce malheur n'arrive pas; depuis que l'infortune, les malchances de la guerre l'ont amené ici, il demeure, il est tranquille ; son maître a des esclaves, mais il n'en fait pas commerce, il ne revend que les mauvais; les autres paisiblement vivent à plaisir, multiplient comme des bêtes, mangent à discrétion, le surplus seul de leurs récoltes est pour le maître. Si on leur proposait la liberté, si on les rendait à eux-mêmes, la plupart seraient maladroits, embarrassés, ils refuseraient peut-être. La vie mercenaire est triste mais plus facile, l'initiative est la qualité rare qui fait la valeur de l'homme.
Ce bonheur stupide dissimule les torts du système, il nous cache la vérité , il est pour le philosophe la condamnation de l'esclavage ; l'homme n'est pas fait pour vivre comme une bête à l'étable, il doit travailler, lutter et non pas vivre paresseusement. La dignité de l'homme est proportionnée à l'initiative qu'il dépense, à la responsabilité qu'il a su choisir et qu'il prend. Une société où l'Etat prendrait tout le souci, serait celle-là même de ces villages d'esclaves où je ne vois que des gens heureux,
Bon souper, bon gîte et le reste.
Egalité dans la nullité; l'homme n'est pas fait pour la quiétude de ce métier de bête.
La vie est facile dans ce pays, tout pousse tout seul; il est vrai que les bag-bag surviennent qui mangent tout. Un colon de Boulam avait créé une plantation de café, cacao, orangers, etc., les petites fourmis l'ont mangée et ruinée. Elles n'ont rien de bien particulier, ces petites
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I)ôtes; à pi'cmiôi-o vue, elles ne cliirèi-eiit pas des nôtres, mais elles ont un caractère, des miiMirs tout ditîérents. Lorsqu'elles mangent du bois, elles remplacent grain à grain par de la terre agglutinée, chaque parcelle de la surface, et se ménagent ainsi de longs tunnels, des passages couverts où elles continuent leur exploitation. Un fagot mangé par les bag-bag représente exactement la même forme que s'il était intact, c'est l'apparence du bois, ses rugosités, ou croit Aoir encore des branches et même le lien qui les retient, taudis (|ue ce Jie sont que des tubes creux qui s'émiettent sous le pied, réduits en poussière. A chaque pas on rencontre à terre des l)ranchages ainsi changés qui n'ont plus du bois que l'apparence.
Les nids de ces petites bêtes sont des monuments d'architecture en terre compacte, dure, résistante à la pioche ; ils ont très ordinairemejit 5 mètres de hauteur, 10 mètres de circonférence à la base, le haut ingénieusement tourné en trois ou quatre longs clochers formant toitures pointues ; on en rencontre partout en grand nombre, jusqu'à 30 ou 40 dans un champ d'un kilomètre carré.
Vendredi 27. Nous arrivons à Guémé après 12 kilomètres accidentés. Les collines sont courtes, arrondies, il serait facile de les contourner par ime pente régulière, mais ce n'est pas par ici qu'il faut entrer dans le Foutah, on ne trouverait dans cette région que l'aliment d'un chemin d'intérêt local. La roche en place affleure partout, très dure.
Guénu; est un important mi ssida de iO ou TîO cases. Le chef, Ouri, est empressé en paroles et en actions aux ordres d'Oumar-Béla. Je lui donne un peu d'ambre, il fait amener un mouton, apporter du riz, et promet qua-
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tre porteurs. J'achète en plus un autre mouton et 40 kilogrammes de riz. Ouri avait d'abord donné du riz non pilé, mais Ali mécontent dit sèchement que jamais il n'oserait présenter ça à son Blanc. Le chef grogne, Ali tient bon, les \ieux reconnaissent que le fouhab est un èlre supérieur, K> chef fait piler son riz.
Guémé est encore dans le Bové ; ses habitants sont en relations relativement fréquentes avec la côte et ils n'admettent pas que si peu de distance augmente \c prix des marchandises; ils voulaient de l'ambre numéro zéro pour leur mouton, ils ont fini par se contenter de 4 boules num<''ro 1, qu'ils avaient refusées d'abord; soit 8 fr. 80, coût de cet ambre en Europe, pour un mouton de bonne taille, c'est plus que le prix.
Visites ordinaires. Les uns se présentent bruyamment, curieux, sots, pleins d'assurance, enflant leurs boubous, vanité nègre, il n'y a rien dedans ; il ne faut même pas se douter de leur présence, hormis le salut de politesse. Les autres sont discrets, timides môme, on peut les accueillir, mais il est difficile d'en tirer utilité. D'autres enfin se présentent ou se laissent rechercher simplement, sans forfanterie ni timidité, ne parlent qu'à propos, ouvertement ; ceux-là st»nt la raison, ceux dont il faut faire cas pour s'instruire. Ne blesser d'ailleurs ni les uns ni les autres.
Déjeuner : cervelles, foie, rognons, deux côtelettes et douze oranges ; je goûte un peu à tout et je bois les oranges. Je pourrais ajouter macaroni, légumes, thon, sardines, etc., biscuit, chocolat, confiture, cognac (1848), mais ce sont vivres de route pour les jours de détresse et je n'en ai que très peu, quarante rations en tout.
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La nuit ici est silencieuse, quelques grillons discrets, ce n'est plus le tapage de l'exubérant Sangarégui; cela tient sans doute à l'altitude plus grande et au sol moins fertile, de roche partout.
Temps très couvert, noir comme s'il allait pleuvoir. La saison dite sèche ne dure passix-mois de soleil fixe. Dans nos régions, en dehors des tropiques, le soleil se rapproche de nous pendant six mois et s'éloigne pendant six mois; entre les tropiques il se rapproche, passe au zénith, s'éloigne vers le pôle, revient au zénith et s'éloigne pour la seconde fois, vers l'autre pôle , dans une même année . On compte ici, d'après cette marche du soleil, deux étés, h; grand et le petit, mais cela amène un peu de précipitation dans les arrangements successifs de l'atmosphère avec la terre ; dans la montagne, sous cette latitude compliquée d'altitude il y a un peu de confusion entre les saisons.
Température 23 degrés à peine, dehors ou dans ma case, c'est tout juste chaud, j'augmente mon vêtement d'une veste légère.
On me dit qu'en juillet le Kakriman est navigable à Télibofi (je l'ai en effet traversé en pirogue en 1880), mais que maintenant, janvier, on le traverse à pied; nous verrons.
Un grand papayer porte sept ou huit branches, ce qui fait une centaine de melons sur le même arbre ; un tout jeune sujet n'a de fruits que sous le chapeau (*).
Temps plus couvert, petite brise, 500 mètres d'altitude, 24 degrés dans ma case après midi, mes hommes ont froid.
J'ai donné l'ordre de chercher un porteur pour rem-
DE RARALÂNDÉ A TlMBl-TOUMI.
placer un certain Alpha, marabout, espion, que j'ai engagé faute de mieux. INIes hommes assuraient qu'il était à sa besogne et ne parlait jamais, j'ai pris patience, mais aujourd'hui mes hommes furieux viennent me
dire qu'Alpha a excité les gens de Guémé contre nous pour qu'ils ne nous donnent rien, il a dit qu'il fallait nous faire payer trèscher. (Comme simple renseignement à mes successeurs, je dirai
qu'ils doivent se garder de confier leurs projets à personne, les influences établies à la côte s'emploieront plus ou moins à les faire espionner et à prévenir contre eux les chefs de caravanes et par eux les chefs sédentaires à l'intérieur.) Dès que je trouverai un remplaçant j'expédierai ce fâcheux.
Dimanche 29 janvier. — Temps couvert, un peu de pluie; le chef nous a donné quatre porteurs, dont un enfant.
Compéta. — A mon arrivée, haie de curieuses, défilé de rieuses jeunes filles, une seule est un peu jolie, elle s'em-
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prosso troiivrir ses voiles (*) quelle élève b'gèremeiitsiir sa tête, retombant sur ses épaules, pour ne rien dérober de ses charmes gracieux ; les matrones à la mamelle liquéfiée déballent avec moins d'assurance, c'est généreux de leur part, cette poche fluide a l'air d'un fleuve de viande tant elle est plate, longue, large, et paraît liquide.
Le chef et les vieux ont tenu séance snr la place du missida (mosquée) et après un palabre à demi-voix, sal men , rotements de satisfaction, ils ontdéclari' qu'ils étaientbien contents et ont désigné les cases nécessaires. Puis l'envoyé de Yaya, qui est ici le haut coinniissjiire supérienr, est venu me saluer.
Le pays est en émoi, un frère de Yaya occupe les routes, les montagnes du Tomine, le Baffal, et veut se tailler une part dans l'héritage paternel. Yaya a envoyé un homme de confiance avec une troupe de captifs guerriers pour protéger Compéta. Ces gaillards ont commencé par manger toutes les oranges, on ne voit plus que les écorces à terre, ils ont pris bœufs et moutons. Les habitants ainsi protégés ont éloigné à la hâte ce qui leur reste de leurs troupeaux. Il me semble voir les événements des premiers temps de notre histoire.
Je ne peux pas, paraît-il, passer par la route qui longe le Tomine, elle est occupée par X. ; ça me serait égal de rencontrer cet audacieux, il doit avoir une valeur puisqu'il prend place; il serait bon de l'entendre, mais le chef ne peut me donner aucun homme pour aller de ce côté, X. leur ferait couper la tête. Il m'en donnera pour Téliko ou Orévendo ; soit, je repasserai pendant quelques kilomètres sur mon sentier de 1880, je vérifierai mes hauteurs et mes distances. Ici on ne connaît pas la
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montagno dite Séniaki, on connaît le mont Baffal. Compéta est à égale distance de Costettam et d'Oré-
-Zr^i ' >^
- ^ i^f'ffyti.'^
vendo, au sommet du triangle, il est a un jour de marche de chacun d'eux, soit HO kilomètres; à deux jours de marche de Madina, près Bouli, entre Costettam et Madina.
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Sur ma demande le chef me dit qu'il se rappelle avoir vu un Blanc se rendant à cheval à Tinibo, il y a trente ans environ, Lambert probablement. Temps couvert, pluie une partie de la nuit, la lune pleine est à peine visible.
On dit que les ongles longs sont un signe de race, les ancêtres de mon torodo Ali doivent être nés bien avant le premier homme, car la racine de ses ongles couvre presque toute la longueur de la première phalange ; il a ainsi de grands blancs au bout de ses noires pattes d'araignée, qui ne sont d'ailleurs pas sans élégance.
Lundi, temps toujours sombre, 24 degrés à midi dans ma case ; soleil complètement invisible ; pour la première fois je ne couche pas dehors.
L'envové de Yaya revient avec le vieux chef, je vais lui donner des lettres pour son maître et pour mes gens à la côte, j'écrirai à ma famille, ce sera un répit dans ma course.
On a servi ce matin sur ma table royale, c'est-à-dire à terre, du lait, du riz et du mouton, j'ai fait ajouter du chocolat et du thé ; ce serait somptueux si je pouvais manger. Ce mouton, nous l'avons acheté hier à Guémé, il a montré peu d'entrain à quitter son pâturage et s'est fait tramer, campé sur ses jambes raides, résistant de ses quatre pieds. Cette fatigue préparait sa vengeance posthume ; il est dur, la côtelette est récalcitrante, la dent s'y imprime sans l'entamer. Je fais préparer le foie et la cervelle. Ce soirlemicrobe nous sera venu en aide, le gigot sera tendre, demain, s'il en reste, mes Noirs le mangeront à la cuillère. Je l'avais cependant fait reposer sur de la litière, il avait bu, et je l'ai fait tuer de bon matin, il a mal répondu à mes attentions.
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Toujours malade, cela devient fatigant; je vis de bismuth et de laudanum, maisj'aimerais mieux dîner bien, j'en ai un besoin croissant.
Visité par cinq ou six seigneurs qui viennent me saluer, dire bonjour : Tana ala, cori dianval, diam, diam ton, tana o ala.
Le regard de la jeune fille hésite, léger, voltigeant comme un papillon ; le regard de la jeune femme butine comme l'abeille, rencontre mon regard, s'en empare et l'attire au fond de son œil pour le choyer et se faire désirer ; la femme mûre bourdonne comme un frelon, son regard se pose, touche à tout, et dun œil égoïste elle expertise et importune ; les toutes vieilles branlent la tête.
Je confie mes lettres à Modhi Tannou, le représentant de Yaya, il les portera ; pour en être sûr je lui donne une note contre laquelle, lorsqu'il remettra ces lettres, on lui donnera les cadeaux que je destine à Yaya et qui attendent chez moi : cent vingt gourdes environ (600 francs) en objets divers qu'il m'avait fait demander.
L'explorateur avec son bagage est un berger cherchant à faire passer un mouton appétissant au travers d'une bande de loups.
Le riz qu'Ouri, le chef de Guémé, m'a donné, a été fourni par les gens du village ; sur un ordre chacun en a apporté un peu. De même dans les petits villages les habitants apportent des vivres par corvées commandées. Le grand chef encaisse les cadeaux, les petits payent ; Oumar-Béla a encaissé, de même Yaya, de môme Ouri, de même partout ; c'est la féodalité, le seigneur en échange assure dans ses Etats la sécurité que ces gens sans consistance ne sauraient préserver.
Un Noir du bas de la côte me raconte que les singes, nombreux dans son pays, attaquent les passants isolés, les femmes surtout, (juclquefois même, à conps de pierres, ils assaillent de petits villages; ils sont très adroits, ne manquent jamais leur but. Ils pillent les cliamps d'arachides aussi promptemenl (juc pourraient le faire des cultivateurs organisés ; ils arrivent en ordre, et, pendant (|ue le chef juché sur une branche veille et dirige l'opération, tapant la terre de leurs petites pattes, ils font surgir les arachides, la récolte est faite en un instant. Ils tuent les plus gros serpents, les suspendent à une branche et reviennent les manger quand ils sont à point. Ils hari'.èlent les tigres en se mettant en nombre ; ils s'attachen t à un seul, le suivent, et se réfugiant de branche en branche et saisissant l'occasion, ils le frappent à coups répétés et finissent par le tuer. Il y a peu de tigres et de serpents là oii il y a des singes ; c'est un destructeur des autres animaux. AuRio-Nunez il y a une petite espèce de singe au poil lustré qui ne vient jamais à t^^rre, il reste toujours dans les branches ; pour boire, il casse ou plie une branche, la l'ait plonger, et descend tout du long jusqu'à l'eau. (Ce n'est pas Linné, il est vrai, qui me raconte ces histoires, c'est un Noir ; mais ce Noir est né <lans le pays.)
Dimanche : état misérable, mon appareil digestif malade n'accepte ni riz, ni maïs, ni arachides, ni songala, ni le bœuf, non plus que le poulet; je lui offre de la colle <le pâte préparée avec de la farine de millet ; ça tremblote comme la colle des poseurs d'affiches ; j'offre du lait, un beau fromage blanc; et finalement je m'en tiens au laudanum, aux pilules d'opium tout de suite calmantes;
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mais ça ne peut aller loin ainsi, serai-je donc arrêté par ce misérable... accident de Baralandé?
J'entends pour la première fois cette année l'oiseau qui, à l'aurore, chante ses tendres adieux à la nuit et salue d'un chant vainqueur le jour naissant; son doux chant du matin me rappelle les émotions de mon précédent ^oyage. Dans le bas pays, plus ardent, les chants sont des cris sauvages, durs; ici àSOO mètres d'altitude, sous un climat plus souple, ils sont plus civilisés, modulés, presque spirituels, on entend même l'insolent pierrot du boiilcAai-d représenté par un petit gros-bec violet.
La région est boisée, mais ce n'est pas là qu'il faut linbiter; à 1000 mètres d'altitude, entre Labé, Ivakel et les Timby, Nieguélendéetïimbo, l'Alpe est plus européenne. Rien ne me paraît nouveau, il jie me seml)le pas (jue je voyage, rien ne m"a2)porte plus d'émotion ; j'en suis réduit à chercher dans mon souvenir les émotions de ma première rencontre avec le pays Noir; si quelque incident les réveille je les accueille comme on retrouve d'anciens amis. C'est ime sensation folle qu'on éprouve à chaque pas lorsqu'on entre pour la première fois dans ces choses étranges et que l'on croit s'avancer dans un mystère. Mais il n'y a pas mystère, tout est là devant nos yeux, la nature nous offre partout sa poésie et le nègre tout simple est tout grand ouvert à notre observation ; rien n'est mystérieux, tout est bientôt mesuré, on cherche encore danscet inconnu après qu'on en a déjà plusieurs fois fait le tour. Ce n'est pas l'homme noir et son continent qui étaient difficiles à connaître, c'est la mer qui était trop large à traverser; dès que nous avons eu de nombreux et rapides bateaux, nous avons abordé et dévoilé aussitôt le prétendu mystère.
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Maintenant il n'y a pas une minute à perdre, le problème a livr('' loutes ses données, il faut organiser cette force (jiii s'ofTre à nous, et non pas nous attarder à douter de sa réalité et à la discuter, il n'y a plus à faire le Robinson dans une île qui n a plus de secrets ; le temps des explorations est passé, il faut partout arriver avec des institutions appropriées.
Dans ce but je suis là pour noter, mesurer et faire de la diplomatie locale.
Il ne m'est pas facile de faire des progrès dans la langue du pays au milieu du jargon qui m entoure ; un de mes Noirs s'appelle Abdul-Ay. et on l'appelle ainsi quand on en aie temps, mais à l'ordinaire on dit : Ablay; il en est de même pour la moitié des mots. La parole humaine ici est à l'état embryonnaire, elle se borne le plus souvent à placer quelques coups de sonorité, comme des traits de lumière, sur le grognement qui fait le fond de cette tentative de langage; j'ai de la peine à saisir au passage môme les mots que je connais. Mais à côté de cette paresse à l'effort de l'homme naissant dans la bête, il y a la précision de l'organisme tout neuf de cet homme jeune ; (juand les Noirs prononcent, ils le font avec une diction très nette.
Que de pierres ! que de pierres ! C'est la Crau de Provence sur un labour dans la roche solide. Ces fragments gros comme le poing, ou comme la tête, n'ont été polis par aucune érosion, ils ont les aspérités de la pierre meulière ; la roche massive, en place, déchirée de rugosités profondes, confond avec eux ses aspérités fixes qui affleurent partout. La marche est fatigante dans ces inégalités inexorables, les pieds nus s'y déchirent, mon pied fortement chaussé se
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prend à chaque instant dans ces étroits sillons. Un peu de terre végétale, si peu qu'on ne la voit pas, un peu de poussière suffit à l'herbe qui recouvre tout dès qu'il pleut; alors la lande de pierre devient marais, car la roche sans fissures n'absorbe pas une goutte d'eau, toute l'averse reste là, s'écoulant lentement par les bords de la plaine.
Lorsque les hautes herbes sont sèches on y met le feu; c'est maintenant. L'Européen s'étonne, habitué à redouter l'incendie et à le combattre comme un ennemi ; ici on prend la peine de lancer un tison dans les herbes épargnées. Les flammes comme une mer mouvante s'étendent de tous côtés ; rouge sombre sous la clarté éblouissante du soleil et traînées par le vent dans les flots plus noirs de la fumée, elles ressemblent à des fauves en troupe se ruant à quelque proie ; elles rôdent à la lisière des bois qu'elles ne peuvent entamer, et de leurs gueules sanglantes cherchent à lécher les basses branches. C'est souvent le seul habitant que je rencontre dans cette région relativement déserte, les gens et les cabanes, les troupeaux même y sont plus rares que l'incendie.
Après le feu, dans la cendre, sous la rosée abondante, l'herbe repousse aussitôt, les bœufs paissent grassement. Nitrates et superphosphates, tout comme le socialisme, sont encore inconnus dans ces contrées oii la nature intensive offre à tous des fruits surabondants, se charge de satisfaire à tous les besoins de l'homme-bête.
Ces grands bois seraient agréables à parcourir par des routes bien tracées, à l'ombre sous les orangers et en intelligente compagnie ; il n'en coûterait pas trois cent mille francs pour organiser la promenade de Longchamps de l'Océan au Niger par ces montagnes du Foutah ; arrêt à
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Kahcl, Broual-Tapais, Yali ai Socoloio. Il ou coûterait plus de diplomatie que d'argent pour dérider les augures de Fougoumba et ne pas subir de leur part plus de contraiute que des gens nerveux ne peuvent en supporter. L'excursion cependant réserverait à une caravane parisienne assez d'imprévu, voire même de danger, pour tirer une jolie femme de la contemplation où elle s'absorbe de sa précieuse personne et lui inspirer de petits râles d'angoisses dont sa coquetterie pourrait au retour obtenir des effets nouveaux ; danger limité d'ailleurs, car le Dialonké très galant n'est pas anthropophage.
Le chemin que l'on fait par le seutier est plus long (|ii'il n'est raisonnable, allongé par les détours ; le Noir paresseux se laisse aller à la pesanteur, s'il rencontre un obstacle, une touffe d'herbe, une ])ranclie tombée, il le contourne plut(M que de le repousser ou de l'enjamber.
Les lianes à caoutchouc se rencontrent partout ; elles ont un air pitoyable, toutes tailladées; leurs contorsions sont des gestes de suppliciés, on les entend crier, et dans le rêve, c'est la gent esclave, morte sous le fouet, qui peuple ces bois et poursuit le voyageur de ses lamentations, lui montrant ses plaies et appelant sa justice.
Compéta est à ilanc de coteau, au carrefour de trois vallons très boisés de grands arbres ; nombreux troupeaux de bœufs dans les pâturages, au loin. Du village on ne voit l'ien, la vue ne s'étend d'aucun côté, le Noir dans le choix de ses emplacements ne fait rien pour la joie de l'œil, du moins à mon sens européen. Compéta est un grand centre; en approchant de la ville j'entends un chœur nombreux de jeunes voix chantant la gloire d'Allah, et soutenu par le grognement nasillard d'une épinette dont les cordes
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sont détendues; et ça dure, et il y a un ténor qui se détache sur le tout par trois ou quatre cris en solo dont les autres font le refrain; couplets tous pareils et refrain ?V/., ce qui donne plus de force à l'invocation répétée ; Allah doit sourire d'aise et sa cour demeure saisie.
Je passe encore le mardi 31 janvier à Compéta, non pour mon agrément ; Tannou dit qu'ayant pris le village de force il n'est pas très aimé tout de suite, et qu'il ne peut exiger des porteurs qu'avec prudence; le vieux chef, vaincu pour le moment, dit qu'il ne peut rien sans l'ordre de Tannou. Comme ils n'habitent pas ensemble et qu'ils ne demandent qu'à ne pas s'entendre, cet échange de vues avec nous occupe toute la matinée. Je fais un petit cadeau à Caïphe, un petit cadeau à Pilate pour que l'interprète ne soit pas plus longtemps promené sur le pavé trop uni des bonnes intentions : une gourde en argent à Tannou, ^ — c'est ce qu'il désirait, bien modeste — , et trois gourdes et demie en ambre au vieux chef ; il dit que ce n'est pas assez; et pourquoi donc ça, vieux nègre?
Ils s'entendent pour ne pas s'entendre, l'un m'offre un guide pour ce matin, l'autre des porteurs pour demain. Cette combinaison en zigzag est leur chef-d'œuvre. Je dis pour couper court à leur obstruction, que je vais laisser deux caisses qui sont destinées à l'Almamy et partir avec mes bagages. Ils répondent que l'Almamy leur est indifférent ainsi que ses caisses, mais il est visible qu'ils se vantent; ils ne veulent pas que je laisse en arrière, chez eux, des caisses aussi compromettantes ; je laisserais ma pipe allumée dans leur magasin à poudre qu'ils ne montreraient pas une plus fausse assurance ; ils courent comme des fourmis dont un insecte malfaisant aurait
occupé le nid, criaiil de tous les côtés à leurs échos de paille que ça leur est bien indillérent.
J'ai réuni dans ces caisses le plus lourd et le moins nécessaire de mon bagage, mais cependant les objets les moins faits pourtenter ces pillards s'ils ouvrentles caisses, — mon sextant par exemple, — car je ne voudrais rien perdre n'ayant rien de superflu.
Je fais de petits cadeaux à trois femmes qui m'avaient apporté hier du lait; j'achète un quartier de bœuf à un captif de l'Almamy qui va à Rio-Pongo trafiquer pour son maître ; pas trop malheureux il me semble ce captif plus libre que moi. Je pense, — car ce n'est pas ici l'usage (|u"un homme, même captif, c'est-à-dire porteur patenté, se promène par les bois et les villages un quartier de bœuf sur la tète, — je pense que ce captif a apporté l'ordre de faire tuer un bœuf qu'on me donnera de la part du roi, et suivant l'habitude il vient me vendre ledit cadeau ou du moins ce qu'il en reste ; et il dira de ma part au roi que je suis bien content, que je le remercie. Mais c'est l'usage, les courtisans vivent des largesses royales qu'ils mendient et que le peuple, par l'impôt, alimente ; si je ne m'y prêtais, ils me tiendraient pour un manant.
Diverses visites, autre captif de l'Almamy qui va à Bangalang, espions curieux, renseignements divers sur le Kakriman, le Kokoulo, Gambadaga, deux dixièmes de vérité, cinq dixièmes d'erreur ou d'à peu près, trois dixièmes de gros mensonge naïf se proposant un but.
En dé'pliant un paquet plié dans un vieux Figaro je lis le compte rendu de la première de la Souris de Pailleron ; quelle différence de genres de vie, combien de
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^iècles entre ces cases, ces gens, ces moenrs, et nos salons!. Quel temps faut-il compter pour justifier une parenté, un lien?
J'ai essayé de déjeuner d"un peu de riz cuit avec du bœuf et des légumes, soutenu dune tasse de thé; vaine tentative; le soir j'ai dîné d'une pilule d'opium qui m'a doucement calmé, la nuit je repose et le lendemain je quitte Compéta tout dispos. Si j'étais installé, avec les ressources du pays je vivrais bien, le climat est bon.
Une femme m'apporte une calebasse de songala, impossible d'accepter, mon bagage est déjà prêt à partir, je n'ai rien sous la main à donner en échange ; elle insiste cependant, car c'est gri-gri, mascotte ; j'ai donc trempé mes lèvres dans ce breuvage et passé la calebasse à mes deux gardes; ils n'ont pas l'estomac malade et boivent l'œil braqué sur le fond du récipient.
1" février 1888. — Au départ de Compéta, Tannou et le vieux chef avec ses seigneurs m'accompagnent un kilomètre hors du village. Bois et champs de pierres; ma route de t880 parallèle à celle-ci et plus au nord montrait un peu plus de terre ; le sentier sur ce sol très inégal est fatigant comme dans une terre labourée,
Compéta est assez facilement approvisionné, la région a des ressources; bœufs, moutons, poules, riz, arachides, papayes, oranges, songala, mil; mais, par suite de l'état de guerre et de l'occupation par les gens de Yaya, on ne peut rien obtenir, ces vainqueurs se réservent tout. J'achète 10 kilogrammes de riz net c'est-à-dire décortiqué, pour quelques boules d'ambre valant 1 fr. 90 en Europe, soit environ 5^', 70 ici, ce qui fait par 100 kilogrammes 57 francs; pour les gens de l'endroit, l'influence d'Oumar-
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Bêla n'a pas dépassé Guéiiié. A Compéta chacun est indécis, les chances de la guerre trouhlent les relations, personne ne domine assez pour commander complètement.
A 11 kilomètres de Compéta \v sentier hifurque, la hranche de droite va à l'Est un peu sud vers Orévendo, la hranche de gauche, la nôtre, va à l'Est un peu nord ; elle descend par un vallon creux, des bois de bambous sur 7 kilomètres, jusque dans une plaine coupée d'un petit ruisseau de ijuelques litres à la seconde courant sud-nord. Le schiste, de gros rochers de grès gris ont remplacé le quartz rouge ferrugineux. Des hauteurs avant cette descente j'aperçois dans l'Est un peu Nord deux tours semblables à la tour de Maci et qu'on me dit être la montagne de Naté-Coba.
Midi, 28 degrés ; l'eau du torrent a 24 degrés, elle coule au chaud sous les bambous par filets courants et par larges flaques stagnantes. Temps couvert, il a plu quelques gouttes cette nuit; Aers onze heures le soleil perce vaguement et fait un rond tout pâle. Je transpire à peine en marchant, légèrement vêtu il est vrai : pantalon et gilet-veste de madapolam, ceinture de laine, mes chaussettes, mes bottines, mon casque; en tout huit pièces, avec mon foulard et mon ombrelle, pas un fil de plus. Mon Noir porte mon petit châle de laine plus que commode, indispensable pour se préserver des courants dair relativement frais lorsqu'on arrive en haut d'une côte gravie en plein soleil, pour traverser les fourrés à l'ombre, nécessaire pour s'asseoir sur la terre humide, sur les feuilles piquantes, sur la roche dure ; le Noir le porte dans une enveloppe de cuir, car sur son bras il lui communiquerait son horrible odeur.
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Ici dans la montagne, dans ce mois de janA'ier, on peut vivre tout le jour dehors, le meilleur moment est le matin de cinq heures et demie à dix heures, puis de quatre à six du soir, quoique encore l'air du matin soit un peu agressif pour le poumon ; les chefs me conseillent toujours de ne pas quitter mon ahri avant sept heures et demie ou huit heures.
J'ôte mon vêtement, on le lave dans le torrent, il sèche et je repars après le déjeuner, propret, tout à neuf. Mes hommes commencent à s'habituer, ils ont fait 17 kilomètres sans hésiter, ne se sont reposés que deux fois.
Quand on trouve ici un long fil noir ou blond dans son riz, on est sûr que ce n'est pas un cheveu, c'est une patte d'araignée.
Mon porteur-marabout ou marabout-porteur gémit tout le temps sous le poids de son bagage ; il est vrai qu'il n'est pas fort, mais il tient à faire cette besogne et à grogner. Aussitôt arrêté il prend sa planchette à prières et psalmodie tout en écrivant à Allah ! C'est un autre murmure non moins agaçant.
Ce marabout sans gêne fait sa toilette, crache, mouche, nettoie dans le torrent, à quelques mètres en amont de l'endroit où mes hommes qui achèvent de déjeuner viennent de boire; ils se sont tous baignés avant déjeuner, mais plus bas. Tout d'abord on ne le voit pas derrière les racines qui pendent de la berge, mais au bruit de ses reniflements on le découvre s'agitant dans le courant ; une explosion d'imprécations éclate en cinq ou six langues ; le disciple d'Allah, borgne d'ailleurs mais pas sourd cependant, n'en crache pas une fois de moins sans se distraire de sa prière et offre le tout à Mahomet. Cet homme-
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là connaît lo cd'iii- hiunain. on lo lui a ('\j)li(|n(\ los camarades sapaisent dominés par son indillV-nMicc mysliqui'.
A 21 kilomètres de Compéta, le Yangalr-. joli torrent dans les rochers, oO litres à la seconde, coule au nord vers le Tomine, à deux heures diri. Nous couchons près d'un village de bergers, cabanes de feuillage, dépendant de missida Taganta , an nord-est. Jusqu'ici grès friable, prairies sablonneuses, troupeaux de bu'ufs. \ louest une longue échine noire barre l'horizon, elle paraît avoir deux cents mètres de hauteur au-dessus de noire station au bord du Yangab' ; personne ne peut m'en dire un nom.
Temps lourd, nuages noirs, tonnerre, baromètre 739, température, à deux heures, 30 degrés. Avec quelques boucles d'oreilles, article de Paris, j'achète lait, songala. mil en farine.
Sous ces abris de feuillage épars dans le bois, car ce ne sont même pas des cases, habitentune trentaine d'hommes, femmes et enfants; ils ont le sang vicié, tous sont couverts de plaies ; sur les enfants nus on les voit de la tête aux pieds, les jeunes filles en cachent, sans s'y appliquer, ce que le boubou d'usage peut cacher, les vieux sont bon-ibles. Que de réllexions sans fin amène la vue de ces malheureux, la chair vive à nu, assaillis par les mouches, l'odeur sepfique, pires que Job, mais plus naïfs dans leur misère étant sans discussion avec aucune cause ; pour eux leur état est normal, tout simple, sans étonnement ; ils me considèrent peut-être avec comj)assion!
Mon campement ce soir est du plus bel effet, les hauts bambous éclairi's en dessous par nos feux forment un clair rideau tiré sur la nuit profonde: sous la voûte de leurs longues tiges, au centre les bagages, et tout autour,
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les porteurs diversement groupés; les uns cuisinent, d'autres se raccommodent, les paresseux s'étendent, quelques-uns, toujours les mêmes, font des tours d'acrobates, les bavards sont en rond.
Après tonnerres, éclairs, tourbillons deA-ent, menaces
de tempête, il a plu à torrent mais paisiblement toute la nuit. J'avais abrité mon lit sous une toile tendue (*), sous les bambous ; mes Noirs roulés dans leurs nattes comme des mollusques dans leurs coquilles, ont dormi sous l'averse, indifîérents au temps. De grosses fourmis blondes mont assailli de concert avec d'autres petites noires, le moindre froissement les tue, mais il est incommode pour dormir d'avoir à se débattre sans trêve.
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2 février. — Tempéi-iiliirc à six heures du matin 20 degrés, baromètre 742. Icmijjs clair, quelques nuages. Je pourrais acheter un Ixi'iil". le uuirché est conclu, mais je n'ai personne pour porter la viande et je ne peux m'attarder à la consommer dans ce campement trop chaud pendant \o jour et qui n'est pas mon l)ut ; je crois (juau fond, pour être sincère avec moi-même, je trouve ces bergers trop lépreux pour m'ap provisionner chez eux.
De belles falaises encadrent le Yangalé; dans ce vallon étroit la terre est noire et assez épaisse sur la roche sousjacente ; je vois de nombreux troupeaux. C'est ici le premier endroit habitable où Ton pourrait cultiver, mais il est bas, encaissé, manque d'altitude ; nous avons redescendu et ne sommes qu'à 150 mètres au-dessus du niveau de la mer ; on doit pouvoir d'ici gagner la côte sans avoir de montagne à franchir, en suivant la fuite du Tomine. Nous retrouverons même roche, môme terre, entre le Kakriman et Labé, avec l'altitude maximum du Foutah, sur le plateau de Kahel.
On m'offre biradam {\i\'\t îvah) et cossam (lait tourné), en abondance, pas d'oranges depuis Compéta; si j'avais suivi le sentier qui traverse les missida et les grands foulahsso, j'aurais eu constamment des oranges, mais aussi plus de contrainte, palabres, cadeaux à faire, retards ; par les villages de bergers pas d'oranges, mais pas de palabres, lait à discrétion. Je vois dans le paysage, sur la gauche, de belles falaises isolées, semblables à de larges bornes ; l'indigène désigne ces géants de pierre sous le nom de Foutah-Fanga.
Nous déjeunons dans la vallée du Donso ; des femmes
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(lu Oz/ro (village de ])ergei's) voisin viennent voir le Blanc ami du roi, le saluer et offrir du lait; sur le bord du torrent, est un marché de caravanes, quelques femmes, trois ou quatre, vendent du lait tourné (cossam), un peu de riz, des poulets. Le Donso (15 mètres cubes à la seconde) se jette au nord dans le Tomine; beau lit de grès dur; son lourd flot transparent, tordu dans les rochers, a ravi mes Noirs, ils se plongent joyeusement, — quoique sortant de déjeuner, — s'abandonnent dans le courant et roulent dans le tohu-bohu des cascades et des tourbillons jusqu'au bas du rapide; et remontant par terre ils recommencent, heureux poissons !
Ces Noirs m'humilient, je croyais manger vite et voilà qu'ils avalent 1 kilogramme de riz (trois demi-rations), pendant que je goûte à la mienne. Mon estomac toujours empoisonné ne se guérit pas et ça m'épuise.
Arbre à caoutchouc sur le chemin ; le sentier est souvent à l'ombre, 29 degrés à midi, temps découvert, beau soleil, fraîche brise. A quatre heures nous nous arrêtons aux cases de Diaïa Kadé, femme de qualité sans doute, qui possède ce coin et commande ici. Nous sommes au pied d'une falaise (*) qui a nom fello touldé (hauteur) Paray.
Ce rocher m'hypnotise, je prends quatre hohimes pour me frayer la route et je grimpe à la suite de ma curiosité. La falaise a environ 200 mètres au-dessus du village, 230 au-dessus du Donso. Après 10 kilomètres de course et ascension pénible, difficile même, dans la brousse et au flanc de la falaise à pic, puis sur le plateau couvert de hautes herbes et de bambous, le guide improvisé se perd ; je m'oriente et ramène la petite troupe au bord de la falaise ; nous cherchons la brèche par où nous sommes
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arrivés, où le sciitior comnienco; nous en sommes tout près, mais la nuit tombe, toute Jioii-e partout; sous les bambous serrés où nous tâchons d'avancer, on ne distingue^ pas un re[)ère. pus nue direclioM. cl le liane de la falaise
à pic est là à droite à qiuitre ou cinq pas; il est imprudent, il est impossible de faire un pas sans risquer de glisser dans le vide; MOUS remontons le la lus, gagnons le centre du plateau et (b'cidons forcément de couclicr là. le Pai'ay étant à pic, isolé tout autour. Je suis sans bagage et n'ai pour couverture que ma lorgnette et mon parasol. Mais nous avons nos armes ; de son fusil à pierre un iNoir retire un peu de poudre qu'il verse sur de la paille sèche, et du reste de la cartouche donl il a remplacé la balle par des bribes de sa culotte de cotonnade, il fait feu ; la poudre saute, la paille llambe ; la bribe de coton de la cartouche s'est allumée comme de l'amadou, c'était une réserve de feu par précaution pour le cas où le coup n'aurait pas fait
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jaillir la flamme. Nous avons un grand feu; sous labri (1 lui berceau de bambous mes Noirs me font un lit de paille oii j'ai d abord bien dormi. Vers neuf heures il commence à faire frais, presque froid, je me rapproche du feu. Il est sur les restes d'un nid de bag-bag abandonné, un peu surélevé, le sol redescendant en pente tout autour. Je passe la nuit à me rôtir d'un côté, me geler de l'aufre. étant peu vêtu; mon parasol me sert d'oreiller, il est un peu osseux pour cet usage. Mes Noirs dorment comme à l'ordinaire, de temps en temps l'un ou l'autre, réveillé par, le froid, ouvre un œil, tend le bras^ met du bois, tisonne et se rendort ; touchantes bêtes, ils ont les pieds au feu, en haut de la pente, la tête en bas, et cependant ils dorment à l'aise. Quelle différence y a-t-il en ce moment entre cette masse noire qui ronfle et un chien qui dort ? Le chien ne dort que d'un œil, le Noir dort comme une souche ; à mesure que l'être monte et s'élève eu degrés dans Téchelle des êtres, à mesure (|u'il croit en Aaleurs supérieures, ses valeurs inférieures décroissent, l'instinct animal est moins vivant dans la partie animale de l'être humain que dans l'animal même.
Pour distraire mon loisir j'amène à moi l'extrémité d'un bambou et au moyen d'une longue ficelle qui descend jusqu'au sol j'y suspends une pierre; étendu à terre sous ce long pendule, je vise une étoile qui veut bien passer à mon zénith. Elle s'est fait attendre, et comme je ne pouvais juger d'avance si elle arriverait juste sous le tir vertical de ma ficelle, ma veillée a été occupée. II fait frais, sans le feu je souffrirais du froid. Le matin, mardi, mon pauvre estomac qui paye toutes les irrégularités de
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ma fortune est très douloureux ; la lièvre est une partie de plaisir à coté de ce mal ruineux.
Dès que le jour sannonce, (|ii('l(|ues instants avant le lever du soleil, des que nous pouvons nous diriger, nous regagnons le bord de la falaise pour replonger par le sentier à pic vers les lieux habités. J'ai hâte d'arriver, car il n'est pas bon que le Aoyageur reste éloigné de sa troupe. Et que vont dire les vieux ! J'ai aperçu au centre de notre plateau des bambous coupés plantés en rond, ils avaient l'air de garder quelque mystère, et comme je m'approchais pour voir, mon guide m'a prié vivement de ne pas aller de ce côté ; il y a là des dieux, c'est sûr ; et en bas dans la plaine tout le monde s'attend à des maléfices, juste vengeance des manitous outragés. Nous aurons discussions, palabres et retards, et, ce qui me navre toujours dans ma qualité d'homme sans que je puisse m'y habituer, la stupide assurance de ces gens qui croient que ce qu'ils croient est vrai parce qu'ils le croient.
Cependant il faut, puisque nous sommes là, achever l'inspection de ce plateau ; il est abordable paraît-il par trois sentiers, nous allons redescendre de l'autre côté. Il a environ 1800 mètres de long sur 300 de large ; il n'est pas facile de s'en rendre exactement compte, car il est couvert d'immenses bambous serrés, toufYus, et de quelques arbres. La terre paraît bonne, mais le lieu est sans doute inhospitalier, on n'y voit pas la moindre bête, le plus profond silence a régné toute la nuit sur notre aire, aucun cri, pas un oiseau, pas un insecte; il y a des traces de quadrupèdes, les gens d'en bas y ont mis des bœufs, me dit-on ; étrange !
Ce touldé Paray (hauteur Paray) est de roche de
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grès, coupé à pic tout autour, il s'élève sur un lalus de terre qui lui sert de piédestal. Ce talus inférieur est couvert de végétation très drue, de bambous enchevêtrés sous lesquels la circulation est laborieuse. Ce n'est pas trop de mes quatre nègres pour m'ouvrir un passage dans ces piquants de hérisson ; le moindre brin de jonc, en ce pays siliceux, résiste comme un fil de fer et vous crèverait non seulement les yeux, mais la joue ou même la poitrine si vous l'attaquiez ferme de bout ; je parle des moindres branches de bambous, pas plus grosses qu'un crayon, elles ne cèdent pas comme les menues branches de nos bois, elles ne plient pas ; dans l'herbe le moindre fil de paille résiste sans se rompre et vous retient, il faut s'arrêter pour se dégager si Ton est accroché, et comme c'est à chaque pas, l'agacement ne tarde pas à atteindre une tension énorme.
De là-haut belle vue sur le Tomine et le Donso. La vallée accidentée paraît avoir 30 à 33 kilomètres de long sur autant de large ; les montagnes qui l'entourent sont taillées en falaises comme ce touldé Paray et les deux touldés Séniaki (signalés par Lambert, 1860), qui sont là tout près vers le nord; elles ont la même hauteur. Dans le fond, du côté de Labé, s'élève une montagne à deux bosses que je prendrais, d'après sa forme, pour le Kinsi de mon précédent voyage, mais Kinsi est plus à gauche , Il est difficile de se renseigner, les Foulah mentent au hasard, par politesse ; hier ils me disaient qu'il fallait six heures pour traverser le Paray et quinze heures pour aller d'un bout à l'autre, or il suffit de quelques minutes. Cette exagération est dans tout, en plus ou en moins ; il faut user de coefficients et les proportionner à la bobine
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(le l'iiulividii. Je luarrete à parler de ce l*aray parce que ces touldés sont très fréquents dans le Foutah et donnent au pays un caractère tout particulici-. on eu i-encontre dans chaque paysage ; le Foutah central nest lui-même (|u"une sorte de touldé jîliis élendu poilîml le plateau de Kahel, touldé le plus élevé'.
Aux flancs des falaises du Paray s'ouvi-cul des cavernes d'un accès difficile, (|ui {jaidciil [x'iit-ètre des vestiges de riiomme noir ancien, du nègre primitif; mais sous ce climat, le temps moins encore (|u"ailleurs ne respecte rien ; le liasard guidera peut-èti'e nos recherches dans des abris tout particulièrement préservés.
Cette vallée du Yangalé, Donso, Tomine, est fertile, très habitée, nombreux villages, bonnes terres, bœufs. On pourrait y avoir des cases et faii*e des lougas (cultures); de même sur le Paray. îi la saison des pluies, mais l'altitude est iui^uffisante. 40(1 mèlros à peiue audessus de la mer.
Ce jour, mardi 2 février. — J'arrive à six heures du matin de mon escapade sur le Paray. Je fais un petit cadeau à mes hommes qui s'étaient coucliés bien tristes hier soir, sans dîner, pendant que la grosse marmite au pilaf fumait au camp. Jaifaim aussi, mais comment faire? J'essaye un peu de manioc, on est al h' me chercher des oranges dans un missida, à 1 3 kilomètres ; une fille d'Apha Dion, précédent roideLabé, avec lequel j'avais entretenu des relations par mes agents, en 1877, me fait offrir un bœuf, elle veut bien me le vendre 250 francs; aimable princesse ! il en vaut peut-être cinquante !
Je vais voir la vieille Diaïa Kadé : très polie, de l'aisance dans les manières. Tout dans sa case est dans
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un ordre parfait, le sol sur lequel elle est accroupie est net connue un tapis, son coton, à terre à coté d'elle, est éblouissaut de blancheur, elle carde et file avec adresse. C'est elle (|ui nous a logés dès hier à notre arrivée; ce matin, à mon retour de là-haut, j'ai trouvé une poule ([u'elle avait envoyée. Elle répond à ma visite par deux kolas symboliques que je payerai d'un petit cadeau. Je négocie un achat de \ ivres.
Sous ma couverture, car le soleil entre dans ma case comme dans nn panier, je garnis mes châssis pour photographier le Paray. Mais j'ai la fièvre et des douleurs <|ui me tiennent mort ou convulsif jusqu'à midi, malaise sans danger mais qui me fait perdre du temps. Enfin, <ivec de la patience et de l'impatience j'ai retiré les pellicules qui ont posé hier, j'en ai mis d'autres, je suis prêt à partir avec mon aide, mon porteur de confiance ; mais voilà des envoyés du chef du village qui viennent me saluer d'abord, et grogner ensuite. Ils disent que leur maître et ses amis sont très mécontents de ma course sur leur montagne, qu'on va donner cinquante coups de corde à chacun des captifs qui m'ont ré'védé le passage, etc., etc. Ali répond ce qu'il veut, assez convenablement, il peut dire n'importe quoi de calmant, il doit seulement ne pas oublier que j'ai passé la nuit là-haut parce que je l'ai voulu et ([ue je défends qu'on frappe personne.
Je ne veux pas m'occuper de ces importuns, ils m'impatientent; je voudrais seulement qu'ils partent pour que je puisse aller photographier, le soleil va tourner et je ne pourrai plus prendre la tête du rocher. Je suis malade, ça me gêne, il faudrait finir, mais, guigne royale ! voilà un envoyé de Yaya, il vient gou-
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verncr la province ; c'est donc comme Tannou à Compéta, je commence à le connaître le coup du gouverneur; allons, vivement : hon jour, ça a a bien chez vous? moi, aussi, entendu, Tana o ala, n'est-ce pas? A peine ai-je fait un pas vers la porte avec mon appareil que voilà une autre visite encore, de je ne sais qui, un seigneur très important; et enfin le roi mécontent lui-même! il s'excuse (et pendant ce temps le soleil tourne), de n'être pas venu me saluer (et si malgré tout je sortais mon œil de verre, les colères impatientes ne se contiendraient plus), il était malade, absent môme, oui c'est ça, absent, disons absent. Je suis poli, mais vexé ; malgré une colique tourbillonnante, je lui fais un petit discours ; il pourrait me faire assassiner, ou éconduire, ou inquiéter, à son choix; ma politesse n'est pas absolument désintéressée, mais elle est très réservée. Enfin il se retire flatté, étonné, soumis, se reculant dans l'infériorité de sa race ; ce blanc c'est l'homme, Sagata; et doutant de sa valeur, troublé dans sa vanité, le pauvre nègre en lui-même se réfugie parmi les bêtes. 11 se retire, mais il reste inquiet du sort que je suis allé jeter à ses dieux, sur sa montagne. La diplomatie a été laborieuse, car l'accueil est plutôt frais ; or, s'il importe peu de n'avoir rien à manger, il importe de garder son rang, seule force du Blanc perdu dans cette meute, et que chacun observe les distances.
Tous ces gens disparaissent enfin ; le roi gémit, mais il rendhommage, c'esttout ce qu'il me faut, allez. L'audience levée, je reprends mon appareil, mon porteur le tient dissimulé sous un plaid, la route est libre, filons! Arrive un orage, le temps est tout noir. Tant pis, je me dissimule dans un pli de terrain pour échapper aux regards
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inquiets qui partent du village et m'arrivent comme des flèches. Je prends six vues du Paray, deux du Tomine à lest, la pluie tombe, on n'y voit goutte.
Les gens de Yaya désirent que je passe par Labé, ceux d'ici, me disent-ils, sont voleurs et peu généreux; le l'ait est qu'ils prétendent n'avoir aucune provision et demandent des prix énormes de la moindre des choses. Je me contente de cent sous de bentara, et 200 oranges ; nous mangerons plus loin, si c'est possible. Ces gens se disent pauvres, cependant ils ont bonne mine, leurs cases montrent de loin des toitures dorées de paille nouvelle, en bon état, châteaux de rentiers, c'est évident; on aurait certainement tout en abondance et à bon compte si l'on séjournait et prenait le temps de devenir ami.
Le roi mécontent a promis des hommes pour demain, la pensée que j'étais en terme d'amitié avec l'Almamy a un peu dégelé sa résistance.
3 février. — Au soleil levant je photographie la falaise bien éclairée à l'est, et j'essaye de prendre le joli panorama de la route que je vais suivre, mais il est tout juste dans le soleil, l'épreuve sera voilée. Le roi n'envoie pas de porteurs, il envoie un guide seulement, et à huit heures ! Il est Sédianké et porte peu d'intérêt au bagage que je destine à l'Almamy qui est de la famille des Sauriankés ; il nous a donc en somme mal aidés et, sauf le guide, rien donné ni vendu. Il n'y a plus rien à tirer de ces gens-là. Je laisse Kancou et Baï (leurs caractères différents se contre-balanceront) avec leurs colis, pour garder le bagage de Kanda, congédié. Je les recommande au fils du roi de Fougoumba qui est venu me voir hier soir et me paraît très ouvert de caractère.
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Lo sentier traverse de iioiiibreux iiélliers; l'arbre a la tournure dun large pommier, ses branches mal teuillées, plus étalées que hautes, sont chargées de petites pommes en l'orme et de couleur de nèlles. capucin pénitent; elles ne sont pas encore mûres à cette époque, la pulpe assez épaisse est recouverte d'une mince peau, et au centre, un noyau ofTre encore une grosse et bonne amande.
Nous passons dans des terres noires, très fertiles, faciles à labourer, le siuis-sol est peu perméable, nuiis il est facile à drainer par l'écoulement naturel des eaux sur les pentes de ce terrain ondulé. Çà et là l'arbre à sagou, immenses palmes qui sortent de terre en gerbes touffues ; elles sont très belles et d'une exubérance que ne contiendrait aucune de nos serres ; pour l'Européen, c'est un spectacle nouveau, paisible dans sa puissance, révélant dans la nature des forces surabondantes, un art infiniment varié. De la peau de ces joncs sont faites les nattes en usage ici.
Je traverse deux fois le même joli torrent, puis encore une troisième fois et deux fonds d'eau claire ; tout ça aménagé constituerait de bonnes fermes.
En traversant un fond d'eau, le pont de roseau qui nous porte cède et s'enfonce. Je prends un bain intempestif pour mon pauvre être malade, le soleil me sèche promptement, j'éprouve néanmoins de vives douleurs, je n'ai point de forces.
A dix kilomètres, nous arrivons au village de Modhi- Saga. On me prête un captif qui pour quelques boules d'ambre n° 4, part tout suite pour Diaïa-Kadc' chercher mes hommes et le bagage de Kanda.
Le fils du roi de Fougoumba a été hospitalier, il adonné
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riz et sauce à mes deux gardieus auxquels j'avais laissé riz et oranges. La sauce est très importante comme symptôme psychologique, la peine qu elle coûte à préparer en fait un présent qui révèle de la bonne volonté.
Parégui. — Nous achetons difficilement un peu de fougni^ mil microscopique ; de bentara^ manioc ; des patates douces très sucrées, des diabérées, pommes de terre aigres, bonnes cuites, malsaines crues. Ali et M'Bar montrent du mécontentement, ils trouvent que ces vivres de paysans ne sont pas à la hauteur de leur mérite ; les autres sont contents ou se résignent ; Ali est un serin, M'Bar une vieille bête.
Des Foulahs qui se disent passants. — depuis que j'ai pénétré dans le pays Noir il me vient beaucoup de ces passants par hasard, et il ne me déplaît pas que le Foutah soit ainsi mis eu éveil par mon arrivée, — passants par hasard viennent m'offrir un bœuf; j'accepte, mais sans grand espoir ; ils m'ont tout l'air de faire partie de la collection des espions échelonnés envoyés par les divers partis pour reconnaître mes intentions. Je commence à connaître leur langage étudié, toujours le même, et leur aisance de cour qui tranche sur la naïve et gauche province. Ils m'offrent un bœuf pour marchander et voir mon bagage ; d'accord sur leur prix que je discute à peine, ils partent chercher le bœuf, et ne reparaissent plus.
Je déjeune à quatre heures de poulet et de patate douce en purée. Temps lourd, 32 degrés dans ma case de paille à claire-voie, la paroi circulaire est un clayonnage de brins de bambous; nuages chargés de pluie, éclairs, tonnerres, orage menaçant tout autour de nous.
A cinq heures je vais à cent pas tirer cinq cartouches.
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sur les premiers arbres devant ma porte, oiseaux partout Je préfère les pigeons, j'en tue sept de mes cinq coups, un tireur moins maladroit ou moins distrait sur le paysage en aurait Iik' (|nin/e. A ma dernirre cartouche partent deux compagnies de perdrix, rien à leur envoyer ; d'ailleurs elles fdent rasantes au-dessus d'un fouillis impénétrable où un Noir, même affamé, ne pourrait se glisser; « trop verts », nous n'en voulons pas. Je ne manque pas de ramasseurs de gibier, tous les gamins du village. Vraiment bon fusil, mon cboke bored, je tire de très loin et comme au hasard ; ce sera un plaisir au retour de dépenser mes cartouches ; maintenant je les garde précieusement, moyen de défense ou mieux d'intimidation.
Cette chasse me prend dixminutes, je donne les pigeons aux hommes qui n'ont pas grogné le matin sur le bentara, ils sont triomphants. Je rentre sous mon toit de paille, l'orage s'est rapproché, roulant vers nous, toujours grondant; il éclate enfin, deux heures de torrents d'eau qui se continuent en petite pluie ; AUens me prépare du thé chaud, nettoie mon fusil. Le thermomètre dans le ruisseau de ])luie, devant ma porte, marque 22 degrés. Et pendant (jue j'écris je ne vois pas (pie ma bougie est à toute extrémité, la mèche s'effondre et l'obscurité subite met fin h cette conversation que je me tiens là à moi-même.
4 février. — Ali achète en abondance du lait caillé; il achète du riz. un IVauc le kilogramme, c'est exagéré, je le sermone parce que, à se laisser tromper, le Blanc perd de sa taille ; mais comme il a fait danser l'anse du panier à son profit, le mal n'est pas bien grand, c'est un stimulant nécessaire qu'il faudrait inventer s'il n'existait
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pas; ce que je neveux pas, c'est qu'il subisse la loi des intrigants du pays. Pour acheter on n"a pas qu'à aller au marché, il faut s'informer, visiter le village, plonger de Tœil dans les cases et dans les consciences, avoir beaucoup de menues initiatives. Nous voilà du riz pour deux jours, je ne peux pas en prendre plus, c'est trop de charge. Des gens de l'endroit me proposent un bœuf, je leur dis qu'ils sont trop pauvres pour posséder un bœuf, ils paraissent piqués, ça les décidera peut-être.
Notes et renseignements sur le commerce, le monopole, l'Almamy, Alpha Gassimou et ses factoreries ; ligne de pénétration du Kokoulo au Tankisso, rois vassaux dans le Soudan, etc.
Le Foutah-Djalon doit être le premier centre de notre) domination organisée dans le Soudan, le second sera vers Sakatou, la région du Tchad ; mais pour nous créer des amitiés utiles parmi les chefs que Barth nous montre lisant Aristote et Platon, il faut d'abord bien discerner la qualité maîtresse du pays africain, et y conformer notre plan d organisation de la puissance autochtone. La France n'est pas en Afrique dans les mêmes conditions que les autres puissances européennes; elle est africaine, indigène par l'Algérie, elle a les inconvénients du contact musulman, mais elle peut, elle doit en recueillir lesavantages.
o février. — Nous quittons Parégui. J'ai loué deux porteurs pour trois boules n° 2 chacun. Cet engagement ne se fait pas tout simplement, il faut pour qu'il soit possible de le conclure que la population ne soit pas hostile, et que les porteurs n'aient pas peur de suivre cet hon)me tout pâle qui a des yeux dévorants, il faut que le chef